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Haïti-Chili : Difficultés d’accès des ressortissant.e.s haïtien.ne.s aux services administratifs de l’ambassade d’Haïti

Témoignage

P-au-P, 16 mars 2026 [AlterPresse] --- De nombreuses ressortissantes et de nombreux ressortissants haïtien.ne.s sont encore confronté.e.s à de graves difficultés d’accès aux services administratifs de l’ambassade d’Haïti au Chili, déplore Olivier Joseph, président de l’organisation haïtienne Comunidad Haitiana en Chile.

Lors d’une interview accordée à l’émission Fwote Lide, diffusée sur AlterRadio et consultée par l’agence en ligne AlterPresse, Olivier Joseph rapporte combien plusieurs compatriotes affirment devoir payer pour des passeports, certificats ou d’autres services consulaires, sans pouvoir jamais obtenir les documents demandés.

Dans certains cas, ces migrantes et migrants haïtiens se disent contraint.e.s de recourir à des intermédiaires ou à des racketteurs pour faire avancer leurs dossiers.

Ces blocages administratifs freinent la régularisation des migrantes et migrants haïtien.ne.s, confronté.e.s à ces difficultés depuis plusieurs années, critique Olivier Joseph, installé au Chili depuis plusieurs années.

Il dénonce l’existence de pratiques de corruption au sein des services de l’ambassade d’Haïti au Chili, qui touchent directement les ressortissantes et ressortissants haïtien.ne.s.

L’épée de Damoclès

La régularisation demeure l’un des principaux défis pour des milliers de compatriotes vivant dans cette nation sud-américaine, souligne-t-il.

Beaucoup peinent à obtenir un statut migratoire, notamment depuis que le gouvernement de Sebastián Piñera a rendu obligatoire l’extrait de casier judiciaire dans les procédures de régularisation.

Or, l’obtention de ce document délivré par les autorités haïtiennes s’avère particulièrement difficile et constitue aujourd’hui un obstacle majeur.

Cette exigence vise à vérifier les antécédents judiciaires des demandeuses et demandeurs. Mais, elle bloque de nombreuses Haïtiennes et de nombreux Haïtiens dans leurs démarches.

Les procédures auprès de l’ambassade d’Haïti au Chili sont longues et complexes, relève-t-il.

Ce problème, qui persiste depuis plus de six ans, n’a toujours pas été résolu sous la nouvelle administration, regrette-t-il.

Olivier Joseph critique le manque de coordination entre les institutions haïtiennes, soulignant combien l’absence de collaboration efficace entre l’ambassade au Chili et les autorités en Haïti empêche de trouver une solution durable.

Cette situation fragilise de nombreuses et de nombreux compatriotes, alors que ce document représente souvent la dernière étape avant l’obtention d’un permis de séjour de longue durée.

« Lorsque le service d’immigration demande ce document, nous sommes souvent impuissants. Pourtant, ce certificat est indispensable pour obtenir un permis permettant de rester légalement au Chili pendant cinq ans. Il est également exigé dans certaines démarches visant à acquérir la nationalité chilienne », explique Olivier Joseph.

Faute de pouvoir compléter ces procédures, beaucoup de ressortissantes et ressortissants haïtien.ne.s se retrouvent en situation irrégulière.

Cette précarité administrative entraîne des conséquences directes sur leur intégration sociale et économique : difficultés à accéder à un emploi stable, à certains services ou à des opportunités professionnelles.

Une communauté importante, mais fragilisée

Malgré ces obstacles, la communauté haïtienne demeure significative au Chili.

Selon les estimations des organisations communautaires, environ 80,000 Haïtiennes et Haïtiens vivent actuellement au Chili, un chiffre basé sur les personnes enregistrées dans le système d’immigration.

Le nombre réel pourrait être plus élevé, en tenant compte des migrantes et migrants non régularisé.e.s.

Dans un contexte politique, marqué par un durcissement du discours sur l’immigration, notamment depuis l’arrivée au pouvoir, le mercredi 11 mars 2026, du nouveau président d’extrême droite José Antonio Kast, la situation des migrantes et migrants reste sensible au Chili, fait remarquer Olivier Joseph.

La question de la représentation de la diaspora a été évoquée, lors d’une rencontre avec des membres de la communauté haïtienne, organisée à l’occasion de la visite officielle du premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé au Chili pour la cérémonie d’investiture du président élu José Antonio Kast, le mercredi 11 mars 2026.

Certaines organisations influentes de la diaspora n’étaient pas présentes, regrette Olivier Joseph.

Pourtant, elles disposent de relations leur permettant de dialoguer directement avec des ministres, le directeur de l’immigration, ainsi que des députés et sénateurs.

Leur participation aurait pu renforcer les discussions autour des difficultés rencontrées par la communauté, estime-t-il. [mff emb gp apr 16/03/2026 11:40]

Photo utilisée comme logo de l’article, prise lors de la rencontre du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avec la communauté haïtienne au Chili, le 11 mars 2026.

MÉMOIRE D’ALTERPRESSE


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