La fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (Cpt) marque une nouvelle phase de la transition politique haïtienne. Le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé concentre l’essentiel du pouvoir exécutif, mais les incertitudes politiques et institutionnelles restent importantes.
Par Gotson Pierre
P-au-P., 10 fév. 2026 [AlterPresse] --- Avec la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (Cpt), le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé concentre désormais l’essentiel du pouvoir exécutif, bénéficiant d’un fort appui international, sans que celui-ci ne suffise toutefois à lever les incertitudes politiques et institutionnelles, observe l’agence en ligne AlterPresse.
La reconfiguration du pouvoir exécutif autour du Premier ministre, sans président en fonction, rappelle une expérience récente, celle du gouvernement dirigé par Ariel Henry, où le chef du gouvernement exerçait seul l’autorité exécutive.
Sur les réseaux sociaux, cette concentration du pouvoir a suscité de nombreuses réactions, certains évoquant une personnalisation excessive de l’autorité. Si ces remarques relèvent du débat public, elles traduisent néanmoins des interrogations réelles sur l’équilibre institutionnel, la durée de cette nouvelle phase de transition et les mécanismes de contrôle du pouvoir.
Contrairement à la période précédente, marquée par une présidence collégiale et une primature fonctionnant en tandem, cette étape ne repose ni sur un calendrier clairement défini ni sur un programme de transition formellement annoncé.
Appui international et limites structurelles
Le Premier ministre bénéficie d’un soutien affirmé de partenaires internationaux, notamment des États-Unis, qui le présentent comme un acteur central dans la lutte contre l’insécurité et la stabilisation du pays. Toutefois, cet appui extérieur, aussi déterminant soit-il, ne règle pas à lui seul les questions de légitimité politique, de consensus national et de gouvernance.
Les expériences passées montrent que le soutien international ne peut se substituer à une adhésion interne solide. Ni l’ancien président Jovenel Moïse, ni Ariel Henry, malgré un accompagnement international soutenu, n’ont réussi à instaurer durablement un climat d’apaisement politique ou à fédérer l’ensemble des secteurs autour d’un projet commun.
La question du dialogue politique, régulièrement évoquée, demeure également en suspens. Si Alix Didier Fils-Aimé a exprimé une disposition de principe en faveur du dialogue, aucun cadre précis ni leadership clairement assumé d’un dialogue interhaïtien inclusif n’a encore été annoncé.
Une cérémonie révélatrice de tensions internes
La cérémonie marquant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition a mis en lumière les fragilités du processus. Plusieurs conseillers présidentiels étaient absents de l’événement officiel, une situation inhabituelle pour une cérémonie de cette portée symbolique.
Seuls cinq membres du Conseil ont effectivement pris part à la cérémonie, tandis que certaines figures clés, pourtant visibles à la Villa d’Accueil avant l’événement, n’ont pas participé aux actes officiels.
Ces absences traduisent l’existence de tensions internes persistantes et d’un malaise non résolu au sein de l’organe de transition.
Une transition encore à construire
Si la journée du 7 février 2026 n’a pas basculé dans la violence, elle n’a pas non plus dissipé les incertitudes qui pèsent sur l’avenir politique immédiat du pays. La concentration du pouvoir exécutif, l’absence de consensus clairement établi et les divisions internes rappellent que la transition reste fragile.
Quarante ans après la chute de la dictature des Duvalier, la date du 7 février continue de symboliser à la fois espoirs de rupture et répétitions de schémas politiques déjà éprouvés. L’histoire récente d’Haïti montre que les transitions construites sans accords larges et sans ancrage national solide peinent à produire des résultats durables.
Dans ce contexte, la capacité des autorités actuelles à ouvrir un espace de dialogue réel, à associer les différents secteurs de la société et à définir un cadre clair pour la suite du processus apparaîtra déterminante pour éviter que cette nouvelle phase ne reproduise les impasses du passé. [gp apr 10/02/2026 06:00]
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