Dix groupements politiques pointent des failles dans le processus électoral et soumettent au Cep des propositions sur l’inscription, la sécurité et les règles électorales.
P-au-P., 3 septembre 2026 [AlterPresse] --- Dix groupements politiques pointent des failles dans le processus électoral en cours et demandent au Conseil électoral provisoire (Cep) des ajustements concernant notamment l’inscription des électeurs, la sécurité, la neutralité des autorités et les règles de participation.
Le mémoire, daté du 1er septembre 2026, est signé par Sol Ayiti, Anfòs Pou Sove Lonnè, Coppos-Haïti et alliés, Debout Citoyen, Debout Patriotes, Delivrans, Grand, Myèl, Plateforme Politik Gras Pou Ayiti et Plateforme Rekonsilye.
Dans ce document, dont copie a été transmise à AlterPresse, les organisations affirment ne pas contester le principe des élections, qu’elles considèrent comme une voie permettant au peuple haïtien de choisir ses dirigeants et au pays de sortir de la crise.
Elles estiment toutefois que le processus doit inspirer confiance et que plusieurs dispositions et pratiques doivent être corrigées.
Faciliter l’inscription des électeurs
Les signataires demandent au Cep de distinguer les différentes catégories d’électeurs. Les citoyens déjà identifiés et disposant d’un document électoral ne devraient pas être soumis aux mêmes formalités que les nouveaux électeurs, les personnes ayant perdu leurs documents ou celles déplacées par l’insécurité.
Ils proposent que les électeurs déjà enregistrés puissent voter sur la base de leur identification existante, avec les vérifications nécessaires, et que des procédures simplifiées soient prévues pour les autres catégories.
Pour les personnes déplacées, les groupements préconisent un dispositif spécifique dans leurs lieux de déplacement, avec des bureaux de vote dédiés. Ils proposent également d’envisager une plateforme numérique pour faciliter leur inscription.
Délais, neutralité et financement
Le mémoire demande des délais « suffisamment raisonnables » aux partis et regroupements pour accomplir les formalités électorales. Les signataires souhaitent aussi que la régularisation soit privilégiée lorsqu’une irrégularité peut être corrigée, plutôt que l’exclusion automatique.
Ils insistent par ailleurs sur la neutralité du gouvernement de transition, de l’administration publique et des institutions de l’État. Selon eux, les ressources publiques ne doivent pas être utilisées au bénéfice d’un concurrent.
Les organisations soulèvent notamment des interrogations sur l’implication alléguée de personnalités gouvernementales et d’alliés politiques du premier ministre dans la constitution d’un groupement politique.
Elles estiment qu’une telle situation est susceptible de créer un conflit d’intérêts et de fragiliser la confiance dans l’impartialité du processus.
Les dix groupements demandent également au Cep de renforcer le contrôle du financement politique et électoral.
Ils évoquent des informations faisant état de paiements destinés à encourager des citoyens à s’inscrire sur des listes électorales, ainsi que des allégations concernant des fonctionnaires qui seraient obligés de s’inscrire sur une liste électorale pour percevoir leur rémunération. Ils demandent que les dénonciations documentées soient vérifiées.
La sécurité comme condition des élections
Les signataires considèrent la sécurité comme une condition première de la tenue des élections.
Ils proposent l’élaboration d’un plan de sécurité électorale identifiant les zones à risque, les centres de vote vulnérables, les axes de circulation et les moyens nécessaires à leur sécurisation.
Ils demandent également de revoir la localisation des centres de vote en fonction de la présence actuelle des populations, de la sécurité, de l’accessibilité, de l’état des routes et des déplacements provoqués par l’insécurité.
Le calendrier électoral devrait, selon eux, être établi à partir d’une évaluation complète des opérations restantes. La rapidité ne devrait pas se faire au détriment de la crédibilité du processus.
Réserves sur le décret électoral
Une partie importante du mémoire porte sur le décret électoral. Les organisations demandent la modification de plusieurs dispositions concernant notamment les pièces exigées des candidats, les frais d’inscription, le financement des campagnes, la participation des femmes, l’indépendance financière du Cep et la justice électorale.
Elles contestent particulièrement l’article 130, qui impose à chaque parti, groupement ou regroupement politique de présenter une liste de 30 000 membres, adhérents ou sympathisants.
Avec 105 structures politiques agréées au Cep, cette exigence pourrait représenter, selon leur calcul, jusqu’à 3,15 millions d’inscriptions nominatives distinctes, sur un électorat estimé à 6,5 millions.
Les signataires proposent de ramener le seuil à 15 000 adhérents ou sympathisants pour les groupements de partis.
Les doublons et le seuil de 30 000
Le mémoire conteste également le traitement des personnes apparaissant sur plusieurs listes. Les signataires estiment qu’un doublon informatique ne permet pas, à lui seul, de déterminer l’affiliation politique réelle d’un citoyen.
Ils demandent donc une procédure de réexamen permettant, lorsque nécessaire, au citoyen concerné de confirmer lui-même l’affiliation à prendre en compte.
Ils souhaitent aussi que le Cep rende publiques les règles de détection et de traitement des doublons ainsi que leur base juridique.
Un parrainage de 5 000 électeurs
Comme alternative au seuil de 30 000 membres, les dix groupements proposent un système de parrainage de 5 000 électeurs.
Chaque parti ou regroupement devrait recueillir les nom, prénom, NINU, numéro de téléphone et signature de 5 000 électeurs. La collecte pourrait se dérouler de septembre à novembre, avant une vérification par le Cep de l’identité des personnes et de l’absence de doublons.
Un électeur ne pourrait parrainer qu’un seul parti ou regroupement.
Les signataires estiment que cette formule permettrait de vérifier l’implantation réelle des organisations, de faciliter les regroupements politiques et de mieux détecter les éventuelles fraudes. Ils proposent qu’elle soit offerte comme une alternative à la procédure actuelle.
D’autres mesures proposées
Le mémoire recommande également de faciliter l’identification provisoire des personnes déplacées ayant perdu leurs documents, de permettre la régularisation de certains dossiers de candidature lorsque des pièces sont impossibles à obtenir en raison de l’insécurité et de prévoir le report local d’un scrutin lorsqu’il est impossible d’installer des bureaux de vote pour des raisons sécuritaires.
Les organisations demandent enfin l’introduction de dispositions encadrant l’utilisation de l’intelligence artificielle, notamment pour prévenir la diffusion de faux résultats ou les campagnes de dénigrement susceptibles de porter atteinte au processus électoral.
Les dix groupements réaffirment leur volonté de participer aux élections, mais appellent à des corrections pour garantir un processus crédible, transparent et inclusif. [gp apr 03/09/2026 08 :00]
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