Haïti-Genre : Transformer en une entité publique la concertation nationale contre la violence faite aux femmes

Par Karenine Francesca Théosmy

P-au-P, 28 nov. 09 [AlterPresse] --- La concertation nationale contre la violence faite aux femmes entend participer dans l’élaboration des politiques publiques, liées à la violence faite aux femmes, et améliorer l’accès aux services pour les victimes spécifiques de violence de genre, annonce la secrétaire de l’association, Dre. Nicole Magloire, dans une conférence à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

Des pourparlers sont en cours avec le ministère à la condition féminine et aux droits des femmes (Mcfdf) et le ministère de la justice.

Les documents y relatifs sont prêts sur la possibilité de modifier le statut de la concertation qui évoluera alors vers un organisme public.

Ces informations ont été rendues publiques le vendredi 27 novembre 2009, lors d’une conférence sur le thème « l’accès aux services, un droit humain des femmes victimes de violence » au local du Mcfdf.

Cette conférence a été l’occasion pour la concertation et ses partenaires, dont Médecins du monde/France en Haïti, l’unité de recherche et d’action médico-légale (Uramel) et la police nationale d’Haïti (Pnh)de faire le point sur le travail accompli dans le cadre d’un plan d’action, élaboré en novembre 2005.

27 % des femmes en Haïti, affectées par la violence

L’ampleur du phénomène de la violence faite aux femmes est assez inquiétante, aux yeux de la concertation et de ses partenaires.

27% des Haïtiennes sont victimes de violence au moins une fois au cours de leur vie, indique la militante Myriam Merlet.

Ce chiffre, qui ne représente que les cas de violence déclarés, apparait ainsi comme la partie immergée de l’iceberg.

Pourtant, « les répercussions des violences, que subissent les victimes, ne sont jamais anodines. C’est toujours une personnalité entière qui est ébranlée, une remise en cause totale qui s’opère. Paradoxalement, quelles que soient les circonstances et les formes de violence subies, les femmes ressentent honte et culpabilité », relève la concertation.

Pire, en Haïti, les femmes qui, en dépit de la peur et de la honte, vont déclarer les violences subies, n’ont pas un accès satisfaisant aux services de prise en charge, médicaux et judiciaires.

« L’un des défis réels des femmes victimes de violence, c’est d’avoir accès à ces services. Donc, qu’il y ait des services existants et de qualité », souligne Carine Thibault, membre de Médecins du Monde/France en Haïti et représentante du comité de suivi.

A l’image du comité de suivi et de la commission de collecte des données, des commissions techniques sont mises sur pied et des outils de mesure sont développés par la concertation contre la violence faite aux femmes en Haïti, dans l’objectif d’étudier l’évolution du phénomène sur le territoire national.

Disponibilité d’une fiche nationale d’enregistrement des allégations de violence

Une fiche nationale d’enregistrement des allégations de violence est disponible et fait l’objet d’une introduction progressive dans les différents départements géographiques du pays.

Aussi, sur 831 cas de violence enregistrés en 2009 par cette fiche, en ressort-il 77% des femmes ayant subi des actes de violence.

Dans plus de 80% des cas, l’agresseur est le mari, le conjoint ou l’ex-conjoint.

35% des cas concernent des mineures, mais la tendance sur ce point accuse une certaine baisse.

Sur les cas d’agression sexuelles, 94% se rapportent au viol, ce qui signifierait que les harcèlements sexuels et les tentatives de viols sont moins déclarés par les femmes.

Toutefois, le temps mis par les victimes de viol pour se présenter dans les centres de santé a été réduit de 50% en 4 ans, a découvert la commission.

Les victimes vont de plus en plus à l’hôpital et dans les centres de santé dans les délais de 48 à 72 heures.

16,249 femmes victimes de violence, prises en charge entre 2002 et 2008

16 249 femmes victimes de violence ont fait l’objet d’une prise en charge entre 2002 à 2008, ont recensé les partenaires de la commission “collecte de données” qui rassemble les données fournies par les partenaires de la concertation contre la violence faite aux femmes.

« L’important pour la commission de collecte des données, c’est de pouvoir donner un visage à la violence, une photographie de la violence à un moment donné, et de pouvoir suivre l’évolution de cette violence. », précise Marine Desmousseaux de la commission “collecte de données”.

Formation et information

Un autre axe du travail de la concertation nationale contre la violence faite aux femmes est la formation et l’information.

Dans ce cadre, des personnels du secteur de la santé, de la police et de la justice ont bénéficié de sessions de formation sur la prise en charge et la relation d’aide.

Des dispositions institutionnelles à prendre

Il reste encore beaucoup à faire, estime le comité de suivi.
Il faudrait notamment institutionnaliser la fiche nationale et la collecte des données, renforcer la disponibilité des médecins en après-midi et en soirée, et favoriser la mise en place d’espaces confidentiels pour l’accueil des victimes dans les centres de santé.

Des représentants de la police nationale et du ministère de la santé publique, autre partenaire de la concertation nationale contre la violence faite aux femmes, étaient aussi présents à la conférence du vendredi 27 novembre 2009 sur « l’accès aux services, un droit humain des femmes victimes de violence ». [kft rc apr 28/11/2009 0:30]