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Guadeloupe-Martinique : Production musicale en péril

Par Claude Cabit [1]

Document repris par AlterPresse le 6 janvier 2010 [2]

Le premier contact de l’année est l’occasion de faire un point sur la désastreuse année 2009 sur l’état des lieux de la musique antillaise tant au niveau de la programmation radio des titres antillais que des ventes de cette même musique dans les magasins.

Ceci reste évidemment un point personnel qui n’engage que moi. J’ai été catastrophé en 2009 de la légèreté avec laquelle certains directeurs de radios, animateurs ou programmateurs prenaient la diffusion de la musique antillaise, zouk ou traditionnelle.

Certains ne se rendent pas compte que le marché est complexe et que tous les corps de métiers sont profondément imbriqués donc dépendants les uns des autres.

Si l’on ne se sert pas les coudes, c’est tout le marché de la Musique qui va exploser dans très peu de temps.

Si l’on ne chouchoute réellement pas les artistes locaux, si l’on ne fait pas des titres produits localement des véritables hits ; si l’on ne renforce pas l’impact des artistes présents sur nos territoires, dans un premier temps, et de toutes les valeurs sûres du zouk ; les boîtes de nuit n’auront plus de plateaux intéressants à proposer, donc les profits générés ne permettront pas de prendre des campagnes sur vos ondes.

Beaucoup de promoteurs se plaignent que les artistes locaux s’exilent. Mais ne pouvant pas vivre de leur art, que leur reste-t-il à faire ? Les artistes présents sur place sont si peu diffusés pour la plupart, qu’ils ne sont pas "bankable", c’est donc du gachis.

Vous aurez bien sur remarqué que vous manquez, donc, d’artistes pour vos émissions radios et/ou tvs... Il y a un non-respect manifeste des artistes locaux et c’est intolérable.

Il ne reste plus de producteurs locaux, de vrais producteurs, leurs oeuvres ayant été souvent ignorées au profit de musiques étrangères, tous ont coulé ou se sont reconvertis. On entre dans l’ère où l’auto production représente plus de 80% du marché.

Les derniers bastions de la production et de la distribution sont menacés à cause de la désaffection des gens, en grande partie mal éduqués par les médias et également distraits par le téléchargement. Cela veut dire que si les conditions que nous avons connu en 2009
continuent en 2010, vous hommes de radio et de presse serez confrontés à ça :

- au lieu d’un contact professionnel, vous aurez affaire à 40 amateurs

- les artistes basés sur la métropole ne pourront plus se faire distribuer dans les magasins locaux qui, faute de produits et donc de chiffre d’affaires, feront disparaitre les rayons CDs de leur magasins

- vous recevrez un maximum de titres par internet sans certitude que les albums correspondants existent en physique (ça a déjà commencé, 7 "hits" des vacances ne sont apparus dans les bacs qu’en fin d’année), donc ces titres prennent "la place", puisque vous n’en avez
souvent pas assez, de titres dont les albums existent et que les consommateurs peuvent acheter.

- Puisque ces titres n’existent pas, vous n’aurez pas d’albums à faire gagner et les producteurs de ces titres n’auront aucun intérêt réel à investir pour offrir des lots ou prendre des campagnes puisqu’il n’y aura aucune possibilité de retour sur investissement. Le seul intérêt de cette manœuvre est de toucher les droits d’auteurs et éventuellement tourner en discothèque.

- Les interviews se feront par téléphone...

- Une baisse des concerts d’artistes locaux

- Une baisse des revenus sacem et sdrm

- Une anarchie qui va forcément déstabiliser tant le monde médiatique que l’économie globale de la musique aux Antilles.

On a déjà à lutter difficilement contre le piratage qui fait chuter les ventes, si l’on doit maintenant se battre pour sauver la musique en radio, ce sera un travail insurmontable.

Je précise que ce ne sont que certains professionnels des médias qui font un travail qui va à l’encontre des intérêts de tous mais souvent ils ont suffisamment de pouvoir pour que cette action négative se révèle payante... La majorité des acteurs médiatiques fonctionne encore avec passion et intelligence, fort heureusement, mais suffiront-ils à faire la balance ?

J’avais averti il y a 6 ans que les médias ne fabriquaient plus de stars... qui remplacera les Kassav’, Eric Virgal, Harry Diboula... dans 10 ans ? Posez-vous la question... Il n’est pas trop tard pourtant...

On se donne rendez-vous à la fin de l’année et peut-être même, malheureusement, bien avant...


[1PDG de la maison de production Chabine Prod

[2Source : www.caraibcreolenews.com, partenaire d’AlterPresse