Haïti : La paysannerie peut contribuer à rebâtir le pays, selon le Mouvement paysan de Papaye

De notre envoyé spécial

Papaye (Hinche / Haïti), 17 mars 08 [AlterPresse] --- La république d’Haïti dispose de ressources propres pour nourrir toute sa population avec des produits locaux naturels, découlant d’une concertation nationale et d’un encadrement des paysans comme force sociale.

C’est la conviction formulée par Chavannes Jean-Baptiste, fondateur et porte-parole du Mouvement paysan de Papaye (Mpp), à l’ouverture, ce lundi 17 mars 2008, du congrès du 35 e anniversaire, qui se déroule dans la localité de Papaye, à proximité de Hinche, à 128 kilomètres au nord-est de la capitale, autour du thème « 35 an lit pou on Ayiti granmoun » (35 années de lutte pour une Haïti souveraine ».

« Quand les paysans, qui constituent 60 % de la population, seront reconnus comme force sociale, il sera possible de faire disparaître le règne de la mort au profit d’une société où les paysans et les communautés urbaines pourront vivre dans la dignité », déclare Jean-Baptiste devant plusieurs centaines de personnes (femmes et hommes) ainsi que des représentants de médias, dont l’agence en ligne AlterPresse, rassemblés au centre de formation des cadres paysans (Sant Lakay).

L’absence d’un plan de développement national durable, l’irresponsabilité des dirigeants sont les causes fondamentales de la réalité de moins de 1% de couverture végétale en Haïti, de l’anxiété de la population à la moindre averse en n’importe quel coin du territoire, de la dégradation de l’environnement, de la destruction de la biodiversité, de la catastrophe renforçant la dépendance du pays à tous les niveaux, notamment dans la consommation alimentaire, accuse le Mouvement paysan de Papaye.

Comme exemple, le Mpp évoque le cas de la ville d’Anse-à-Foleur (Nord-Ouest d’Haïti) où la population devrait être déplacée, vu les menaces écologiques qui pèsent sur cette ville.

Dans le temps, Haïti exportait sa production agricole vers divers pays des Caraïbes, alors qu’aujourd’hui elle est devenue une république dépendante au niveau alimentaire.

Tout en reconnaissant le caractère « limité » des réalisations faites par le mouvement en 35 ans (420 mois) de vie associative et d’actions en réseau, parce que « les paysans continuent à traverser la frontière en quête d’un mieux-être en République dominicaine, à aller gonfler les villes, à devenir des preneurs d’otages et à pratiquer des métiers dérisoires », le porte-parole du Mpp affirme croire en un miracle pour Haïti.

« Après avoir vu les expériences conduites par les membres du Mpp, comme la possibilité d’avoir une production suscitant des gains de 2,500.00 gourdes sur une portion de terre de 16 mètres carrés, les participantes et participants au congrès du 35 e anniversaire du mouvement sont en mesure de démontrer les capacités productives agricoles nationales », souhaite Chavannes Jean-Baptiste.

En ce sens, des semences de maïs et d’haricots ont été distribuées à chaque membre de l’assistance évaluée à plus de 750 personnes à l’ouverture du congrès du 35 e anniversaire. Des exemples de production (ignames, canne-à-sucre, papaye, maïs) ont été exhibés.

Dans la grande salle principale de l’assemblée, AlterPresse a constaté une exposition de différents produits locaux, dont de la papaye, des régimes de bananes plantain. Dans l’intervalle, une exposition de produits (confiture, cassave ou pain de farine de manioc, sirop de miel), préparés par le Mpp, est ouverte à l’attention des participantes et participants.

Ces derniers ont aussi l’opportunité de visiter les expériences mises en œuvre par le mouvement, dont : la production d’énergie alternative avec des excréments d’animaux, la production d’engrais naturels (non pas d’engrais chimiques), les latrines de compostat, les techniques de lombriculture (production de fumier par les vers de terre), l’association de cultures pour combattre les insectes et une série de maladies agricoles, la fabrication de citernes alternatives, l’utilisation des eaux de cuisine pour la pisciculture, les modes de transformation des pneus usés pour la production alimentaire (avec 5 pneus usés, un paysan pourrait récolter 5 mille gourdes sur 2.50 mètres carrés de terre), la disponibilité d’équipements pour le forage de puits, ainsi que les différentes productions (transformation de fruits et autres) du Mpp.

Au son de la musique d’ambiance et de textes revendicatifs composés par la chorale dénommée « Ibolele » du Mpp, l’organisation paysanne exprime des desiderata comme l’épuisement de la population face à l’injustice sociale, le chômage, la violence envers les femmes, la vie chère, la politique néolibérale, le projet de transformer les terres agricoles en terres de production de jatropha (plus connu sous le nom de metsiyen) et d’abrocarburant, les enlèvements de personnes, un pays de désespoir et de division au sein des mouvements sociaux, des parlementaires muets et corrompus.

« La lutte pour construire une autre société n’est l’affaire ni d’un secteur ni d’un pays, mais d’un coumbite général (rassemblement par la concertation) sur toute la planète », relève Chavannes Jean-Baptiste pour saluer la présence et la solidarité de Via Campesina, de la Coordination latinoaméricaine de paysans (Clop), de représentants de la France, des Etats-Unis d’Amérique, de la République dominicaine, mais aussi d’organisations et d’institutions locales telles Tèt Kole Ti peyizan ayisyen, la Coordination régionale des organisations du Sud-Est (Cros), des représentants de partis politiques nationaux, ainsi que les jeunes et les femmes du Mpp qui planifient le congrès du 35 e anniversaire depuis une année.

Toute la problématique de la souveraineté et de la sécurité alimentaire, de la lutte contre les organismes génétiquement modifiés (Ogm), d’accès à la terre, voire d’une réforme agraire intégrale, d’une articulation des mouvements sociaux pour changer les situations nationales, est représentée dans les démonstrations scéniques [ce que le Mpp qualifie de « mystique »] de l’ouverture du congrès du 35 e anniversaire, font savoir des représentants d’organisations sociales, invités à faire part de leurs sentiments au début des travaux du congrès.

Pour leur part, des représentants d’autres organisations paysannes, présents au congrès, plaident pour l’unité de tous les mouvements paysans de manière à porter les dirigeants nationaux à assumer leurs responsabilités dans la lutte pour reconstruire Haïti par la mobilisation.

A signaler la présence, à l’ouverture du congrès du 35 e anniversaire du Mpp, de représentants des partis politiques Rassemblement des démocrates nationaux progressistes (Rdnp, dont la secrétaire générale Myrlande Hyppolite Manigat) et Konbit pou bati Ayiti (Konba). [rc apr 17/03/2008 11 :30]