Haïti/Rép. dominicaine : Le Garr préconise une solution urgente au trafic d’êtres humains à la frontière

P-au-P, 13 févr.-08 [AlterPresse] --- La plate-forme d’organisations haïtiennes de promotion des droits des migrantes et migrants, dénommée Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (Garr) préconise une solution urgente au trafic de personnes par différents points frontaliers d’Haïti vers la République dominicaine.

« Le trafic d’êtres humains sur la frontière doit être intégré dans le plan de lutte contre la corruption préconisé par le gouvernement [du Premier ministre Jacques Edouard Alexis], obligé d’agir pour mettre un frein aux activités illicites des buscones, véritables marchands d’esclaves en plein XXIe siècle », exhorte le Garr dans une note acheminée à l’agence en ligne AlterPresse.

Le Garr estime opportun, pour les autorités nationales, de mettre au menu législatif de 2008 la ratification de la « convention contre la criminalité transnationale organisée » et de ses deux protocoles additionnels, de manière à donner aux tribunaux un « instrument légal de sanction des auteurs et commanditaires des trafics d’êtres humains, ainsi que d’accompagnement des victimes ».

La République d’Haïti devra se doter de cet outil juridique en vue de ne plus figurer sur la liste des pays « passifs » vis-à-vis du trafic d’êtres humains, ou ne prenant aucune disposition pour assurer la protection de celles et ceux qui tombent dans le piège des trafiquants, ni pour les accompagner lorsqu’ils subissent des violences au cours des voyages clandestins ».

Ce sont des centaines de milliers de gourdes que recueillent, à l’occasion d’un seul voyage irrégulier, les buscones qui soudoient en chemin des représentants de l’Etat pour parvenir à leurs fins, signale le Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés.

Plus de 5,000 personnes victimes de trafic en janvier 2008

Les buscones (intermédiaires impliqués dans le trafic d’êtres humains) ont fait traverser, de manière irrégulière en janvier 2008, plus de 5,000 personnes dans le Plateau Central, le Nord-Est et l’Ouest du pays, suivant les données de terrain compilées par les équipes du Garr de concert avec les comités locaux de droits humains membres du réseau frontalier Jeannot Succès, révèle la plate-forme de promotion des droits des migrantes et migrants dans la note transmise à AlterPresse.

Au Plateau Central, un total de 5210 personnes, originaires de ce département géographique ainsi que de l’Artibonite du Nord et du Nord-Est, a été observé, traversant de manière irrégulière divers points frontaliers (Bòkbanik, Lòskakawòs, Karizal, Migèl) pour le seul mois de janvier 2008.

Tous les vendredis, à Thomassique, où ont lieu des échanges commerciaux informels importants (entre autres achat par les Dominicains de bœufs ainsi que de pintades), les buscones donnent rendez-vous et remplissent 5 véhicules pick up de 30 ou 35 personnes chacun. Ce qui donne une moyenne de 150-175 personnes traversant par semaine ce point frontalier, souligne le Garr.

Dans le département de l’Ouest, 296 personnes, dont 5 femmes et 6 enfants, ont fait le voyage clandestin vers le territoire voisin pendant le mois de janvier 2008.

Le 26 janvier 2008, une équipe du Garr, accompagnée du Comité de droits humains de Boukanchat, à la Forêt des Pins, a rencontré une vingtaine de jeunes hommes faisant partie d’un groupe de 93 venant du Sud-Est d’Haïti en partance (à nouveau) pour le territoire voisin. Le 25 janvier, ces 93 personnes, qui avaient versé chacune 1,500 gourdes à un buscon, avaient dû rebrousser chemin sur le territoire d’Haïti, parce que le véhicule devant les recueillir en territoire dominicain n’a pas été remarqué.

Boukanchat est une localité de la commune de Fonds Verrettes, d’une superficie sept fois supérieure à celle de Port-au-Prince, mais n’étant desservie par aucun policier national depuis plusieurs années.

A noter que dans le Sud de la République dominicaine, frontalier avec la zone de Fonds Verrettes, les données provenant des bateyes de la province Indepedencia (Barahona) font état, pour le mois de janvier 2008, de vagues successives d’arrivées, variant entre 40 et 100 personnes ayant traversé la frontière de manière irrégulière.

Dans le Nord-Est d’Haïti, le trafic de personnes a occasionné, pendant la même période, un mort et plusieurs blessés, quand un camion transportant plus d’une centaine de voyageurs clandestins a chaviré après des coups de semonce de militaires dominicains dans la localité de Laras (Dajabon).

Le 12 janvier 2008, 148 ressortissants haïtiens, dont 14 enfants, ont traversé sans papiers la frontière du Nord-Est, rapporte l’organisation Solidarite Fwontalye citée par le Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés. [rc apr 13/02/2008 13 :00]