Español English French Kwéyol

Haiti : Déficit grammatical et logique dans les discussions sur le sort du premier ministre désigné Robert Manuel ?

Débat

Par Dr. Claudel Noël [1]

Soumis à AlterPresse le 12 juin 2008

Tous les yeux sont fixés sur le parlement haïtien alors que les honorables députés s’apprêtent à trancher sur le sort du premier ministre désigné Robert Manuel. Cependant, du fait qu’il n’y a pas de Cour Constitutionnelle en Haïti pour favoriser l’interprétation correcte de certains alinéas des articles de la constitution, nous sommes tous plongés dans une discussion interminable. Mais il faut aussi ajouter la faiblesse grammaticale de tous ceux qui agitent les discussions. Il semble que Monsieur Manuel va profiter de la jurisprudence dont l’actuel président bénéficiait en 1995 lors de sa première élection.

Je ne pense pas que l’on doit appliquer cette jurisprudence puisqu’il n’y avait pas de coup d’état en Haïti quand Monsieur Manuel laissa le pays en hâte pour sauver sa peau en 1999. Au contraire, il serait plus bénéfique de lire la constitution minutieusement pour découvrir le déficit logique de tous les analystes haïtiens de l’énigme concernant la résidence de Robert Manuel en Haïti. En effet, la constitution est claire que pour occuper la fonction de Premier Ministre, il faut résider en Haiti durant cinq années consécutives. En d’autres termes, les années sont cumulatives et se succèdent. C’est la signification grammaticale et logique de l’adjectif « consécutives » dans le texte constitutionnel.

Pourtant, la constitution avait péché de ne pas fixer un point de départ pour calculer ces cinq fameuses années consécutives. Comme d’habitude nous commençons les cinq années consécutives en prenant pour point de départ la date de désignation de l’intéressé au poste de premier ministre. Alors qu’est-ce que nous faisons des autres années consécutives passées au pays ?

J’appelle cela un déficit grammatical et logique. On aurait raison si la constitution disait : les cinq dernières années consécutives. Nous aurions donc un point de départ sans équivoque. Nous n’aurions même pas besoin de l’adjectif « consécutives ». (...) Par exemple, vivre avec une femme durant cinq années consécutives est tout à fait différent de vivre avec cette même femme durant les cinq dernières années (...).

En d’autres termes, l’adjectif « consécutives » n’indique aucun point de départ, tandis que l’adjectif « dernières » fait mention de manière explicite d’un point de départ.

Fort de cette analyse, monsieur Robert Manuel est plus qu’éligible, parce qu’il a passé plus de cinq années consécutives en Haïti. Les députés peuvent le rejeter s’il refuse de partager avec eux ce qui reste du gâteau gouvernemental pour assurer leur propre réélection dans les prochaines compétitions électorales.


[1PhD in Environmental Management
Environmental Management Unit
University of the West Indies, Mona Campus
Kingston, Jamaica W.I