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Haïti-Arts : Port-au-Prince, hôte d’ un “salon des refusés du XXIe siècle”

P-au-P, 4 déc. 09 [AlterPresse] --- La capitale haïtienne Port-au-Prince se prépare à recevoir, à partir du 15 décembre 2009, ce qu’il convient d’appeler un “salon des refusés du XXI e siècle” ou “Ghetto biennale”, un événement artistique réunissant à la Grand’ Rue des artistes haïtiens et étrangers, selon les informations communiquées à l’agence en ligne AlterPresse.

Se forger une carrière artistique est difficile pour un artiste haïtien issu des milieux populaires, signalent les organisateurs qui veulent découvrir ce qui se passe quand des artistes, aux univers résolument opposés, se rencontrent.

« Refusés de visa pour les Etats-Unis, les artistes de la Grand Rue n’ont pas pu assister à la soirée d’ouverture d’une exposition qui leur était consacrée dans un musée de Miami. Le manque de soutien du gouvernement les exclut financièrement de toutes les rencontres artistiques internationales majeures », souligne la note annonçant l’événement.

Comme réponses, les artistes comptent accueillir la “Ghetto Biennale”, le premier festival des arts situés dans un quartier populaire d’un pays en voie de développement.

“Ce projet est une expérience importante qui vise à poser les questions de l’art et de la créativité, dans un XXIe siècle de plus en plus globalisé, mais aussi de plus en plus disparate », ambitionnent les organisateurs.

Au programme de cette manifestation, des conférences et un vernissage, également des projets artistiques originaux, comme l’installation d’un atelier de photographie à la Grand’ Rue par la photographe étasunienne Laura Heyman.

La rencontre “Ghetto biennale” se veut un espace de partage et d’échanges d’expériences artistiques différentes, voire divergentes.

« Cette rencontre sera l’occasion pour tous ces artistes étrangers et haitiens d’apprendre les uns des autres, d’échanger des idées, de partager leurs visions artistiques, et d’établir des contacts fructueux.

La Grand’ Rue - grande artère de la capitale qui s’étend du nord au sud de Port-au-Prince - est un quartier recelant des talents artistiques remarquables, notamment dans la sculpture, et avec une tradition artistique et culturelle particulière.

Foisonnement et partage d’expériences artistiques

Plusieurs expériences artistiques seront partagées au cours de ce « salon des refusés du 21e siècle ».

Une artiste américaine, Allison Row, se propose de calculer, et de marquer à l’aide d’un fil rouge, le pourcentage de la ligne côtière de la capitale qui disparaitra sous l’effet d’une augmentation de 1 degré Celsius du réchauffement de la planète.

Laura Hayman installera un studio photographique de plein air dans les ateliers de la Grand’rue. Elle fera des portraits en se servant d’une ancienne caméra de grand format (10x8 pouces) et développera elle-même ses négatifs. Les habitants du quartier qui le désirent seront invités à poser pour leurs portraits, dont ils recevront un exemplaire gratuit.

L’italienne Oceana Granata explorera les limites de ses talents d’illustratrice, confrontés à une expérience exotique et complexe. Elle arrivera en Haïti avec son matériel et fera des croquis des lieux et sites qu’elle visitera, comme service Vodou, abattoir à cochons, Marché en Fer, funérailles traditionnelles, etc.

Le britannique (écossais) William Ernest (Bill) Drummond donnera une performance intitulée « projet collectif 17 », qui interroge le rôle changeant de la musique dans la société de consommation actuelle.

« Le « projet collectif 17 » est une performance interactive qui fera appel à la chorale d’une école de Port-au-Prince. Bill Drummond demandera aux élèves de composer leur propre musique à partir des partitions qu’il a écrites et qui auront été traduites en Créole ».

L’américaine Carol Lung Frances projette de travailler avec les tailleurs et ouvriers du textile qui habitent le quartier.

“La manière dont on décrit le processus de création chez les artistes haïtiens, est très stimulante et attirante pour moi. Parfois, il semble que nous ayons mis derrière nous l’art de faire, de former, de transformer les matériaux avec passion et courage, et l’art ainsi est devenu un domaine de l’intellect et même de la timidité, … », confie l’artiste malaysien Simryn Gill, évoquant son implication potentielle dans la “Ghetto Biennale” :

La “Ghetto biennalle” ne bénéficie d’aucun financement et les artistes étrangers sont tenus d’assurer leurs frais de déplacement eux-mêmes.

Outre des artistes d’Haïti, une trentaine d’artistes venant de pays aussi divers que l’Australie, le Mexique, les Etas-Unis d’Amérique, la Jamaïque, Cuba, la Colombie, l’Angleterre et l’Italie se joindront à cette fête d’échanges culturels.

A l’occasion, la plupart de ces artistes étrangers, formés dans la tradition occidentale, devront relever le défi de confronter leurs œuvres et approches avec celles d’autres artistes (y compris des artistes venant de quartiers de la capitale autres que la Grand’Rue), dont le parcours est radicalement différent.

Les artistes haïtiens qui participeront au « salon des refusés du XXI e siècle », dit « ghetto biennale » de décembre 2009, sont, entre autres, André Eugène, Jean Hérard Céleur, Pierre Isnel Destimare (aka Loko), Ronald Basil (aka Chéby), Mario Benjamin, Destin Dosmond, Jerry Rosembert Moïse, les artistes de la Fondation et Centre d’Art de Jacmel (FOSAJ / Sud-Est d’Haïti), les artistes de l’Association pour la promotion de la santé intégrale de la famille (Aprosifa, Carrefour Feuilles, quartier du sud-est de la capitale), Silva Joseph et Edgar Jean-Louis (Bel Air, non loin du palais présidentiel au centre de Port-au-Prince). [kft rc apr 4/12/2009 9:45]