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Copenhague 2009 : Aller au-delà des bonnes intentions

De l’anthropocène vers une humanité vraie

Par Jowel Erns David Jean Pierre

Soumis à AlterPresse le 12 décembre 2009

Ce texte qui porte sur le niveau macro-écologique, en marge, mais vraiment en marge du Sommet de Copenhague pour la lutte contre le réchauffement climatique, est la synthèse d’un ample effort de réflexion des membres du Groupe de Recherche d’Initiatives pour un Développement Alternatif et Participatif (GRIDAP). Nous espérons profondément que ces assises favorisent l’ouverture d’un nouvel espace et d’un nouveau temps pour redéfinir le concept de développement, pour lier les sujets alternatifs, pour entreprendre un plan d’action nationale et internationale solidaire pour une stratégie de changement global.

Parmi tous les grands rendez-vous de l’agenda international de l’année 2009, le Sommet de Copenhague du 7 au 18 décembre contre le réchauffement climatique retient beaucoup plus l’attention. Pendant ces deux semaines, les représentants de 192 pays et de gouvernements se réunissent dans la capitale danoise pour essayer de sauver le monde. Car le monde entier attend de ces assises des décisions absolument déterminantes et l’engagement des Etats sur des objectifs significatifs pour enrayer la spirale infernale du réchauffement du globe et projettent une lumière d’espoir sur l’avenir et le devenir de l’humanité. Toutefois, pour des raisons diverses, il est légitime de craindre que ce sommet, comme celui de Rome contre la faim, ne soit un non-événement et que la montagne n’accouche d’une souris.

A juste raison, le réchauffement global est actuellement le sujet le plus préoccupant pour l’avenir de notre espèce et de la biosphère. Nous sommes entrés de pleins pieds dans une période de changement climatique. Selon les données dont nous disposons, la planète s’est réchauffée de 0,3 à 0,6 ºC au cours du siècle dernier. Et entre 1990 et 2003, ceci depuis 1860, la Terre a connu onze des treize années les plus chaudes. Les modélisateurs du Groupement Intergouvernemental d’Etude du Climat (GIEC ou IPCC en anglais) annoncent déjà d’ici 50 à 100 ans une hausse de 1, 4 à 5,8 ºC de la température moyenne du globe. On craint, ainsi, sérieusement l’ampleur des changements et des mutations des espèces vivantes et les perturbations intensives jusqu’à effondrement total de tout le biotope planétaire que vont entrainer de tels hausses de la température. Car déjà on constate que le réchauffement est à l’origine de grandes et sévères fluctuations naturelles.

Les deux causes réelles, indubitables aux problèmes climatiques actuels sont la production massive et exagérée des gaz à effet de serre et la pollution de l’environnement global par le dioxyde de carbone (CO2). Il en résulte logiquement un réchauffement accru de la planète du à la perforation de la couche d’ozone. Les émissions de gaz à effet de serre à elles seules conduiront selon toute probabilité à un réchauffement global de la planète. Les manifestations diverses et beaucoup plus complexes de ce désastre écologique sont déjà très concrètes : modification du cycle de l’eau, transformations des terres (érosion et désertification), mutation et apparition de nouvelles espèces animales et végétales, émergence de nouveaux virus, de nouvelles maladies et beaucoup d’autres nuisances dues aux impacts et effets du réchauffement de la planète sur la biodiversité.

De manière plus tragique, le réchauffement de la planète provoque des changements climatiques néfastes pour les populations les plus pauvres de la planète particulièrement pour les paysans des pays du Sud en réduisant de manière très accentuée la production agricole. Ces changements engendrent particulièrement des pluies intempestives, violentes et irrégulières précédées et suivies par de longues périodes de sécheresse. Il s’ensuit tout normalement une augmentation du degré de pauvreté de ces paysans. Il y a même une position catastrophique qui envisage d’ici quelques décennies une disparition totale de l’humanité.

L’homme est déjà accusé d’être, à près de 80%, le principal responsable de cette situation. Quoique divers facteurs naturels peuvent expliquer pourquoi la terre se réchauffe. Sans vouloir dédouaner l’humain de sa responsabilité dans cette situation, disons après les scientifiques que des fluctuations naturelles, à travers des cycles glaciation/déglaciation d’une périodicité - par convention - de 100 000 ans, observées il y a déjà 1, 8 millions d’années peuvent être à l’origine du réchauffement du climat. Par ailleurs, l’effet de Serre, qui est une autre source de réchauffement, existait bien avant l’apparition de l’homme. Il parait qu’en l’absence de l’effet de serre, la planète serait plus froide d’une trentaine de degrés et qu’évidemment la vie humaine sur terre n’aurait pas pu s’organiser ni se développer à une telle température.

Toutefois, il reste incontestable que le genre homo ait totalement dominé la terre depuis son apparition, ne fut-ce que pour obéir à l’ordre de Dieu lui-même si l’on se réfère à la bible dans genèse 1,28 : « soumettre la terre et tout ce qui s’y meut ». Cela a commencé avec l’Homo sapiens qui a pris, il y a entre 200 000 ou 300 000 ans avant notre ère, le relais de ses ancêtres l’homo erectus et l’homo ergaster. Au demeurant, Il est un principe naturel de vie et de survie qui admet que tous les êtres vivants, en prélevant leur aliment et en déposant leurs déchets, modifient l’environnement dans lequel ils vivent. De ce principe, et avec la maitrise du feu et le progrès réalisé dans les outils, les techniques de chasse, les armes, etc., les hommes, à travers le temps et les âges, ont rapidement transformé leur milieu vital, soit en favorisant la propagation de certains végétaux, soit en se protégeant des animaux dangereux et soit pour défricher la terre ou en ouvrant de nouveaux espaces.

L’homo sapiens a connu une explosion démographique inouïe. Son effectif s’est multiplié par mille (1000) en moins d’une dizaine de millénaires. Cette explosion démographique s’est accompagnée d’une explosion technologique toute aussi impressionnante. Les cinquante dernières années ont été marquées par une accélération des progrès technologiques et de l’emprise terrible de l’homme sur la planète. A travers la technologie l’homme s’est chargé de régler son compte avec la nature dans leur longue cohabitation datant de plusieurs millénaires.

Au 19e siècle, avec la révolution industrielle, l’irruption de l’homo industrialis a systématiquement transformé la vie sur la terre. Par la croissance et l’immensité de ses impacts sur la biosphère, l’Homme est devenu aujourd’hui une force dévastatrice de la nature. Nous sommes dans une ère géologique qui est caractérisée par l’action destructrice de l’homme dans la plupart des processus planétaires par l’accumulation et le pillage égoïste des ressources vitales, qu’il s’agisse de l’évolution du vivant, du climat, de l’érosion, de l’épuisement des ressources fossiles, du cycle de l’eau, des grands cycles biogéochimiques. Nous sommes entrés dans l’Anthropocène.

L’anthropocène est caractérisé par une pression tellurique et une modification démesurées de la structure et du fonctionnement des écosystèmes pour la production de biens et de services. La transformation des terres et l’exploitation vorace des ressources naturelles couvrent une grande variété d’activités qui varient en intensité et dans leurs effets. Et cela n’a fait qu’exacerber certaines préoccupations déjà anciennes telles : déforestation, transformations des terres, transformations des habitats aquatiques, méga-urbanisation, consommation exagérée d’énergie. De nouvelles difficultés viennent s’ajouter à celles déjà existantes et même les démultiplier dans certains cas. Nous avons assisté au cours des dernières décennies, à l’accroissement de l’effet additionnel avec ses conséquences climatiques, et à l’affaiblissement de la couche d’ozone stratosphérique qui sont apparus actuellement comme les problèmes majeurs liés à la pollution atmosphérique.

Mais a-t-on jamais posé les bonnes questions pour comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là ? Ainsi, on ne devrait avoir aucune difficulté pour dire que le drame que nous connaissons actuellement à l’échelle planétaire est le résultat d’un modèle de développement unidirectionnel d’une avidité effroyable que les puissances occidentales ont toujours voulu imposer au reste de l’humanité à travers les mécaniques inhumaines du colonialisme et de l’impérialisme. Vraiment, mais vraiment, ce drame climatique est l’aboutissement des excès du capitalisme néolibéral et de la surindustrialisation absurde qui l’accompagne. Ce désastre écologique n’est que le fruit d’un modèle de développement potentiellement mortifère. Disons le tout de go et sans ambages, l’occident productiviste, dans la poursuite d’un « in-fini » quantitatif de produire beaucoup plus pour consommer beaucoup plus, a gaspillé les ressources matérielles non-renouvelables de la terre, a rompu l’équilibre écologique planétaire et a détruit le principe fondamental d’équité entre les hommes et les races. Les conséquences d’une telle logique sont aujourd’hui accablantes.

Le monde change irréversiblement. L’occident aussi doit changer dans ses propres manières de fonctionner, dans ses modes de production industrielle et aussi dans ses rapports avec les autres civilisations et avec l’environnement global. Nous sommes aujourd’hui dans une turbulence tragique de crises diverses : crise financière, crise climatique et écologique, crise alimentaire, etc. Les grandes puissances industrielles ont un effort sérieux à faire pour réduire ou diminuer leur production de gaz à effet de serre, l’intensité carbone et évidemment réparer les dégâts déjà causés.

Il ne pourrait jamais y avoir un capitalisme vert. Demander aux pays riches du nord de réduire à un niveau raisonnable leurs émissions de gaz à effet de serre et de CO2 revient à leur demander d’abandonner le système capitaliste impérial et le modèle de développement productiviste qu’ils pratiquent. Voila pourquoi les Etats-Unis de Georges W. Bush avaient toujours refusé d’adhérer jusqu’ à aujourd’hui au Protocole de Kyoto de 1997.

Nous pensons qu’au-delà des objectifs poursuivis par les Nations-Unies au Sommet de Copenhague dans le sens de trouver des accords contraignants pour remplacer le protocole de Kyoto : réduction des émissions de gaz à effet de serre - atténuation de l’impact négatif sur l’environnement- la création de fonds d’assistance aux pays pauvres dans le cadre des plans d’adaptation aux changements climatiques, les pays du Nord doivent s’accorder pour produire, consommer et vivre autrement.

La lutte relative au changement climatique doit sortir des bonnes intentions réservées aux ministres de l’environnement. Elle concerne tous les peuples de la terre dans le chenal de leurs relations entre eux et avec la nature. Elle doit impliquer la transformation des politiques économiques, obliger à des redistributions de technologies et poser la nécessité de l’équité entre le Nord et le Sud. Elle doit conduire, de surcroit, à un rééquilibrage géopolitique qui engage les intérêts les plus profonds des Etats, à de nouvelles formes de relations internationales qui tiendra fondamentalement compte de l’équivalence et de l’équité culturelles en plaçant l’humain au centre de tout dans le respect de la terre-mère et la protection et la conservation de la biodiversité.

Nous formulons le vœu que ce sommet soit, face aux menaces communes, l’événement-jalon de l’avènement d’une civilisation planétaire de la simplicité et de la frugalité qui poursuit en priorité la qualité de la vie, la durabilité et surtout le bonheur partagé entre les peuples et les cultures dans les cinq continents au-dedans d’une sobriété heureuse et solidaire pour sortir de l’anthropocène et progresser vers une humanité vraie. Car pour répéter l’autre « quand on a tout essayé, il ne nous reste que l’amour ».

Nous exhortons ainsi, aussi loin de notre lieu, les négociateurs à ce sommet à réfléchir en ce sens afin de prendre conscience du niveau de crise sur tous les plans pour prendre les bonnes décisions.

Contact : jowelens@yahoo.fr