Face à la hausse des prix des carburants et au gel des salaires, des Haïtiennes et Haïtiens de Montréal dénoncent une politique jugée injuste et apportent leur soutien aux revendications des organisations ouvrières en Haïti.
Par le Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’Occupation d’Haïti (Rehmonco)
Transmis à AlterPresse le 11 avril 2026
Depuis plusieurs années, les syndicats ouvriers se mobilisent pour exiger un ajustement du salaire minimum, proportionnel à la montée vertigineuse de l’inflation. Rappelons que, selon la législation haïtienne, une révision salariale doit obligatoirement être envisagée dès que l’indice officiel des prix, fixé par l’Institut haïtien de statistiques et d’informatique (Ihsi), affiche une augmentation d’au moins 10% au cours d’une année fiscale. Or, l’inflation a oscillé entre 30% et 40% ces dernières années, alors que le dernier ajustement du salaire minimum remonte à 2022 !
Demander un ajustement salarial n’est rien d’autre qu’exiger de l’État l’application de la loi, qu’il a lui-même adoptée pour régir les rapports entre le patronat et les ouvrières et ouvriers. Face à l’inflation galopante, les travailleuses et travailleurs se voient contraint.e.s de survivre avec un salaire, dont le pouvoir d’achat ne cesse point de s’amenuiser. De plus, depuis juin 2025, le Conseil supérieur des salaires (Css) a officiellement recommandé au gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé d’ajuster le salaire minimum. Pourtant, aucune suite n’a été donnée à cette recommandation jusqu’à ce jour.
Il est frappant de constater que ce même gouvernement s’est empressé d’invoquer la loi sur les carburants pour augmenter le prix de l’essence de près de 37%. Certes, la loi impose un ajustement dès que le prix du baril varie de plus de 5% sur le marché international. Cependant, alors qu’il a agi avec une célérité excessive pour taxer les consommatrices et consommateurs, le gouvernement refuse d’ajuster le salaire des ouvrières et ouvriers depuis plusieurs années.
Par-delà les considérations juridiques ou techniques, la posture de l’État occulte un mécanisme d’extorsion structurelle, exercé par les classes dominantes au détriment de la classe ouvrière et des couches sociales précarisées d’Haïti. En s’opposant à la revalorisation salariale, l’État institutionnalise l’exploitation de la force de travail nationale par le patronat local et international, maintenant le coût de cette force de travail dérisoire.
Par ailleurs, lorsqu’il s’empresse de relever le prix du carburant, l’État ne fait qu’agir en gardien des privilèges, sécurisant sa propre rente tout en augmentant les profits d’une oligarchie rapace.
Les faits sont têtus : le pouvoir haïtien refuse systématiquement de réduire le coût de l’essence, même si le prix du baril de pétrole est en baisse. C’est une injustice flagrante, reconnue même par des économistes libéraux.
L’objectif est clair : instrumentaliser chaque crise pétrolière pour gonfler les caisses de l’État et gaver une bourgeoisie commerçante, qui parasite l’économie nationale par la rente.
Prenons un exemple de l’évolution des cours du pétrole sur le marché international.
Suite au déclenchement du conflit en Ukraine, l’État haïtien a procédé à un ajustement à la hausse des prix à la pompe, excédant les 100%. Bien que les cours mondiaux se soient repliés quelques mois plus tard, pour atteindre leurs niveaux antérieurs au conflit, les autorités n’ont pas appliqué la révision à la baisse, prévue par la législation en vigueur. Cette décision a contribué à maintenir l’inflation sur une trajectoire annuelle de 30 à 40%.
Par cette mesure, la rente captée par l’État et les importateurs pétroliers s’est accrue, alors que plus de cinq millions d’Haïtiennes et d’Haïtiens sombraient dans la précarité.
Aujourd’hui, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé prend la même orientation. D’une part, il a gelé tout ajustement salarial, au mépris du Code du travail et de la loi de 2009 relative au salaire minimum. D’autre part, il a précipité l’augmentation des prix des carburants. Cette double dynamique manifeste une logique d’extorsion systémique, exercée par l’élite économique au détriment des classes laborieuses.
Fort de ce constat, nous appuyons les revendications des organisations ouvrières haïtiennes exigeant un salaire minimum de 3,000.00 gourdes, assorti d’une subvention immédiate de 30,000.00 gourdes (Ndlr : US $ 1.00 = 135.00 gourdes ; 1 euro = 154.00 gourdes ; 1 dollar canadien = 95.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.40 gourdes aujourd’hui). En dénonçant le cynisme de l’appareil étatique et de l’oligarchie, nous soutenons activement la mobilisation syndicale contre la hausse de 37% des prix des hydrocarbures.
Pour authentification,
Renel Exentus, Frank W. Joseph
Montréal, le 11 avril 2026
Contact : rehmoncohaiti1915@gmail.com
Photo : Observatoire des multinationales
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