Les mouvements sociaux des Amériques exigent une coopération solidaire avec Haïti

Par Ronald Colbert

P-au-P, 19 août 2010 [AlterPresse] --- Les mouvements sociaux des Amériques se prononcent pour une coopération solidaire avec la république d’Haïti, qui respecte sa souveraineté nationale et annule inconditionnellement le service de la dette.

“Nous nous solidarisons avec la lutte du peuple d’Haïti, qui n’a besoin ni d’une intervention militaire ni d’une occupation économique pour sa reconstruction” [après le séisme du 12 janvier 2010], affirment les différents délégués au IVe forum social des Amériques, dans une déclaration en date du 15 août 2010 émise à Asuncion et dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Tout en rejetant “le nouveau processus d’endettement illégitime” [dans lequel Haïti serait entré], les participantes et participants au 4e forum social des Amériques se penchent plutôt pour une coopération solidaire avec Haïti dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture et d’autres branches de l’économie que le pays caribéen requiert.

Ils accusent l’Union européenne (Ue), qualifiée d’ “autre puissance néocoloniale qui opère en Amérique latine et dans les Caraïbes” d’encourager une stratégie de continuation d’une offensive en faveur de “la vague d’accords de libre commerce dans toutes ses variantes”.

Les bras exécutifs de cette offensive sont les institutions financières internationales, comme la banque mondiale (Bm), le fonds monétaire international (Fmi), les banques régionales dites de développement et les groupes bancaires privés “ qui sont en train de créer de nouveaux et d’énormes processus d’endettement, avec des impacts directs sur les peuples et l’environnement”.

“Toutes ces menaces sont véhiculées à travers le même modèle de développement primaire exportateur, spoliateur et d’exclusion, qui s’approfondit sur beaucoup de territoires, expulse les populations, provoquant le déracinement et les migrations”.

Un front commun contre le capitalisme vert et pour une justice climatique

Face à ce qu’ils considèrent comme une menace de guerre nucléaire de la part des États-Unis d’Amérique, les représentantes et représentants du IV e forum social des Amériques insistent sur un renforcement d’un front commun [de plus d’organisations populaires et de mouvements sociaux] pour la défense des biens naturels contre le capitalisme dévorant, contre la destruction de l’environnement et contre les fausses solutions d’un “milieu ambiant de marché” et du “capitalisme vert”, tels les marchés de carbone, les agrocombustibles, les produits transgéniques et la géoingénierie”, lesquels risquent de favoriser davantage le changement climatique.

Voilà pourquoi, au lieu de promouvoir la mercantilisation et la privatisation des forêts ainsi que la perte de souveraineté sur les territoires, ils exigent la constitution d’un tribunal international de justice climatique.

“Nous sommes d’accord avec les propositions de l’accord de Cochabamba, résultat de la conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et pour les droits de la Terre mère, lesquels reconnaissent, comme solutions réelles face au réchauffement global, la justice climatique, la souveraineté alimentaire, la souveraineté énergétique, la souveraineté des femmes sur leur corps et leur vie et pour la reconnaissance de la diversité sexuelle, la récupération des territoires, l’agriculture paysanne, l’intégration et la solidarité entre les peuples”, disent les mouvements sociaux des Amériques.

Ils préconisent des alternatives qui partent d’actions de résistance et de diverses perspectives anticapitalistes, antipatriarcales et antiracistes, mais d’autre modèle centré sur l’égalité et le bien vivre.

A leur avis, les dix dernières années ont culminé sur la chute de certains gouvernements néolibéraux, un questionnement radical du système capitaliste, dans le continent des Amériques, par les mouvements sociaux et les mouvements indigènes, à partir de leurs connaissances ancestrales et de leur mémoire historique.

Comme résultat, il y a eu “l’émergence de gouvernements qui ont conduit des réformes positives, comme la nationalisation de secteurs vitaux de l’économie et des redéfinitions de transformation constitutionnelle”.

Toutefois, relèvent-ils, depuis le forum social, tenu en 2008 au Guatémala, il se profile un “effort systématique de déstabilisation de la démocratie” dans le continent, avec des tentatives “de répression et de criminalisation des mouvements sociaux, d’installation (sous forme d’accords) de bases militaires américaines et de manœuvres de la IVe flotte étasunienne dans les mers des Amériques”.

Dans la déclaration du 15 août 2010 d’Asuncion, les représentantes et représentants des mouvements sociaux des Amériques soulignent leur solidarité et leur engagement dans le processus de changements profonds que cherche à implanter le peuple du Paraguay “jusqu’à la récupération de sa souveraineté sur son territoire, les biens communs, les ressources énergétiques, dans la concrétisation d’une réforme agraire [pertinente] et de la démocratisation de la richesse”.

Les participantes et participants au IV e forum social des Amériques dénoncent aussi ce qu’il appellent “l’illégitimité du président de facto de Honduras, Porfirio Lobo”, tout en reconnaissant la lutte du peuple de ce pays centroaméricain pour une “refondation constitutionnelle qui établisse une vraie démocratie”. [rc apr 19/08/2010 1:30]