Le 17 avril 2025 marque le bicentenaire de l’imposition d’une dette de 150 millions de francs or à Haïti par le roi français Charles X, pour la reconnaissance de l’indépendance du pays Caraïbe, proclamée en 1804. C’est seulement à ce prix que le pays pouvait rompre 21 ans d’isolement. Après l’indépendance, tous les États, européens ou américains, s’étaient abstenus de nouer des relations diplomatiques avec Haïti.
200 ans plus tard, l’historien Jean Ledan Fils tente, dans un ouvrage intitulé « L’indemnité de 1825 - 200 ans - Bicentenaire de la rançon de l’indépendance – EFFETS SOCIAUX », de dégager les retombées sociales et politiques, hémisphériques, internationales et divers autres aspects ayant fondamentalement affecté Haïti.
Par Jean Ledan Fils*
Repris par AlterPresse avec l’autorisation de l’auteur
Extrait 1
« Dès la première année, car lorsqu’il fallut faire un premier versement de 30 millions, le gouvernement haïtien ne put tirer de ses caisses que 5 300 000 francs, si bien qu’il dut, pour compléter la somme, contracter à Paris un emprunt de 25 millions. La France s’était réservé, en même temps, le privilège de ne payer aux douanes haïtiennes que la moitié des droits prélevés sur le commerce étranger, ce qui occasionna encore pendant dix ans un déficit annuel de 1 600 000 francs sur un revenu total d’environ six millions de francs ». (Alexandre Bonneau, Haïti, son progrès - son avenir, 1862)
Cette réalité demeure l’écharpe de la catastrophique quarantaine économique d’Haïti. Toutefois, l’objectif de EFFETS SOCIAUX est de dégager les retombées sociales et politiques, hémisphériques, internationales et divers autres aspects ayant fondamentalement affecté Haïti.
Après 200 ans, la restitution de la rançon de l’Indépendance et les réparations adéquates sont nécessaires pour le rétablissement de la première République qui a profondément marqué un tournant décisif dans l’histoire de l’humanité – toutes les théories des mouvements de libération en découlent. Les spécialistes des chiffres sauront évaluer les dégâts économiques qui en découlent de l’Ordonnance de 1825 ; c’est-à-dire l’indemnité ou encore la rançon de l’Indépendance imposée manu militari sur Haïti par la France.
L’indemnité
Après l’indépendance, tous les États, européens ou américains, s’étaient abstenus de nouer des relations diplomatiques avec Haïti. Pour sortir de cet isolement et de la pénurie économique et financière existante, le président Pétion entreprit des démarches en vue de la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France. Une fois cette étape franchie, Haïti bénéficierait ensuite de la reconnaissance des autres nations industrielles et tisserait des relations commerciales avec ces puissances.
La question d’indemnisation des anciens colons propriétaires fut alors brandie ; elle ne fit pas l’unanimité. Dans le Nord, le roi Christophe, recherchant lui aussi mais sournoisement la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France, protestait néanmoins dans la Gazette Royale d’Hayti datée du 9 novembre 1815 :
« En effet, sur quel fondement Pétion voudrait-il rendre les Haïtiens les tributaires et les vassaux des ex colons, nos oppresseurs ? Ce n’est donc pas assez que vous ayez été leurs esclaves pendant des siècles entiers, et que vos sueurs et votre sang aient souvent coulé, mêlés ensemble pour engraisser cette caste orgueilleuse ? Il faut que vous fassiez encore de nouveaux sacrifices pour dédommager ceux qui se disent insolemment vos maîtres, des prétendues pertes qu’ils ont faites. Eh bien ! que Pétion récapitule la masse énorme de richesses que nos ancêtres leur ont procurées pendant plus de 150 ans de travaux forcés sous le fouet des commandeurs ! Qu’il récapitule la somme de douleurs et de tortures qu’ilsont éprouvées de la part de ses protégés, il verra de quel côté doivent être les dédommagements s’il devait en avoir… Notre pays ne nous appartient-il pas par droit de justice et de conquête ?… »
Après la mort de Pétion, sous la présidence de Boyer, la France envoya plusieurs missions en Haïti, dont celle de M. Aubert Du Petit Thouars, en 1821, porteur d’une lettre de M. Esmangart, Conseiller d’Etat qui plaidait pour la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France moyennant une indemnité aux ex-colons. D’autres missions eurent lieu de part et d’autre en 1823, 1824. Louis XVIII mourut en 1824 ; son successeur, le roi Charles X, prit l’Ordonnance du 17 avril 1825 qui reconnaissait l’indépendance d’Haïti moyennant une indemnité de 150 millions de francs. Le baron de Mackau, porteur de l’Ordonnance, muni de moyens de conciliation, avait aussi l’ordre d’utiliser la force si nécessaire. Il choisit plutôt la menace de bombardement.
Boyer accepta le 8 juillet 1825. Cependant, sa décision, alors considérée comme une capitulation honteuse, compromit son administration à différents niveaux. Haïti, pour compléter la première tranche de l’indemnité, devait encore faire un emprunt d’Etat sur le marché financier de Paris. Un peu plus tard, en 1835, Aubert Du Petit Thouars arriva à Port-au-Prince pour réclamer une avance pour le service de l’emprunt. Peu après, Boyer reprit les négociations avec la France, sous Louis-Philippe. Celles-ci aboutirent à la conclusion de deux nouveaux traités sanctionnés par le Sénat haïtien, le 15 février 1838 : l’un mentionnait la reconnaissance pure et simple de l’indépendance d’Haïti par la France, l’autre réduisait l’indemnité à 60 millions de francs, l’allégeant sans pour autant dissiper les susceptibilités nationales. L’administration du président Salomon (23 octobre 1879- 10 août 1888) acheva de liquider ladite dette de l’indépendance. [1]
A suivre
*Historien, éditeur
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[1] Extrait de Jean Ledan fils, A propos de l’histoire d’Haïti, saviez-vous que… Volume VII, illustré, ISBN : 976-95017-05, Bèljwèt Publications, PAP, 2002. Consultations : Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome V 1811-1818 / Tome VI 1819-1826 / Tome VII 1827-1843, Éditions Henri Deschamps, PAP, 1988.
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