Des organisations sociopolitiques multiplient les initiatives visant à dégager des pistes de solutions face à la crise multidimensionnelle que traverse Haïti. Parmi elles, le Front patriotique populaire propose une mobilisation autour de la souveraineté nationale à travers un Mouvement de résistance patriotique lancé le 28 juillet 2026.
Par Charilien Jeanvil
P-au-P, 05 août 2026 [AlterPresse] --- Confrontée à une crise multidimensionnelle, caractérisée par l’expansion de la violence des gangs armés, une situation humanitaire dramatique, une instabilité politique et institutionnelle persistante ainsi qu’un effritement des valeurs, Haïti demeure en quête de solutions durables. Plusieurs organisations de la société civile et des structures sociopolitiques multiplient les initiatives afin de dégager des perspectives pour répondre à la crise, observe AlterPresse.
Dans cette dynamique, le Front patriotique populaire (Fpp) a lancé, le 28 juillet 2026, un Mouvement de résistance patriotique [1], appelé à s’implanter dans les dix départements géographiques du pays.
À cette occasion, plusieurs activités ont été organisées, notamment une marche patriotique ainsi que des conférences tenues au Centre national de formation des cadres paysans, dans la commune de Hinche (département du Plateau central), et à Jacmel (département du Sud-Est).
Ces rencontres ont réuni plusieurs centaines de délégués issus d’organisations paysannes, de mouvements de femmes, d’associations étudiantes et de divers secteurs engagés de la société.

Selon les initiateurs, cette mobilisation vise à contribuer au rétablissement de la souveraineté nationale et à faire obstacle à toutes formes de mise sous tutelle du pays.
Le choix de la date du 28 juillet, correspondant au 211e anniversaire du début de la première occupation américaine d’Haïti, se veut hautement symbolique. Cette occupation aurait, selon les promoteurs du mouvement, laissé des conséquences profondes et durables sur les plans politique, économique et social.
« Le système d’exploitation mis en place durant l’occupation perdure, de même que les rapports de domination exercés sur le peuple haïtien », a déclaré Philfranc Saint-Naré, l’un des dirigeants du Mouvement paysan de Papaye (Mpp), lors de son intervention à l’émission FwoteLide sur AlterRadio.
Il a dénoncé ce qu’il qualifie de « domesticité locale », accusant les dirigeants haïtiens de mettre en œuvre un projet conçu par des acteurs étrangers dans le but d’exploiter et d’affaiblir davantage le pays.
Le responsable du Mpp a également exprimé son opposition au processus électoral en cours, estimant que les conditions sécuritaires ne permettent pas l’organisation de scrutins crédibles.
Il soutient que ces élections risquent d’aggraver la crise, au profit d’un groupe qu’il décrit comme composé de « mafieux » désireux de conserver le pouvoir. Il a, par conséquent, exclu toute participation de son organisation à ce qu’il considère comme une « mascarade électorale ».
Le Mouvement de résistance patriotique entend, selon ses promoteurs, sensibiliser la population afin de l’amener à rejeter ces pratiques.
« C’est un mouvement pour la libération du pays », a soutenu Philfranc Saint-Naré, tout en précisant que l’appellation définitive du mouvement reste en discussion et fera l’objet de débats lors des prochaines assemblées.
Coordonnateur du lancement du Mouvement de résistance patriotique dans le département du Sud-Est, Michel Darcisse a fait état d’un programme d’activités, organisées à Jacmel autour des conséquences de l’occupation américaine et des pistes de réflexion visant à restaurer la souveraineté nationale.
Intervenant également à l’émission FwoteLide, l’historien et professeur Georges Eddy Lucien a mis en garde contre les séquelles durables de l’occupation américaine d’Haïti.
Le docteur en histoire a évoqué la perte progressive de la souveraineté politique et économique du pays, tout en rappelant plusieurs héritages qu’il juge particulièrement néfastes : l’instauration de régimes dictatoriaux, le blocage du développement industriel, les politiques d’expropriation et d’exploitation des paysans, les mouvements migratoires, la dégradation du couvert végétal ainsi que la corruption endémique.
Pour sa part, Michel Darcisse, membre de la Coordination régionale des organisations du Sud-Est (Crose), a dénoncé ce qu’il considère comme la mainmise des États-Unis sur Haïti.
Le mouvement porté par le Fpp appelle, a-t-il dit, les Haïtiennes et les Haïtiens à renforcer la solidarité nationale et internationale afin de sortir le pays de ce qu’il qualifie de processus de recolonisation.
Il plaide en faveur d’une synergie entre les organisations progressistes, les forces patriotiques et les citoyens engagés, dans le but de bâtir un véritable mouvement national capable de faire échec à la logique de recolonisation et de permettre au peuple haïtien de reprendre en main son destin.
Quelles réponses face à la crise sécuritaire et humanitaire ?
Tout en reconnaissant l’urgence d’apporter des réponses concrètes aux besoins immédiats de la population, le Mouvement de résistance patriotique s’inscrit dans une perspective de long terme, souligne Philfrant Saint-Naré, interrogé sur les réponses à apporter à la dégradation continue de la situation sécuritaire, humanitaire et politique.
À Mirebalais, dans le département du Plateau central, la situation demeure particulièrement préoccupante depuis le début, le 31 mars 2025, des assauts de groupes armés, qui ont provoqué le déplacement massif de la population.
Des discussions sont engagées au niveau local, afin de favoriser le retrait des gangs et de permettre le retour des personnes déplacées.
Toutefois, ces démarches peinent encore à produire des résultats, tandis que les personnes déplacées continuent de vivre dans des conditions extrêmement précaires.
Dans d’autres départements géographiques, notamment l’Ouest et l’Artibonite, plusieurs localités restent sous le contrôle de groupes armés, alors que d’autres demeurent exposées à des risques d’invasion par des gangs lourdement armés.
Le département du Sud-Est n’est pas davantage épargné. Une partie de sa population vit dans l’inquiétude, depuis les attaques perpétrées contre la localité de Séguin, près de la commune de Marigot.
« Aucune Haïtienne et aucun Haïtien ne sauraient se satisfaire d’une telle situation, marquée par la misère, la pauvreté, l’insécurité, les migrations forcées, les ingérences étrangères et l’exclusion sociale », affirme Michel Darcisse, lançant un appel au sursaut collectif de la population.
Les porteurs du Mouvement de résistance patriotique entendent poursuivre leur mobilisation à l’occasion des prochaines dates symboliques des vendredi 14 et samedi 22 août 2026, à travers diverses activités destinées à maintenir la dynamique de réflexion et d’organisation. [cj gp 06/08/2026 07:40]
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[1] Le Mouvement de résistance patriotique constitue une initiative nationale du Front patriotique populaire (Fpp), qui rassemble plusieurs partis politiques progressistes, des organisations syndicales, des organisations paysannes, des mouvements féministes ainsi que des citoyens engagés dans la défense de la souveraineté nationale et opposés à tout projet de recolonisation d’Haïti.
Selon ses responsables, l’objectif est de promouvoir une réflexion collective sur les crises économique, politique, sociale et culturelle, auxquelles le pays est confronté, tout en formulant des propositions de sortie de crise.
Le Fpp affirme ainsi défendre un engagement en faveur de la souveraineté nationale, contre toutes formes de recolonisation, contre les crimes transnationaux, les enlèvements, les mécanismes de domination et d’exploitation, ainsi que contre les référendums et élections qu’il juge non inclusifs, au profit d’une Haïti pleinement souveraine, démocratique et responsable.
MÉMOIRE D’ALTERPRESSE
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Haïti : La dure réalité des enfants de rue 15 décembre 2017




