Haïti-Reconstruction : Préval lance la CIRH

P-au-P, 21 avril 2010 [AlterPresse] --- Un arrêté sur le fonctionnement de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (Cirh) vient d’être signé par le gouvernement, suivant ce qu’annonce le président René Préval lors d’une conférence de presse réalisée dans les jardins du palais national en ruines, 100 jours après le tremblement de terre dévastateur du 12 janvier.

Le président de la République ainsi que les membres de son gouvernement ont rencontré la presse pour expliquer l’utilité de la loi sur l’État d’urgence de 18 mois ratifiée par les deux chambres et promulguée la veille dans le journal officiel, le Moniteur.

Cette loi, disposition spéciale à travers laquelle la Cirh a été créée, est encore très contestée dans certains milieux politiques qui la qualifient d’anticonstitutionnelle en raison notamment de la présence de personnalités étrangères au sein de l’entité qu’elle crée.

« La mise en place de cette commission est une avancée. Maintenant il va y avoir un meilleur contrôle des projets en fonction du plan de développement défini par le gouvernement », soutient le président.

Il précise que la Cirh peut être poursuivie en justice et non les individus qui la composent.

La commission, co-présidée par le premier ministre Jean Max Bellerive et l’envoyé spécial de l’ONU, William Clinton, ancien président des États-Unis, sera composée du même nombre d’haïtiens et d’étrangers, selon Préval.

Parmi les représentants internationaux, certains auront droit de vote. Il s’agit notamment des représentants internationaux qui entendent contribuer à hauteur de 100 millions de dollars durant 2 années consécutives à la reconstruction ou ceux qui ont annulé 200 millions de dollars de dette d’Haïti à leur égard.

En revanche le représentant de l’organisation des Etats américains (Oea), celui de la communauté des organisations non gouvernementales (Ong) haïtienne, et le représentant de la communauté des Ong internationales n’ont pas droit de vote.

Le président de la République a le droit de véto et peut s’opposer à l’exécution d’un projet approuvé par la commission.

La Cirh dispose d’un secrétariat exécutif chargé de recevoir et d’examiner les projets avant de les transmettre aux deux co-présidents.

« La commission n’a pas mission de remplacer le gouvernement mais d’appuyer, d’assister, d’encadrer et de faciliter les décaissements par rapport aux responsabilités gouvernementales… Ce n’est pas seulement une question d’argent mais de cohérence. Cependant la responsabilité reviendra toujours aux ministères et institutions de l’Etat qui ont à répondre devant la Nation sur le développement du pays », souligne pour sa part le premier ministre Jean Max Bellerive.

Le président Préval a donné une idée des projets qui pourraient être transmis en premier à la Cirh. Ces projets s’inspireront des priorités de l’heure et l’un d’entre eux concerne la protection des populations exposées aux risques sismiques, indique-t-il.

Pour commencer, il faudra désormais « renforcer les bâtiments à vocation de recevoir beaucoup de monde dans le Nord, le Nord-Ouest, le Nord-Est, le Sud, le Sud-Est et l’Ouest ».

D’autres projets concernent la mise en place d’une agence de surveillance sismique et la création d’une banque de logement qui offrirait la possibilité aux personnes salariées de reconstruire leur logement grâce à un système de crédit. Le gouvernement entend parallèlement proposer à la Cirh le financement d’habitats transitionnels évolutifs pour les sans-abri plus démunis.

Le président de la république réaffirme l’éducation comme une de ses principales préoccupations. A cet égard un plan devrait bientôt naitre pour que l’Etat finance l’éducation de sorte que tous les enfants soient scolarisés gratuitement durant les 5 premières années et ensuite à partir de la 9e année.

La première priorité demeure l’appui budgétaire. A New York, le pays avait fait la demande de 350 millions mais les besoins ont depuis diminué, d’après le premier ministre. 140 millions ont déjà été reçus et le gouvernement aurait encore des besoins budgétaires de l’ordre de 100 millions.

Par ailleurs, un peu plus de 163 millions de dollars ont été dépensés au cours des 3 derniers mois pour répondre aux premiers besoins dans le cadre de l’Etat d’urgence décrété après le tremblement de terre. Un montant de 41 millions de cette somme a été décaissé pour financer des projets d’infrastructures routières, entre autres, dont certains chantiers sont en cours. [kft gp apr 21/04/2010 17 :00]