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Haiti : La presse a besoin de se reconstruire

Par Claude Gilles

Exposé dans le cadre de la table ronde organisée par l’UNESCO et l’IMS à la Baz Lanbi le 3 mai 2010

Soumis à AlterPresse le 3 mai 2010

C’est avec un immense plaisir que je participe, ce lundi 3 mai 2010, journée mondiale de liberté de la presse, à cette table-ronde convoquée par l’Unesco en partenariat avec les organisations de journalistes haïtiens dont l’AJH, SOS Journalistes, Medialternatif, Saks et le Centre opérationnel des médias mis en place par à Port-au-Prince par Reporters sans frontières 9 jours après les secousses telluriques qui ont fait quelque 300 000 morts dans le pays.

12 janvier 2010, nous avons été témoins de nos malheurs et reporters de nos drames. Endeuillés, traumatisés, sinistrés…les journalistes haïtiens, sans en avoir la moindre tradition de gérer une catastrophe d’une si grande ampleur, sans même avoir eu le temps d’enterrer leurs proches ensevelis se montraient actifs et mêmes créatifs pour aider à sauver la vie de milliers d’enfants, de femmes, de jeunes et de vieillards pris aux pièges. Ils se montraient aussi impartiaux en dénonçant le côté parfois pervers de l’aide humanitaire.

La table-ronde d’aujourd’hui, « vise à initier un débat sur le rôle des médias haïtiens dans le processus de reconstruction du pays ». A la Conférence des donateurs réunis à New-York, plus de 10 milliards de dollars ont été promis par la communauté internationale pour remettre le pays sur les rails. « Ces fonds, devront être dépensés de manière transparente, constructive, au bénéfice de la population haïtienne », selon le vœu des donateurs. Comme il n’existe pas de saine démocratie sans une presse libre et responsable, il est fondamental que les médias jouent leur rôle dans la société mais aussi dans le débat entourant le processus de reconstruction.

Pour arriver à jouer ce rôle, la presse haïtienne, elle aussi, a besoin de se reconstruire. Pas seulement les bâtiments effondrés ou fissurés, mais la manière de faire ; d’enquêter ; de rapporter et de recruter dans les entreprises de presse. Une reconstruction où la qualité pourra primer sur la quantité de journalistes ou d’informations diffusées ; une reconstruction qui passera par un recensement de nos journalistes et pourquoi pas à la mise en place d’une commission de la carte de presse. Difficile aujourd’hui d’avancer des chiffres sur le nombre de journalistes haïtiens en exercice.

12 janvier 2010, la presse haïtienne a payé un lourd tribut. Pas moins d’une trentaine de journalistes et travailleurs de la presse décédés ; des entreprises de presse détruites et endommagées : nous pouvons faire de ce citron, une citronnade.

Que les débats soient fructueux !