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Cri de Femmes face aux morts injustes, gratuites

CCommuniqué oordination Nationale de Plaidoyer pour les Droits des Femmes (CONAP)

28 octobre 2003

6 octobre, des bandits pénètrent chez Daphné Berthole et l’assassinent.

14 octobre, Jonathan Louisma, un garçon des rues âgé de 16 ans, a été livré aux chiens par le Commissariat de Port-au-Prince, après avoir été arrêté et battu.

Dans la nuit du 21 au 22 octobre, des bandits armés ont investi le domicile de Danielle Lustin qui a été assassinée par balles.

23 octobre, Marie-Claude Fétiche est décédée lors d’un accouchement, faute de soins.

23 octobre, le Commissaire de Police de Hinche a tué, d’un coup de revolver à la tête, Fernande Jean, sous le fallacieux prétexte qu’elle avait brisé le rétroviseur et les vitres de son véhicule.

26 octobre, dans le bidonville de Raboteau, aux Gonaïves, la Police a tué Josema Pierre. Et, le 27 octobre, Jocelyne Pierre. Depuis plusieurs semaines, la police ouvre le feu sur les populations des Gonaïves, faisant de nombreuses victimes, des blessés et des morts. La police n’a pas hésité à réprimer, alors que selon ses déclarations antérieures, c’est pour éviter un bain de sang qu’elle n’était pas intervenue à Raboteau pour procéder à l’arrestation des prisonniers en cavale ; des prisonniers qui défiaient avec arrogance la justice.

Que d’évènements macabres sur une si courte période ! Ces évènements s’ajoutent aux exactions qui ne cessent de se produire, partout dans le pays, sans même qu’on en parle. Tous ces actes odieux s’ajoutent aux vicissitudes des populations ; des populations actuellement confrontées à des pluies torrentielles qui emportent aussi bien les personnes, les maisons que les champs.

Une fois de plus, nous lançons notre Cri de Femmes. Nos lançons ce Cri pour toutes ces morts injustes, gratuites. En Haïti, les citoyens-nes vivent sans protection aucune ; comme si nous étions abandonnés dans une savane. Nous ne sommes pas protégés-es contre les bandits armés qui nous attaquent dans nos foyers. Nous ne sommes pas protégés-es contre les abus de la police et des « chimères » (gangs armés). Nous n’avons pas accès aux services. A croire qu’il n’y a aucune autorité responsable.

La police, qui est supposée protéger les populations, tirent sur les manifestants-es qui protestent. Elle escorte les « chimères » qui extorquent et terrorisent les populations. De son côté, le gouvernement, dont la mission est d’organiser les institutions étatiques et d’offrir des services, s’attache à prendre des mesures pour se maintenir au pouvoir, contre la volonté des populations.

Ces situations visent à ce que les populations désertent le pays, pour que le pouvoir Lavalasse occupe seul tous les espaces, continue à se livrer au brigandage, à la corruption et au gaspillage des maigres deniers publics pour réaliser sa sale propagande. C’est sur les cadavres, la boue et les détritus que Lavalasse entend célébrer les 200 ans de l’indépendance d’Haïti et ce, uniquement avec ses partisans-nes.

Nous ne quitterons pas le pays ! Cette terre est aussi notre ! Nous ne pouvons accepter ces morts injustes, gratuites. Chaque personne qui meurt ainsi est une perte pour le pays. Chacune de ces morts doit soulever la conscience des citoyens-nes. Nous réitérons que : Ne pas voir, ne pas entendre, ne pas parler, n’est pas une solution ! Dans la situation actuelle, aucun homme, aucune femme n’est à l’abri. Aujourd’hui, c’est au tour de Daphné, Danielle, Jonathan, Marie-claude, Fernande, Jocelyne et Josema d’être frappés-es. Nous sommes tous et toutes concernées. Nous ne pouvons accepter de mourir ainsi !

Mêlons nos Cris pour que les morts injustes et gratuites cessent dans le pays. C’est notre responsabilité collective de citoyens/citoyennes d’exiger la sécurité et la justice pour les personnes vivant dans le pays.

Ne pas voir, ne pas entendre, ne pas parler, ce n’est pas une solution !

Port-au-Prince, 28 octobre 2003

Pour la CONAP

Myriam Merlet, (Enfofanm)

Yolette Mengual (Fanm Yo La),

Yolette Jeanty (Kay Fanm),

Olga Benoit (SOFA)