Haiti/ Cyclones : Michèle Pierre-Louis visite Gonaïves, plongée dans la douleur et la désolation

P-au-P., 15 sept. 08 [AlterPresse] --- La ville des Gonaives (Nord), ravagée par les derniers cyclones qui ont frappé Haiti, est plongée dans la désolation, observe sur place AlterPresse.

La « cité de l’indépendance » d’Haiti est devenue la « cité de la mort », se lamente le maire des Gonaives, Stephen Moise qui ne cache pas sa « honte » de recevoir la première ministre Michèle Pierre-Louis, dans les conditions d’une ville totalement inondée.

C’est le 13 septembre dernier que le chef du gouvernement a dirigé une délégation aux Gonaives où elle a effectué une « visite de solidarité », à bord d’un hélicoptère des Nations Unies, en compagnie de plusieurs de ses ministres, du sénateur Youri Latortue et du député Arsène Dieujuste, deux parlementaires de la région.

Une ville ravagée dans ses entrailles

Inondée à 90%, Gonaives présente l’image d’une ville qui aurait subi les affres d’une guerre, relève le maire, incapable de contenir son émotion.

La ville est ravagée dans ses entrailles, souligne-t-il.

Prisonnière des eaux et des flots de boue qui se sont déversés sur elle entre le premier et le 7 septembre 2008, Gonaives peine à se relever. Le va et vient incessant des habitants de divers quartiers, circulant dans l’eau boueuse qui leur arrive jusqu’aux genoux, donne l’impression d’un grand mouvement d’exode.

Où vont-ils ?, se demande-t-on, lorsqu’on voit femmes et hommes avançant dans cette eau infecte qui dégage, par endroit, une odeur de cadavres en putréfaction.

Transportant leurs effets personnels et parfois des enfants sur les bras, ils déambulent au milieu des carcasses de véhicules et de toutes sortes de débris abandonnés par les eaux en furie.

« Jai honte. J’ai demandé de désinfecter la ville pour pouvoir vous recevoir », laisse tomber le chef de la municipalité, qui salue la présence de la première ministre aux Gonaives, dans le cadre d’une démarche d’évaluation des dégâts en vue « d’apporter des réponses aux souffrances de la population » et de prendre des dispositions pour la « reconstruction » .

Stephen Moise dit croire en la bonne foi du gouvernement et de la communauté internationale, grâce auxquels le manque d’eau potable a été atténué, tandis que la question alimentaire demeure encore un casse-tête.

Ne pas sombrer dans la résignation

« Il ne faut pas sombrer dans la résignation », préconise Michèle Pierre-Louis, en présence d’une assistance composée d’élus locaux, de notables, de journalistes et des membres de la délégation venue de Port-au-Prince.

« Il nous faut prendre notre courage à deux mains pour reconstruire » la ville, ajoute-t-elle.

Elle assure que le gouvernement va faire tout ce qui est en son pouvoir pour apporter des secours aux populations sinistrées et pour qu’un tel « malheur ne se reproduise pas ».

Mais, la première ministre n’entend pas verser dans les promesses.

Elle le dit tout haut lorsque, juchée sur un camion de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haiti (MINUSTAH), elle s’adresse à quelques centaines de personnes réunies en face de la mairie.

« Vous devez vous mobiliser et être solidaires, parce qu’il nous faut reconstruire cette ville », lance Michèle Pierre-Louis, à travers un mégaphone que lui tend un agent de la police nationale.

« Même quand vous êtes en train de souffrir, chacun doit se sentir responsable et doit mettre la main à la pate pour sortir la ville de ce malheur », poursuit-elle.

Selon Michèle Pierre-Louis, le gouvernement va tenter de créer des emplois et prendre des dispositions urgentes pour libérer la ville des eaux assassines dont elle est encore l’otage.

Remettre la rivière La Quinte dans son lit

Plus tôt, prenant la parole à la mairie des Gonaives, le sénateur Youri Latortue, originaire de cette ville, explique comment la rivière La Quinte a abandonné son lit pour s’emparer de la cité. Pour lui, il est urgent que des travaux soient entrepris pour remettre cette rivière dans « son lit normal ».

D’autre part, Latortue constate que l’ensemble de la population est décapitalisée et que l’État doit prendre en main les besoins de cette dernière en matière de nourriture. Il suggère, en ce sens, que l’assistance humanitaire soit plus massive et que les rations alimentaires couvrent une durée de huit jours au lieu d’être quotidiennes.

Parallèlement, selon le sénateur, il faut prévoir les interventions nécessaires pour réaménager les bassins versants et curer les rivières.

En fait, selon l’ingénieur Gary Dupiton, un spécialiste qui a assisté aux échanges, les travaux à entreprendre sont immenses. Il faudrait, dit-il, reprofiler 800 km2 de montagne et entreprendre une opération intense de reboisement.

« Il n’y a pas deux solutions », prévient-il. Sinon, il va falloir évacuer la ville.

Faire face à ses responsabilités

Lourdes responsabilités, s’il en est !

Pourtant les acteurs politiques n’ont pas le choix. Il faudra éviter, à tout prix, qu’une troisième catastrophe de ce genre se répète, approuve le député Arsène Dieujuste, rappelant que le cyclone Jeanne avait fait, en 2004, plus de 3000 morts et disparus aux Gonaives.

« Il est venu le temps de l’action », souligne le député, qui invite le gouvernement à faire bon usage d’une récente loi sur l’État d’urgence votée par les deux chambres.

C’est dans ce cadre que le gouvernement projette de débloquer 600 millions de gourdes dans les prochains jours après les 51 millions, alloués à l’assistance aux communautés en difficulté.

Selon un dernier bilan provisoire, 326 personnes ont été tuées, 50 portées disparues, 186 blessées, tandis que 1 million de personnes sont sinistrées.

Haiti se relèvera difficilement de cette épreuve et les perspectives économiques sont sombres. On s’attend à une flambée des prix des produits de consommation courante, qui aggravera la crise alimentaire éclatée en avril 2008.

De vastes régions de culture vivrière sont rendues momentanément inutilisables, à cause des flots qui les ont inondées et emporté des récoltes entières, alors que les infrastructures routières ont été fortement endommagées, laissant de nombreuses zones dans l’isolement.

Dans l’Artibonite, ou 10,000 hectares de terres cultivables sont sous les eaux, le constat est impressionnant. Les rivières sont partout dans le désordre le plus complet.

A perte de vue : des traces de plantations ravagées par la violence des vents et des eaux, des arbres géants mis par terre, de grands cocotiers gisant dans des cours d’eau et ce qui reste de quelques villages sèche au soleil après avoir été pris au piège des bourrasques.

Dix jours après les premières inondations, les riverains, qui contemplent encore avec étonnement la destruction de pans importants de la route du Nord (entre Ennery et Gonaives), ne peuvent pas croire qu’en l’espace d’une nuit, la chaussée soit devenue un énorme précipice et le pont jeté à la dérive dans le lit de La Quinte.

Faire renaitre l’espoir

Le premier défi est simplement, parait-il, de faire renaitre l’espoir, quand toute une population se retrouve brusquement sinistrée.

« Même l’archevêque est dans le besoin », déclare le docteur Yolène Suréna qui coordonne les activités de la Protection Civile aux Gonaives.

« Nous avons faim, nous avons soif, nous n’en pouvons plus », crient les riverains que croise ou que dépasse le cortège de Michèle Pierre-Louis.

« On a pu distribuer de la nourriture à 20 000 personnes », informe Joel Boutroue, représentant résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), qui salue l’effort de la communauté internationale. Mais, les sinistrés ne sont pas moins de 200,000 à 250,000 aux Gonaives, selon le sénateur Latortue.

« Ce qu’il faut, c’est remettre la population debout », admet le fonctionnaire onusien, coordonnateur de l’aide humanitaire en Haiti, dont les besoins immédiats sont estimés à 108 millions de dollars, suivant un appel a l’aide lancé par l’ONU. [gp rc apr 15/09/08 15 :00]