Español English French Kreyòl

Español English French Kreyòl

Haïti – Éducation : À travers l’épreuve des gangs, le lycée Marie-Jeanne fait vivre l’espoir et la solidarité

Chassé à cinq reprises par les violences des gangs, le lycée Marie-Jeanne, fleuron de l’éducation féminine en Haïti, lutte pour sa survie. Malgré la perte de la moitié de son effectif et la destruction de ses locaux, l’établissement - porté par la détermination de sa directrice, de son personnel et de ses élèves - continue d’incarner la résistance et la dignité.

Par Charilien Jeanvil

P-au-P, 06 oct. 2025 [AlterPresse] --- Autrefois implanté à la rue Lavaud, non loin de Bois Verna, au cœur de Port-au-Prince, le lycée Marie-Jeanne a dû subir, ces dernières années, cinq déménagements successifs, chassé à chaque fois par les violences aveugles des gangs lourdement armés, animés par une volonté de destruction systématique.

Privé d’infrastructures pérennes, cet établissement pour jeunes filles dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, s’efforce, contre vents et marées, de préserver ses exigences académiques. Les résultats scolaires en témoignent : ils reflètent à la fois l’abnégation du corps enseignant et administratif, et la ténacité remarquable des élèves.

Le témoignage de la directrice, Yonise Alusma, à AlterRadio, résonne comme un cri d’espérance dans un pays englouti par les ténèbres des violences et de la désolation.

Malgré des trajets quotidiens de plusieurs kilomètres, parfois à pieds, faute de moyens de transport, les jeunes filles venues de Canapé Vert (vers l’est de Port-au-Prince) ou du centre-ville de Port-au-Prince, pour rejoindre les hauteurs de Delmas 75, ont obtenu des résultats exemplaires aux derniers examens d’État : 100 % de réussite en Neuvième année fondamentale et près de 80 % au niveau du Nouveau secondaire 4 (Ns4).

Émue, Yonise Alusma a exprimé sa fierté lors de l’émission FwoteLide sur AlterRadio, saluant le courage et le sacrifice de ses élèves ainsi que l’engagement sans failles de tout le personnel du lycée.

Pourtant, le lycée Marie-Jeanne a vu fondre son effectif de moitié : près de 1,000 élèves ont disparu des registres par rapport aux 2,000 inscrites du précédent exercice.

Déplacements forcés, éloignement des domiciles, hausse des coûts, locaux occupés par des Personnes déplacées internes (Pdi), destruction du matériel pédagogique, exil forcé de nombreuses familles… autant de facteurs, qui ont rongé la stabilité de l’établissement.



Symbole de volonté et de solidarité

Contraint de quitter le lycée Horatius Laventure, où il avait pu sauver l’année scolaire 2024-2025, le lycée Marie-Jeanne a trouvé refuge dans les locaux de l’Institution Sainte-Rose de Lima, à l’avenue John Brown (communément appeée lLalue).

Yonise Alusma a tenu à remercier chaleureusement les religieuses pour leur générosité et leur souci de préserver ce patrimoine du système éducatif haïtien, fondé en 1979 par le ministre Joseph Claude Bernard.

Pour l’année en cours 2025-2026, environ 400 jeunes filles bénéficieront d’un cadre convenable, doté d’infrastructures sanitaires modernes.

Cependant, seules six salles de classe leur seront allouées. Faute d’espaces, l’administration devra instaurer un système de rotation et limiter l’enseignement à une seule vacation quotidienne, tout en respectant les huit heures de cours prescrites par le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp)

Les trois premiers jours de la rentrée scolaire d’octobre 2025 ont servi à évaluer les besoins prioritaires, avant le démarrage effectif des cours, prévu pour le lundi 6 octobre 2025.

La direction poursuit encore les inscriptions au Collège le Normalien, sur l’avenue Lamartinière (Bois Verna). Mais, Yonise Alusma prévient : les places disponibles restent très limitées.

De l’espoir malgré les défis

Les défis demeurent immenses.

« L’école ne dispose plus de bancs, de chaises, de bureaux, ni de matériels didactiques », déplore Yonise Alusma, rappelant combien tout a été anéanti lors des incursions violentes des bandes armées.

Le lycée Marie-Jeanne avait déjà été détruit dans le tremblement de terre du mardi 12 janvier 2010. Sa reconstruction, envisagée en 2018, n’a débuté qu’en 2023 grâce à un financement de la coopération japonaise. Mais la dégradation rapide de la situation sécuritaire a conduit, en 2024, des milliers de Personnes déplacées internes à s’y installer.

Le vœu le plus cher de la directrice demeure de réintégrer l’espace originel du lycée, aujourd’hui occupé par ces familles fuyant la terreur des gangs.

Ainsi, le lycée Marie-Jeanne s’impose-t-il comme un symbole de résistance et de solidarité : un lieu où, malgré la précarité et le chaos, l’instruction continue de se dresser comme une arme contre l’obscurantisme et la désespérance. [cj apr 06/10/2025 11:00]

Ci : Page Facebook PHILO du Lycée Marie Jeanne - 2009_2016



MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


Depuis 2001

Explorer toutes les archives