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Journalistes ciblés en Haïti : La Cidh dénonce une spirale de violences et d’impunité

P-au-P., 28 mars 2026 [AlterPresse] --- Le Bureau du Rapporteur spécial pour la liberté d’expression (Rsle) de la Commission interaméricaine des droits humains (Cidh) condamne l’enlèvement, le 13 mars 2026, des journalistes Junior Célestin, de Radio Télévision Mégastar, et Osnel Espérance, de Radio Uni FM, ainsi que l’attaque armée perpétrée la veille contre Marvel Dandin, directeur de Radio Télé Kiskeya.

Cette prise de position, consultée par AlterPresse, intervient alors que l’inquiétude grandit dans le secteur de la presse en Haïti, confronté à une recrudescence des violences de gangs armés. Les familles, collègues et proches de Junior Célestin et Osnel Espérance restent sans nouvelles d’eux depuis leur enlèvement au centre-ville de Port-au-Prince.

Les deux journalistes réalisaient un reportage dans la zone de la Grand-Rue, non loin du stade Sylvio Cator, lorsqu’ils ont été kidnappés par des individus lourdement armés. Selon des informations disponibles, cet enlèvement serait attribué à un groupe opérant à Village-de-Dieu, dirigé par le chef de gang Johnson André, alias « Izo 5 Segonn », connu pour son implication dans des actes de kidnapping et de violences.

Dans cette interview, la journaliste Marie Raphaël Pierre, de l’AJH, dénonce la hausse des attaques contre les médias en Haïti. Elle réagit notamment à l’agression de Marvel Dandin et aux enlèvements des journalistes Osnel Espérance et Junior Célestin, en soulignant l’impunité, l’insécurité et les menaces sur la liberté de la presse.

Dans ce contexte, la Cidh appelle les autorités haïtiennes à s’acquitter de leurs obligations en matière de prévention, de protection des journalistes et de poursuite des responsables. Elle insiste sur la nécessité de diligenter des enquêtes rapides afin de localiser les journalistes enlevés.

Parallèlement, l’attaque visant Marvel Dandin, dans la nuit du 11 au 12 mars 2026, illustre la montée des actes d’intimidation contre des figures médiatiques. Entre 0 h 30 et 1:00 am, des hommes armés ont ouvert le feu à plusieurs reprises sur sa résidence à Thomassin, sur les hauteurs de Pétionville.

Environ sept assaillants auraient tenté de pénétrer dans la maison à l’aide d’une échelle, avant de battre en retraite face à l’alerte donnée par des riveraines et riverains. Aucun blessé n’a été signalé, mais l’attaque est perçue comme un message d’intimidation.

Ces violences ravivent des traumatismes encore vifs dans la presse haïtienne, notamment la disparition du photojournaliste Vladjimir Legagneur, le 14 mars 2018 à Grand’Ravine, alors qu’il réalisait un reportage. Huit ans plus tard, cette affaire demeure non élucidée, symbole persistant de l’impunité.

Le Rapporteur spécial souligne que ces faits s’inscrivent dans un contexte de crise sécuritaire aiguë et de violences systématiques contre la presse. À mesure que les groupes armés étendent leur contrôle territorial, les enlèvements, disparitions et attaques ciblées deviennent des instruments pour intimider, extorquer et réduire au silence les journalistes.

Entre 2018 et 2025, au moins 17 enlèvements, 2 disparitions forcées et plusieurs attaques armées contre des journalistes et des médias ont été recensés, exposant des dizaines de professionnels à des risques majeurs.

La Cidh rappelle que ces actes constituent de graves violations des droits humains et portent atteinte au droit de la société à être informée. Elle appelle les autorités haïtiennes à garantir la sécurité des journalistes, à lutter contre l’impunité et à respecter les normes interaméricaines en matière de liberté d’expression.

Le Bureau exprime enfin sa solidarité avec les familles des victimes et l’ensemble de la communauté journalistique haïtienne, dans un contexte où informer devient, de plus en plus, un exercice à haut risque. [apr 28/03/2026 12 :00]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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