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Haiti : Amnesty International exhorte les autorités à défendre et protéger les filles de la violence sexuelle

P-au-P., 30 nov. 08 [AlterPresse] --- Amnesty International exhorte les autorités haïtiennes à honorer leur devoir de défendre et protéger les jeunes filles et fillettes de viol et autres actes de violence sexuelle.

« Nous avons conscience que le gouvernement est confronté à de grandes difficultés, et qu’il essaie de renforcer le développement, la bonne gouvernance et l’état de droit, mais aucun de ces objectifs ne peut être pleinement atteint si les droits des filles et des femmes ne sont pas protégés », déclare Gerardo Ducos, chercheur à Amnesty International, lors d’une conférence de presse le 27 novembre à Port-au-Prince.

L’organisation procédait au lancement de son rapport intitulé « Ne leur tournez pas le dos. La violence sexuelle contre les filles en Haïti ».

La violence sexuelle contre les filles et le viol sont omniprésents en Haïti, cependant, faute de chiffres globaux, il est difficile dévaluer l’ampleur de la gravité du problème, relève Amnesty dans cette conférence de presse à laquelle a assisté un journaliste d’AlterPresse.

Pour l’année 2008 55% des 105 viols comptabilisés par l’organisation féministe Solidarité des Femmes Haitiennes (SOFA) concernent des mineurs.

« La violence faite aux femmes et aux filles est de nature structurelle, liée à la mentalité de cette société patriarcale où le rapport entre hommes et femmes est un rapport de pouvoir et d’inégalité », explique Olga Benoît, dirigeante de la SOFA, qui a pris part au lancement du rapport d’Amnesty.

« Il est rare que les jeunes filles violées reçoivent le soutient de leurs proches, elles sont rapidement stigmatisées, expulsées de leurs établissements scolaires, mises en marge de la société », précise Benoit.

« Dans les sections communales, après avoir été agressées, certaines femmes et filles doivent marcher des heures avant de trouver un centre de santé. Il arrive que le médecin exige une somme en échange du certificat médical », poursuit Benoit.

La mesure du ministère de la condition féminine et du ministère de la santé portant sur la gratuité de la délivrance du certificat médical aux victimes de violence n’est pas systématiquement appliquée, souligne la dirigeante de la SOFA.

Composé de 12 membres, avec seulement un véhicule à sa disposition, la brigade policière de protection des mineurs, qui doit couvrir tout le pays, est en sous-effectif, alors que le système judiciaire demeure faible et inefficace.

L’adoption d’un Plan national de lutte contre les violences faites aux femmes représente une avancée certaines : désormais, les autorités doivent le mettre en application et s’y tenir, insiste Amnesty international.

L’organisation exhorte l’Etat à mettre en place un cadre d’intervention spécifique pour accompagner les victimes au niveau juridique et psycho-social. Elle suggère également la mise en place de structures d’accueil décentralisées munies de kit de dépistage des MST et l’adaptation des lois haïtiennes aux conventions internationales signées.

Le rapport intitulé « Ne leur tournez pas le dos. La violence sexuelle contre les filles en Haïti » a été rendu public à l’occasion d’une série d’ateliers organisée par les représentants d’Amnesty International en Haïti et dans le cadre d’une série mondiale d’actions portant sur le droit des femmes. [mv gp apr 30/11/2008 14:00]