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Haïti-RD : Des commerçants dominicains paient des rançons à des gangs haïtiens pour maintenir le commerce frontalier

P-au-P, 16 mai 2025 [AlterPresse] --- Le président de la Fédération dominicaine des commerçants (Fdc), Iván García, a révélé que des opérateurs économiques dominicains, installés en zone frontalière, doivent verser jusqu’à 20,000.00 dollars américains par mois (Ndlr : US $ 1.00 = 135.00 gourdes ; 1 euro = 149.00 gourdes ; 1 dollar canadien = 95.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.40 gourdes aujourd’hui) à des groupes armés en Haïti pour permettre la poursuite des activités commerciales entre les deux pays.

Dans une entrevue accordée le 14 mai 2025 à la chaîne dominicaine Digital Quince, et suivie par AlterPresse, Iván García a expliqué que ces paiements illégaux, assimilables à des rançons, sont exigés pour que les clientes et clients haïtien-ne-s puissent traverser la frontière et effectuer leurs achats du côté dominicain.

« Dans un des points frontaliers – que je ne peux pas nommer pour des raisons de sécurité – les commerçants dominicains sont obligés de verser, chaque mois, jusqu’à 20,000.00 dollars aux bandes armées haïtiennes pour garantir le flux d’acheteurs haïtiens », a-t-il affirmé, sans préciser s’il s’agit d’un montant par commerçant ou du total versé collectivement par les opérateurs économiques concernés.

Il a souligné que ces pratiques criminelles mettent en péril le commerce bilatéral, déjà affaibli par la crise sécuritaire persistante en Haïti et les restrictions imposées au transport terrestre des marchandises.

La Direction générale des douanes d’Haïti a suspendu, à partir du 7 avril 2025, les importations terrestres en provenance de la République Dominicaine. Les postes frontaliers de Ouanaminthe, Belladère, Anse-à-Pitres et Malpasse n’acceptent plus de marchandises étrangères transitant par le territoire dominicain, jusqu’à nouvel ordre.

Cette mesure suit les instructions du Ministère de l’économie et des finances (Mef), en application du décret du 21 mars 2023 sur le code douanier.

Le dirigeant de la Fdc s’est dit préoccupé par le risque que ces paiements alimentent davantage les activités des groupes armés, qui contrôlent plusieurs zones frontalières du côté haïtien.

Malgré la fermeture officielle de la frontière depuis près de deux ans, des échanges se poursuivent de manière limitée, notamment via les marchés binationaux hebdomadaires.

L’interview d’Iván García a coïncidé avec une réunion stratégique, tenue ,au ministère de la Défense à Santo Domingo, entre le président dominicain Luis Abinader et les anciens chefs d’État Hipólito Mejía, Leonel Fernández et Danilo Medina.

Ils y ont discuté de la mise en place d’un espace de travail commun pour élaborer une politique nationale sur Haïti, de la convocation du Conseil économique et social, de la transmission régulière d’informations aux ex-présidents sur la sécurité nationale, ainsi que de la promotion d’une politique étrangère unifiée face à la crise haïtienne.

Iván García appelle les autorités dominicaines à adopter une position unifiée face à la dégradation de la situation en Haïti, tout en réitérant la nécessité de protéger les intérêts des commerçantes et commerçants, et d’éviter les interruptions brutales des échanges, qui pénalisent aussi bien les Haïtiennes et Haïtiens que les Dominicaines et Dominicains.

La question migratoire

Au-delà du commerce, Iván García s’est également exprimé sur la question migratoire, source récurrente de tensions entre Haïti et la République dominicaine. Il reconnaît à chaque État le droit de contrôler ses frontières.

Il souligne qu’il est rare de trouver une Dominicaine ou un Dominicain en situation irrégulière en Haïti, preuve selon lui d’un strict contrôle. Il estime que son pays est tout aussi fondé à faire respecter sa législation.

Il plaide, toutefois, pour une solution structurelle, notamment par la régularisation des travailleurs haïtiens via des contrats de travail. Contrairement aux préjugés, affirme-t-il, nombre d’entre eux possèdent des documents officiels.

García propose un mécanisme simple : les employeurs dresseraient la liste de leurs travailleurs haïtiens documentés, à soumettre au ministère du Travail. Avec le soutien des ministères des Affaires étrangères et de la migration, des permis temporaires d’un an pourraient leur être délivrés, ouvrant la voie à leur intégration dans le système de sécurité sociale. [gp apr 16/05/2025 00:30]

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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