Haiti-R. Dominicaine/Décapitation : Aller au-delà des positions diplomatiques de condamnation

Note de 17 organisations de la diaspora haïtienne en R. Dominicaine envoyée par courrier électronique le 6 mai aux chanceliers Alrich Nicholas et Morales Troncoso

Document soumis à AlterPresse le 7 mai 2009

Face à un nouvel épisode de violence qui laisse dans le deuil des familles dominicaines et haïtiennes, les organisations soussignées se voient dans l’obligation d’attirer l’attention des dirigeants des deux républiques sœurs sur l’urgence d’un dialogue autour de la migration. Cette initiative devrait contribuer à garantir la convivialité, assurer une administration correcte de la justice, préserver la paix, le bon voisinage, la solidarité et la coopération continue entre les deux nations qui se partagent l’île.

La migration est, depuis des décennies, le sujet le plus sensible dans les relations haitiano-dominicaine. Il est désolant de constater que ce dossier n’a pas reçu de la part des autorités des deux pays l’attention nécessaire pour la mise en place de politiques publiques et la signature d’accords bilatéraux pour une gestion efficace des problèmes liés aux flux migratoires irréguliers.

De nos jours, il existe un consensus général sur le fait que la main-d’œuvre haïtienne est indispensable pour certains secteurs vitaux de l’économie dominicaine. Pourtant, il n’y a aucune initiative intergouvernementale pour faciliter son intégration et prévenir, comme dans d’autres sociétés d’accueil d’immigrants, les conflits individuels qui peuvent occasionnellement surgir entre les nouveaux venus et les nationaux, à cause des us et coutumes différents.

Par delà « d´incidents entre des particuliers », la perpétration répétée d’actes de violence collective, depuis le mois de mai 2005, contre des personnes innocentes ou en représailles pour des délits ou crimes commis ou présumés commis par des citoyens haïtiens, donne légitimement lieu, a une préoccupation relative a l´envergure progressive de ces faits, qui se transforment de temps en temps, en affrontements entre des habitants des communautés rurales ou des quartiers populaires des deux nationalités.

La décapitation préméditée et exécutée à la hache, sur la voie publique et en présence d’enfants et d’adolescents, du citoyen haïtien nommé Carlos Nerilus, dont le frère a été accusé d’un crime contre un dominicain appelé Francisco Pascual de León Lara, est un cas tragique qui n’a aucun précédent dans l’histoire des deux peuples.

L’impact psychologique sur les membres de la communauté haïtienne dans le pays a été dévastateur. Les inquiétudes créées au sein de la communauté dominicaine en Haïti sont évidentes. La divulgation de la nouvelle dans le milieu international s’ajoute à une documentation négative sur la gestion du dossier migratoire en République Dominicaine.

Incontestablement, c’est une conduite antichrétienne qui ne correspond pas à l’ensemble des Dominicains. Cependant, elle met en évidence un grave problème social de déshumanisation, en lien avec des lynchages précédents de présumés délinquants (dominicains) n´ayant pas été combattus de façon efficace sur les plans de la prévention, de l’éducation et des sanctions.

Il n’en est pas moins vrai, que dans les cas de victimes haïtiennes, les positions d´influents leaders d’opinion et de fonctionnaires publics qui, reprenant dans un contexte local le discours d’un courant xénophobe international, en plus de la déformation de faits historiques du passé de nos deux nations, ont un poids spécifique, en faisant passer pour des envahisseurs ou des ennemis, les immigrants haïtiens.

Il est temps pour les dirigeants des deux pays d’aller au-delà des positions diplomatiques de condamnation de ces actes de violence qui ne correspondent pas aux relations harmonieuses entre les deux gouvernements et les deux chefs d’état. L’affaiblissement potentiel de la vitalité des multiples échanges entre les habitants des deux pays est prévisible, sans une gestion prudente mais ferme de ce double meurtre et sans des actions officielles immédiates dans le dossier migratoire.

Aussi, on espère des autorités judiciaires dominicaines une sentence exemplaire pour décourager la commission d’actes si odieux contre des Haïtiens ou des dominicains. De son côté, l’État haïtien devrait chercher les moyens pour mettre fin au sentiment d’abandon que ressent la communauté haïtienne en République Dominicaine par rapport à ses représentants.

Une fois de plus, nous lançons un appel pour la tenue d’un sommet binational sur la migration, la mise en marche de programmes d´éducation sur la résolution pacifique des conflits, dans les zones a forte concentration concentration d´immigrants haïtiens en territoire dominicain et le lancement d’une campagne dans les deux pays pour l’amitié et la convivialité haitiano-dominicaines.

Santo Domingo, 7 Mai 2009

FONDATION ZILE
PASTORALE HAITIENNE DE L´EGLISE CATHOLIQUE
ASSOCIATION DES MEDECINS HAITIENS DE LA RD
ASSOCIATION DES ETUDIANTS HAITIENS DE L´UASD
ASSOCIATION DES UNIVERSITAIRES DE SANTIAGO
ASSOCIATION DES ETUDIANTS HAITIENS DE BARAHONA
ASSOCIATION DES JEUNES IMMIGRANTS HAITIENS (AJIH)
FONDATION SOCIO CULTURELLE DES HAITIENS ACTIFS RESIDENTS EN RD (FUSCHARD)
ASSOCIATION DES COMMERCANTS HAITIENS DE LA RD
CHAMBRE HAITIENNE DE COMMERCE DE LA RD
NEW ENGLAND HUMAN RIGHTS FILIALE RD
COLLECTIF DES ARTISTES HAITIENS DE LA RD
SOCIETE CULTURELLE HAITIENNE
KOMITE KATYE GUATAPANAL Y MAO
CENTRE POUR LE DEVELOPPEMENT DOMINICO HAITIANO
JUNTE ENTREPRENARIALE DOMINICO HAITIENNE
INSTITUT CULTUREL DOMINICO HAITIEN