Cri d’indignation de l’andah face a la politique de repression systematique du pouvoir d’etat contre la communaute universitaire

Communique de l’ANDAH

9 Décembre 2003

Le Comité Exécutif de l’Association Nationale des Agro-professionnels Haïtiens (ANDAH) condamne avec la plus extrême rigueur les actions criminelles perpétrées par les agents civils et lourdement armés au service du pouvoir Lavalas contre les étudiants, professeurs et recteurs de l’Université d’Etat d’Haïti les mercredi 3 et vendredi 5 au local de la Faculté des Sciences Humaines et le samedi 6 décembre 2003 à la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire.

Le Comité Exécutif de l’ANDAH saisit cette occasion pour adresser sa sympathie et sa solidarité aux recteur et vice recteur de l’UEH, aux étudiants victimes, à toute la Communauté Universitaire et au Peuple haïtien tout entier, victimes des répressions de toutes sortes du Pouvoir d’Etat.

Une repression generalisee

L’ANDAH constate l’opérationnalisation d’une machine répressive dirigée depuis les hautes sphères du Pouvoir Exécutif qui vassalisent les institutions régulatrices de la démocratie, en particulier, le Pouvoir Judiciaire et son auxiliaire la Police Nationale d’Haïti (PNH). Cette machine de mort et de terreur est actionnée par des agents civils lavalassiens, agissant à titre de sous-traitant et télécommandés par divers délégués, maires et parlementaires. L’objectif ultime du pouvoir Lavalas, via les hordes criminelles à son service, est de terroriser la population et d’établir une « Â paix des cimetières » devant garantir la reddition du pays face à ses dilapidateurs

nationaux et internationaux. Cette répression aveugle contre divers secteurs de la société et en particulier l’Université d’Etat d’Haïti vise à étouffer toute critique citoyenne contre une forme de gouvernance débile caractérisée par :
la déstructuration et l’asservissement systématique des institutions et organisations non inféodées au parti au pouvoir ;
le pillage des fonds de l’Etat dans une ambiance de corruption tolérée et de gabegie administrative partisane ;
la pratique du népotisme et une absence totale d’éthique en matière politique.

Le peuple haïtien est entrain de vivre une situation répressive se manifestant quotidiennement par :
des agressions physiques allant des bastonnades, lapidations, arrestations arbitraires jusqu’aux exécutions sommaires avec expositions prolongées de cadavres entiers ou sectionnés ;
des agressions psychologiques et morale : menace de mort, tentative d’intimidation et de cooptation etc. ;
des agressions économiques de diverses natures : harcèlement régulier des commerçants et petits détaillants et/ou taxation excessive du citoyen pour des services publics non rendus afin de financer la machine répressive.

Ces agissements criminels frappent tous les secteurs de la société : écoliers, étudiants, associations de femmes, groupements socio-professionnels, « Â sociétaires victimes des coopératives », paysans, résidents des quartiers populaires, syndicats, commerçants, industriels, intellectuels et artistes, sans épargner les femmes enceintes, les enfants en bas âge et les nourrissons.

Une operation de terreur contre l’universite revendiquée par le pouvoir d’Etat

Le coup porté contre l’Université traduit l’installation d’un régime despotique et obscurantiste façonné sous le label de « Â démocratie autoritaire » dont l’objectif inavoué se résume en :
la soumission de l’UEH aux dictats d’un homme,
l’asservissement des intelligences et des compétences nationales non encore inféodées.
Il s’agit donc pour le pouvoir Lavalas de contrôler tous les espaces de savoir et de critiques objectives, tous les lieux de réflexion, d’organisation et de liberté citoyenne.
C’est dans le cadre de l’application de cette politique totalitaire et obscurantiste que s’inscrivent les attaques criminelles dirigées contre la Faculté des Sciences Humaines, l’INAGHEI et la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV).

L’opération sanguinaire menée le vendredi 5 décembre 2003 à la Faculté des Sciences Humaines a largement dépassé en intensité les actions répressives des Forces Armées d’Haïti et du FRAPH menées contre les mobilisations de la communauté universitaire durant la période du Coup d’Etat.

La destruction des matériels administratifs et pédagogiques ainsi que les coups et blessures perpétrés contre la personne du recteur, du vice-recteur et d’une vingtaine d’étudiants constituent une agression inqualifiable du pouvoir Lavalas afin de casser la mobilisation des étudiants et arriver peu à peu à la déstructuration totale de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH).

Cette ultime tentative de bâillonnement de la Communauté Universitaire s’inscrit dans une volonté de masquer la mort lente mais certaine de l’économie du pays et le retour au caporalisme colonialiste et des commandeurs.

L’ANDAH a été choquée par les déclarations du premier ministre du régime en place, M Yvon Neptune, félicitant le comportement professionnel des agents de la PNH ayant supervisé les actions des civils armés à la solde du pouvoir.

Le président Aristide, le gouvernement Neptune en son entier, le directeur de la Police Nationale, Mme Jocelyne Pierre devront tôt ou tard expliquer au peuple haïtien les fondements et soubassements qui ont abouti aux opérations criminelles de saccage des installations universitaires et aux coups et blessures contre étudiants, professeurs et dirigeants de l’UEH au sein même de la Faculté des Sciences Humaines considérée comme un espace inviolable.

L’urgence du moment

Une mobilisation citoyenne et démocratique doit être impulsée pour arrêter au plus vite la machine infernale de la mort et de la terreur dirigée par le pouvoir d’Etat. Tous les secteurs de la société doivent s’impliquer dans cette urgente mobilisation : jeunesse scolaire, estudiantine et universitaire, classes laborieuses (paysans, ouvriers, artisans, petits détaillants), secteurs socio-professionnels divers, organisations de femmes, commerçants et industriels, intellectuels et artistes ainsi que les religieux rattachés à diverses confessions.

Port-au-Prince, 9 Décembre 2003

Pour le comité Exécutif de l’ANDAH :

Fruck DORSAINVIL, Resp. Affaires Courantes

Myrtho O. PIERRE, Resp. Affaires Financières

Stephen PHELPS, Resp. Affaires Internationales

Franck SYLVAIN, Resp. Affaires Paysannes

Alix INNOCENT, Resp. Formation

Eunide ALPHONSE, Resp. Organisation