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Cri de Femmes à l’occasion du 17 octobre 2003

Communiqué de la Coordination Nationale de Plaidoyer pour les Droits des Femmes (CONAP)

17 octobre 2003

Le 17 octobre est une date importante de l’histoire d’Haïti. Depuis des années, dans les Organisations de Femmes, nous célébrons cette fête nationale pour : Manifester notre sororité avec les femmes rurales ; Commémorer la Journée Internationale de l’Alimentation ; Rendre hommage aux ancêtres, avec le souci de préserver notre matrimoine en soulignant les actions de nos héroïnes ; Réitérer les revendications concernant la féminisation de la pauvreté, notamment exprimées lors de la Marche Mondiale des Femmes de l’An 2000 ; et réaffirmer notre intérêt, en tant que citoyennes, pour toutes les questions nationales.

15 octobre, Journée Internationale des Femmes Rurales. Depuis sa formation, l’Etat a affiché un souverain mépris pour les populations rurales qui n’ont pu bénéficier de services. L’accès à la terre n’est pas garanti aux paysannes a qui ni formation technique, ni crédit adéquat ne sont offerts. Les commerçantes triment sur des routes défoncées, avec la crainte d’être attaquées et violées par les bandits armés. Les petites filles parcourent les montagnes en quête d’un peu d’eau et l’instruction ne leur est pas accessible. C’est grâce au savoir-faire des matrones que les femmes accouchent. La gestion pratiquée par l’Etat voue les femmes rurales à l’indigence.

16 octobre, Journée Mondiale de l’Alimentation. Cette question concerne les femmes au plus haut point. Elles participent à la production alimentaire, assurent l’écoulement des produits et sont responsables de l’alimentation des familles. L’agriculture n’a jamais été une véritable priorité pour l’Etat. Le secteur est en crise aiguëet la production ne couvre pas les besoins nationaux. Lorsque la nourriture est rare et les prix des produits élevés, les femmes sont les premières touchées. Elles ne peuvent vivre en santé avec les enfants dont elles assument la charge, généralement seules, en raison de l’irresponsabilité paternelle. C’est dans les familles monoparentales féminines que les taux de malnutrition sont les plus élevés. Les femmes et leurs enfants à charge ne jouissent pas du droit à l’alimentation et l’Etat ne leur garanti pas la qualité des produits vendus sur le marché.

17 octobre, anniversaire de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines (1806). Le combat des hommes et des femmes nous a permis d’avoir un pays. Telle qu’écrite, notre histoire occulte les contributions féminines ; les femmes n’en ont pas moins participé aux luttes : Marie-Jeanne, Toya, Sanite Belaire, Pierrette Jolis-Bois, Claire-Heureuse, Suzanne Louverture, Marie-Louise, Guillomette Charlot, Catherine Flon, et bien d’autres. C’est aussi une femme, Défilé dite « la folle », qui a ramassé le cadavre de Dessalines pour lui donner dignement une sépulture. C’est bien là le geste d’une femme, en tant que personne s’attachant à prodiguer des soins, de l’attention aux autres et soucieuse de préserver la vie. Quelle belle folie que celle qui consiste à être folle du respect de la vie !

17 octobre, anniversaire de la Marche Mondiale des Femmes. Les Haïtiennes avaient mêlé leur voix à celle d’autres femmes du monde pour clamer leur refus de la féminisation de la pauvreté. La majorité des pauvres en Haïti sont des femmes et cela est une résultante de la Condition Féminine ; une Condition qui implique que les responsabilités familiales incombent aux femmes et qui induit des blocages à la participation et au pouvoir de décision.

17 octobre, un moment privilégié pour nous prononcer sur la conjoncture nationale. Avec nos autres ancêtres, Dessalines s’est battu pour nous léguer un pays. Mais, depuis 1804 les pratiques politiques adoptées ne nous ont pas permis de forger une véritable nation. Citons : l’exclusion de la majorité des populations, le refus de la participation citoyenne, l’accaparement des espaces de pouvoir au profit exclusif d’un groupe, la prédominance du chef tout puissant, la répression. C’est donc écartelés-es que nous abordons nos 200 ans d’indépendance, dans un pays de plus en plus vulnérable. Le gouvernement Lavalas, avec sa mainmise sur le pouvoir, voue le pays à la destruction. Corruption, perversion et répression le caractérisent. Sa politique est menée au mépris de notre dignité de peuple. Nous ne jouissons pas de nos droits citoyens ; beaucoup ne sont toujours pas reconnus comme citoyens-nes et les situations désastreuses portent certains-nes à se détourner du pays. Nous abordons 2004 avec un gouvernement irresponsable, dont les agissements obligent nos compatriotes à chercher ailleurs une vie plus clémente ou les condamnent à l’exil. L’Etat actuel prend des engagements qui vont à l’encontre des intérêts nationaux et il ne respecte nullement les quelques engagements qu’il a du prendre en faveur des droits des femmes. 2004 nous trouve en prise avec un pouvoir Lavalas qui favorise la prolifération de gangs qui causent l’insécurité et sèment la mort. Ce gouvernement prétend confisquer la célébration de 2004 en la dénaturant. Il voudrait nous empêcher de réfléchir collectivement à notre histoire et sur les moyens de construire durablement l’avenir. Lavalas voudrait s’approprier de 2004 alors même que, depuis les élections contestées d’octobre 2000, il est décrié partout dans le pays. La CONAP dénonce les manigances de Lavalas qui, par la démagogie et le mensonge, traîne dans la boue l’esprit même de 2004.

La CONAP pousse à nouveau un Cri de Femmes, qui est aussi celui de l’ensemble des populations. Nous en avons assez de subir un gouvernement Lavalas irresponsable, inconséquent et répressif. Nous lançons encore ce Cri pour convier les Haïtiens-nes à se rencontrer afin de collectivement lutter pour l’avènement d’autres pratiques politiques. Nous continuons à pousser ce Cri de Femmes, parce que l’expérience des femmes est un défi quotidien pour la survie d’Haïti !

Pour la Coordination de CONAP

Danièle Magloire (Enfofanm),

Yolette Jeanty (Kay Fanm),

Olga Benoit (Sofa)