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Haïti / Presse : des constantes, malgré les évolutions

P-au-P., 19 août 08 [AlterPresse] --- La presse, du moins la presse écrite, a existé sur la partie occidentale de l’île d’Haïti, bien avant 1804. Elle a évolué, pendant la période coloniale, sous la censure et a ainsi reflété la vision de Napoléon, suivant les données compilées par l’agence en ligne AlterPresse.

Il est vrai que, à l’époque, la situation n’était pas plus reluisante dans plusieurs pays devenus depuis de grandes démocraties. Pendant la période coloniale, le gros des journaux paraissait au Cap français, ci-après Cap-Haïtien.

La presse après l’indépendance

Cette situation allait changer après l’indépendance. Port-au-Prince prendra le relais. Nous arrivons déjà à la période 1804-1915. La presse est alors caractérisée par la prédominance des thèmes patriotiques (réfutation d’articles calomnieux parus dans la presse étrangère, défense de la race noire et exaltation de l’indépendance).

De 1804 à 1825, Haïti a vécu un état de mobilisation militaire permanente. Cette réalité a largement alimenté les colonnes des journaux.

La presse après 1825

Après 1825, la presse a mis l’emphase sur la lutte pour la liberté d’expression, la protection du commerce national contre la concurrence étrangère, et les critiques contre l’administration du président Jean-Pierre Boyer et de ses hauts fonctionnaires.

De 1843 à 1850, ce sont particulièrement les conflits (guerres civiles, luttes entre généraux pour la conquête du pouvoir, expéditions militaires à l’est) qui ont influé sur le contenu de la presse.

Les rares auteurs, à s’être penchés sur la presse haïtienne au XIXe siècle, ont montré que celle-ci a évolué dans un contexte d’instabilité (politique notamment, qui a nui à son développement.

L’avènement du transistor

L’année 1948 est marquée par l’avènement du transistor. La radio deviendra ainsi plus accessible. Son contenu va aussi changer.

En Haïti, la langue Créole aura, de plus en plus, droit de cité, quelques années après, particulièrement sous la période des Duvalier.

Presse, dictature, censure

La période 1957-1971 est caractérisée par la dictature et la censure.

À compter de 1975, on assiste à une certaine prolifération des radios, malgré la censure politique pratiquée par le régime de Jean Claude Duvalier.

La période de l’administration étasunienne de James Earl (Jimmy) Carter [1976 - 1980], marquée par la promotion des droits humains, conduit à une apparente détente en Haïti.

Une partie de la presse se donne un peu plus de liberté.

Mais le bal prendra fin à l’orée des années 1980. C’est la débâcle en novembre 1980. Plusieurs journalistes sont arrêtés, battus et exilés.

Une sensation de fin de règne (du régime de Jean Claude Duvalier) est ressentie en1985, après notamment les événements des Gonaïves au cours desquels trois écoliers, Jean Robert Cius, Daniel Ismaël et Mackenson Michel, ont été tués par balles lors d’une manifestation anti-gouvernementale.

Le 7 février 1986 voit la chute de la maison Duvalier.

« Haïti libérée » : c’est le leitmotiv de cette période. C’était d’ailleurs le titre d’un tube à l’époque du groupe musical haïtien Septentrional. Toutes les illusions étaient donc permises.

Période post-Duvalier (post-1986)

L’après Duvalier (père et fils) ouvre la voie à un desserrement de l’étau autour de la liberté d’expression et de la presse. On parle dans les conversations et chansons de « la parole libérée ».

On assiste à un flot de revendications populaires. On appelle à un nouvel État.

Les organisations populaires (OP) poussent comme des champignons. Les notes de presse affluent dans les Salles des nouvelles.

Le contenu informationnel (après 1986)

Cette situation influe sur le contenu de la presse (des éditions de nouvelles, des stations de radio notamment). Il n’est pas toujours aisé de faire la démarcation entre l’information, les racontars et l’opinion.

Le contenu informationnel des médias laisse entrevoir une certaine fixation sur le conjoncturel, l’événementiel.

La presse est, il est vrai, pendant cette période, sollicitée de toutes parts, en raison de la démission des institutions étatiques et de la soif de la population de s’exprimer.

Un (état d’) esprit qui se perd

L’après 1986 a également vu une génération de journalistes, animée, pour certains, d’une vraie passion du métier, du désir de se former (constamment), du souci de se distinguer d’autres confrères par le travail bien fait, et manifestant de l’intérêt pour la réflexion sur la profession.

Cet esprit tend de plus en plus à disparaître.

La précarité est restée une constante pour la masse des travailleurs de la presse.

Le discernement, le tact et la discrétion sont des qualités que des confrères et consœurs ont su cultiver pour surmonter des conjonctures politiques difficiles. Il leur a fallu, à moult reprises, développer des approches et stratégies particulières par rapport à celles-ci.

Conclusion

Il est à relever de grandes constantes dans le fonctionnement de la presse et l’environnement dans lequel cette dernière évolue, par-delà les évolutions et mutations.

Ce qui suggèrerait d’étudier la Presse haïtienne de manière diachronique (au fil du temps), et non de façon synchronique (par étapes ou périodes).

Ces propos, tenus par Lucien Montas dans un article intitulé « La condition de la presse en Haïti » en (1957), conforte un tel argumentaire : « L’avenir du journalisme haïtien en tant que profession demeure lié au développement de notre pays sur le plan économique, politique et social, à la lutte contre l’analphabétisme, à la diffusion de la culture dans toutes les couches de notre société, à l’élévation du standard de vie du citoyen haïtien ».

Déjà à cette période, l’auteur estimait que la question de la presse en Haïti, tout comme tous les autres problèmes auxquels devra faire face le peuple haïtien, restait essentiellement politique.

« Sans changements radicaux des structures archaïques de l’actuelle société haïtienne, être journaliste en Haïti, continuera, comme par le passé, à constituer un périlleux exercice de corde raide où les limites, plus que floues, dépendent de l’humeur des autorités ». [vs apr 19/08/2008 18:05]

Références :

CASTERA, Justin Emmanuel, Bref coup d’œil sur les origines de la presse haïtienne 1764-1850, Ed. Henri Deschamps, P-au-P, 1986

Défis de l’information en Haïti, article de Cindy Drogue paru sur AlterPresse en 2008

DESQUIRON, Jean, Anthologie de la presse

HARTT, David : Broadcasting in Haiti, its history, penetration ( Social role and perspective), Janv. 1993

SÉRANT, Vario, Sauver l’information en Haïti, Média-Texte, P-au-P, Avril 2007