Haiti-Interpellation : Un saut vers l’inconnu ?

P-au-P., 29 oct. 09 [AlterPresse] --- Le suspense grandit en Haïti, où la première ministre Michèle Pierre-Louis est attendue dans les prochaines heures au sénat pour répondre de sa gestion, dans le cadre d’une interpellation dont l’issue demeure incertaine.

Alors que le président du sénat appelle à la « sérénité », des sénateurs affirment déjà haut et fort leur intention d’infliger un vote de censure à la première ministre. Ces parlementaires, pour la plupart de la plateforme Espoir, partenaire du président René Préval, déclarent même qu’une majorité serait constituée à cet effet.

Dans une lettre au président du sénat le 28 octobre pour réclamer des documents relatifs à son interpellation, le chef de gouvernement assure qu’elle entend « répandre la plus vive lumière sur la mise en pratique de la politique du gouvernement ».

Cependant, elle relève une atmosphère suspecte, dans laquelle la conviction de sénateurs serait formée d’avance et les conclusions de la séance d’interpellation préalablement déterminées.

L’ancien président du sénat, Joseph Lambert, de l’Espoir, a juré qu’il démissionnerait si Michèle Pierre-Louis obtenait un vote de confiance ce 29 octobre.

Cependant, l’ancien vice-président du Grand corps, Andris Riché, de l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), a sévèrement critiqué l’attitude de ses collègues de l’Espoir et alliés. Il a promis de faire obstacle au plan qui serait ourdi pour obtenir le renvoi de la première ministre.

La majeure partie des 29 sénateurs ne s’est pas publiquement prononcée sur le dossier.

Le député Pierre Eric Jean Jacques (Espoir), ex président de la chambre des députés, a appelé les sénateurs à faire preuve de « sagesse » et à éviter de « causer des torts à la population ».

A considérer les déclarations publiques de personnalités de divers secteurs ainsi que des émissions de lignes ouvertes à la radio, une bonne partie de l’opinion jugerait inopportune une éventuelle destitution de Michèle Pierre-Louis.

Il est vrai que le traitement de la question sociale reste, comme le reconnait Michèle Pierre-Louis elle-même, un défi de taille. Santé, éducation, logement, assainissement, conditions de travail, etc. demeurent depuis de nombreuses années le talon d’Achille de toutes les équipes qui ont eu la gestion des affaires publiques en Haiti.

Toutefois, la plupart des voix qui se sont élevées redoutent les effets d’un départ de l’actuelle première ministre qui a pris fonction, il y a à peine un an. Selon elles, en plus des conséquences qu’une telle disposition pourrait avoir au plan économique, elle favoriserait l’instabilité politique, que le président René Préval dit tant redouter.

L’Union européenne, le Club de Paris, la Banque mondiale et la banque interaméricaine de développement (Bid), l’agence américaine pour le développement international (Usaid) figurent parmi les bailleurs qui semblent faire confiance à l’équipe de Michèle Pierre-Louis.

Peu avant l’interpellation de Michèle Pierre-Louis, le secrétaire général adjoint de l’Organisation des États Américains (OEA), l’ambassadeur Albert Ramdin, demande à toutes les parties de continuer à soutenir le processus de stabilité politique et à appuyer le regain d’intérêt démontré par la communauté internationale, financière et commerciale à investir en Haïti.

Lorsqu’en avril 2008 le sénat a renvoyé l’ancien premier ministre Jacques Édouard Alexis, il a fallu près de 6 mois de tractations avant la formation d’un nouveau gouvernement.

Le pays peut-il souffrir d’un nouveau vide gouvernemental au moment où la chambre des députés est en vacances et où il prépare une longue année électorale. 2010 doit voir le renouvellement de la chambre des députés, d’un tiers du sénat, de l’ensemble des municipalités et qui doit culminer avec les présidentielles de la fin de l’année. [gp apr 29/10/2009 08 :00]