En marge de la journée internationale des femmes juges, célébrée, depuis 2022, le 10 mars de chaque année « Les viols systématiques, perpétrés par les gangs armés et qui se poursuivent à grande échelle sur le territoire d’Haïti, sont des crimes contre l’humanité, qui ne se prescrivent pas. Il est grand temps d’agir », préconise le Chapitre haïtien de l’Association internationale des Femmes Juges (Chaifej)
Par la magistrate Norah Amilcar Jean-François, Directrice exécutive du Chaifej
Transmis à AlterPresse le 8 mars 2025
CAUSERIES SUR LE THEME CORRUPTION ET INEGALITES DE GENRE
Discours de la Juge Norah Amilcar Jean-François, directrice exécutive du Chapitre haïtien de l’Association internationale des Femmes Juges (Chaifej)
6 mars 2025
C’est une grande joie et un plaisir pour moi d’être avec vous, en prélude à la journée internationale des droits de la femme en 2025.
En cette circonstance, au nom de tous les membres du Chapitre haïtien de l’Association internationale des Femmes Juges (Chaifej), je remercie sincèrement l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc), particulièrement son dynamique Directeur Hans Ludwig Joseph et son jeune staff, qui ont décidé d’associer à leurs préoccupations et réflexions la pionnière des associations de magistrates existant en Haïti, qui aura bientôt son quart de siècle, l’année prochaine (en 2026).
Cette réflexion, qui nous réunit ici aujourd’hui, pour rendre visible une réalité sociale, malgré la multiplication des instruments internationaux visant la protection des droits fondés sur le genre, perdure et continue de se reproduire en Haïti, en l’absence de politiques publiques nationales œuvrant à la réduction de discrimination sexuelle.
On peut, cependant, relever que les acquis, s’ils sont considérables ailleurs dans ce domaine, force est de constater qu’ils subissent une forte résistance à cet élan vers l’idéal de promotion de la gent féminine.
Les femmes, en général, subissent encore à tous les âges, des traitements discriminatoires, des pratiques traditionnelles, qui ont de graves répercussions sur elles et aussi sur leurs progénitures, qui nécessitent le plus souvent des réponses ponctuelles, telles que les préconisent les instruments internationaux et nationaux relatifs aux droits de la personne humaine.
Voulant faire respecter les instruments internationaux, l’Association internationale des femmes juges est créée en 1991. Elle compte beaucoup de chapitres dans le monde. Ensemble, nous avions lutté, nous avions combattu et en 2021, les Nations unies ont adopté la journée internationale des femmes juges, qui est célébrée, depuis 2022, le 10 mars de chaque année. C’est une de nos victoires.
Aujourd’hui, au lieu de célébrer les avancées remarquables en matière d’Égalité, on se retrouve à dénoncer les obstacles, qui freinent l’émancipation des femmes. Parmi les obstacles, on peut retenir la corruption et l’inégalité de genre.
Ces deux fléaux, qui gangrènent la société haïtienne et freinent son développement, ne se limitent pas seulement au détournement de fonds publics ou aux pots de vin. Il nourrit et renforce un autre problème majeur plus grave : LES INEGALITES.
La corruption s’installe en maitre et seigneur dans notre société, prive nos citoyennes et citoyens de leurs droits fondamentaux, et creuse des écarts entre les riches et les pauvres. Elle profite à une minorité Zuit, tout en laissant la grande majorité dans la précarité.
Les effets de la corruption sont multiples et sont visibles dans l’éducation, le monde du travail, l’administration, la justice, la politique, la gouvernance pour ne citer que ceux-là.
Lutter contre la corruption, c’est aussi lutter pour l’Égalité de genre
C’est pourquoi nous devons rassembler les ressources et volontés nécessaires pour mettre fin aux inégalités, qui continuent à voler à d’innombrables personnes leurs droits et parfois leur vie même.
Pour ce faire, il faut :
Renforcer les normes, en particulier la loi contre la corruption et garantir son application effective ;
Investir dans l’éducation des jeunes sur le danger de la corruption ;
Promouvoir une gouvernance transparente, participative, où la gestion des ressources est contrôlée par toutes et tous, où la reddition de comptes est une règle.
D’autre part, le Chaifej est particulièrement préoccupé par les cas de viols systématiques, perpétrés par des membres de groupes armés et des gangs, qui se poursuivent sur une grande échelle sur le territoire d’Haïti. Ces viols sont utilisés comme arme politique, où le corps de la femme est utilisé comme arme de guerre. On doit le savoir : c’est un crime contre l’humanité, qui ne se prescrit pas. Il est grand temps d’agir.
Lutter contre la corruption, c’est bâtir une Haïti plus juste, où chaque individu a la même chance de réussir. C’est garantir que l’effort, la compétence et l’honnêteté sont récompensés, plutôt que la fraude, la manipulation et la magouille.
Je termine ici avec un dicton irlandais :
« Les belles paroles ne beurrent pas le pain ».
Peu importe l’éloquence et l’argument, ce sont les résultats qui comptent.
Et comment fournir les résultats ?
Par la coopération, la collaboration.
Le soutien des magistrates, dans leur mission d’appliquer le droit, est une cause noble. Ce n’est pas une mission facile dans un pays, où la justice se laisse dominer, pour ne pas dire sert de marchepieds à d’autres pouvoirs de l’Etat.
Nous pouvons réussir la lutte contre la corruption en garantissant la justice pour toutes et tous.
C’est ce que les femmes juges font au quotidien.
Jeanjean Roosevelt vous a déjà demandé de donner la planète à la femme. Moi, je vous affirme que la corruption sera documentée, traitée et punie en Haïti et dans la région, quand les femmes seront majoritaires dans la gouvernance des trois pouvoirs de l’État.
Je vous remercie de votre patience.
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