Haïti : La prison, un centre de formation pour les bandits, selon Jilap

P-au-P, 21 décembre 09 [AlterPresse] --- La commission épiscopale nationale Justice et Paix (Jilap) dit constater l’échec du système pénitentiaire haïtien dans sa fonction de réinsertion sociale, et réclame l’amélioration des structures de détention et des conditions de vie des détenus, apprend AlterPresse.

La Jilap fait cette intervention suite à une enquête menée dans les prisons du département de l’Ouest entre 2008 et 2009 sur la situation des détenus en garde à vue et en prison.

« La prison, selon ce que tout le monde sait, devrait être un centre de correction (…) », mais « a partir des constats qui ont été faits, beaucoup d’observateurs se sont rendus compte que la prison est (en Haiti) une école pour former les bandits », affirme la commission.

Selon la Constitution de 1987, un individu ne peut être maintenu en garde a vue au delà de 48 heures et en détention préventive au delà de 3 mois. Les observations de la Jilap relèvent cependant que ce principe n’est pas respecté.

De plus, la loi mère prévoit la séparation entre les détenus et les prisonniers, les femmes et les hommes, et entre les enfants et les adultes. La réalité dans les prisons du département de l’Ouest est tout autre, ce qui aggrave la situation carcérale.

L’enquête de la commission épiscopale indique qu’entre janvier et décembre 2009, 60 détenus sont décédés dans les prisons visitées. Comme causes de ces décès, la Jilap dit soupçonner des mauvais traitements, une alimentation peu équilibrée et des conditions de santé très en dessous de la norme.

« La commission a remarqué que la majorité des détenus nécessiteraient une hospitalisation ou d’aller dans un dispensaire, parce qu’en raison des mauvaises conditions de vie en rapport avec la nourriture, le sommeil ou encore le non respect des normes d’hygiène, ils souffrent de toutes sortes de maladies comme la filariose, la malaria, la grippe, les affections de la peau, la tuberculose, l’ulcère, l’hernie, les troubles mentaux », indique la Jilap.

Le plus « triste » c’est que tous ces malades sont logés ensemble. Les tuberculeux comme les aliénés mentaux sont installés avec les biens portants, note la commission.

Dans certains cas rencontrés au cours de l’enquête, les détenus n’ont pas droit aux visites. Des détenus de Gonaïves (Nord) ont par exemple été transférés à la prison civile Omega de Carrefour (périphérie sud) à l’insu de leurs familles qui demeurent sans nouvelle d’eux.

La Jilap dénonce par ailleurs les procédés d’arrestation qui sont de plus en plus proches de rapts policiers, le manque de suivi des dossiers des personnes arrêtées, l’absence de la police dans certaines communes comme Pointe à Raquette (Ouest), et la transformation de bureaux de l’État en commissariat ou en prison, par exemple à Fond Verettes (Est).

Au nombre des préoccupations de la commission figurent également les conditions de travail des gardiens de prison. Dans les centres de détention visités, les gardiens font face à de graves problèmes de ressources matérielles. Dans certains cas signalés révèlent que faute de véhicules, les transferts de prisonniers se font parfois par le biais des transports publics. [kft gp apr 22/12/2009 15:00]