Obama : Une victoire louverturienne et une leçon pour Haïti

Débat

Par Eric Sauray [1]

Soumis à AlterPresse le 5 novembre 2008

La victoire de Barack Obama est une victoire louverturienne

La première chose que m’inspire la victoire de Barack Obama, c’est que la méthode louverturienne de conquête du pouvoir reste toujours la meilleure.

Cette méthode transversale est fondée sur la capacité à allier les contraires et à concilier les intérêts des différents groupes sociaux. Cette méthode victorieuse depuis le XVIII e siècle consiste pour un Noir à endosser tout l’héritage culturel de l’Occident et à faire sien le langage des droits universels de l’homme.

Cette méthode consiste à adopter le langage de l’Occident après avoir fait l’effort nécessaire de l’apprendre, de l’adapter et de le transformer. Cette méthode consiste à sortir de ses préjugés, de ses complexes et de se croire investi de la noble mission d’incarner le destin d’un peuple dans sa pluralité.

C’est par ce travail sans relâche que Toussaint Louverture, né esclave, est devenu le premier gouverneur noir de Saint-Domingue, le Général brillant et le législateur à qui on doit la Constitution de 1801, première Constitution de l’histoire inspirée par un Noir mais fabriquée par des Blancs et des Métis.

Obama actualise donc le combat louverturien et ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire des diasporas noires à travers le monde.

La victoire de Barack Obama est une leçon pour Haïti

Dans l’Haïti de 2008, Barack Obama n’aurait pas été élu Président.

Diplômé d’une des plus grandes universités du monde, il aurait été victime de l’effet Manigat. Métis, il aurait été victime de l’effet Déjoie ou effet Baker. Ayant un père Kényan et une mère Américaine, il appartient à la catégorie des doubles nationaux.

Dans l’Haïti de 2008, il aurait été victime de l’effet Siméus.

La victoire de Barack Obama est donc l’occasion pour les Haïtiens de réfléchir sur les blocages de leur société fermée. Une société fermée qui est le contraire de ce que voulaient Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Henry Christophe et Alexandre Pétion.

Bien entendu, cela ne veut pas dire que les Haïtiens ne doivent pas se réjouir de la victoire de Barack Obama. Au contraire.

Mais, ils ne doivent pas se voiler la face. Ils doivent faire l’effort de l’interpréter comme un message d’ouverture sur le monde, un appel à la grandeur, une nécessité de combattre l’intolérance et une urgence à amender profondément ou abroger la Constitution de 1987 qui est la Constitution la plus discriminatoire de toute l’histoire d’Haïti.

Et l’actualité exige que les responsables politiques haïtiens écoutent ce message et passent à l’action maintenant afin que nos Bazin, nos Manigat, nos Baker, nos Siméus, nos doubles nationaux aient la même chance que les Pitit Soyet de devenir les Barack Obama d’Haïti. Je prendrai toute ma part dans le travail à accomplir.

Que Dieu Bénisse Barack Obama !
Que Dieu Bénisse l’Amérique !
Que Dieu bénisse Haïti aussi !

Paris, 05 novembre 2008.