Haïti/Cité Soleil : Vivre, un casse-tête

P-au-P, 11 févr. 08 [AlterPresse] ---Sans secours, Josselène, une jeune femme dans la trentaine, est bel et bien mère de neuf enfants. Dans sa bicoque au toit de chaume à Soleil 21, elle vit entassée avec douze âmes dont elle est incapable de nourrir dignement, constate l’agence en ligne AlterPresse.

« M ap viv nan yon depotwa, m pa gen rele ni reponn (Je vis piteusement dans un taudis, personne ne me tient la main pour sortir de cette situation difficile) », se plaint-elle, l’air désespéré.

A une distance de 20 mètres, il est difficile de croire que des humains logent dans cet abattoir presque à ciel ouvert. La présence de porcs dans le voisinage de cette « maison » en est déjà une preuve tangible. Pourtant, Josselène y demeure bon an mal an.

A la moindre averse, « nous ne pouvons pas fermer les yeux », explique-t-elle à AlterPresse, regardant avec désolation sa jeune fille en âge de travailler.

Soleil 21, communément appelé Norway, est l’un des quartiers misérables de Cité Soleil, un bidonville enclavé situé à la sortie nord de Port-au-Prince. Contrôlée auparavant par des bandes armées, l’agglomération de Cité Soleil, jusqu’à la fin de 2006, était difficile d’accès.

De nombreuses familles avaient dû laisser la zone pour échapper aux attaques des individus illégalement armés. Josselène était l’une des principales victimes de ces violences qui ont secoué toute la capitale haïtienne. Sur son épaule droite, les cicatrices de projectiles sont encore visibles.

Entre septembre 2005 et décembre 2006, l’organisation humanitaire Médecins sans Frontières (Msf) a soigné 579 blessures par balles dans la seule commune de Cité Soleil et enregistré un minimum de 1000 décès liés à la violence.

Des chiffres vraiment impressionants, selon Jessica Neerkorn, cheffe de mission de Msf Belgique en Haïti.

Avec les opérations conjointes de la Mission des Nations Unies de stabilisation en Haïti (Minustah) et de la police nationale haïtienne, les bandes armées ont été démantelées, les principaux caïds de la zone ont été arrêtés ou tués. La situation sécuritaire s’est depuis améliorée, mais les conditions de vie de la population sont encore très critiques.

Depuis le 31 décembre 2007, Médecins sans Frontières a mis fin à ses activités à Cité Soleil pour se consacrer à Martissant (banlieue sud de la capitale), une zone réputée fragile, où 23% des cas de décès sont liés à la violence.

« A Cité Soleil, la situation d’urgence est terminée, mais la situation de crise chronique perdure », affirme Jessica Neerkorn.

Msf Belgique a laissé des médicaments pour trois mois dans les centres hospitaliers, mais ce n’est pas suffisant.

Un étranger, qui arrive pour la première fois à Cité Soleil, n’a pas de besoin de guide ni d’interprète pour se faire une idée de la misère qui sévit dans ce favela, où manger est plus qu’un luxe.

Là, ce sont des milliers de laissés-pour-compte, des gens sinistrés qui attendent l’arrivée des bons samaritains, les journalistes ne sont pas toujours les bienvenus.

« Vous venez ici pour prendre nos images pour faire de l’argent. Vous devez, pour cela, me payer avant de me prendre en photo », déclare un jeune homme, à moitié-nu, à un cameraman belge.

Ce qu’on observe le plus à Cité Soleil, ce sont les marchands de « chenjanbe » (aliments populaires déjà prêts à la consommation). A chaque corridor, on rencontre des marchands de nourriture.

« Parfois nous sommes obligées de vendre même à crédit, parce que les gens ne travaillent pas », dit une marchande rencontrée à Soleil 19.

Au bord de la mer, à quelques mètres près, des pêcheurs de poissons s’installent, tressant chacun leur épervier.

La « chambre froide », une poissonnerie construite par la Minustah au profit des pêcheurs, ne fonctionne presque pas.

Là, y-a-t-il toujours de l’électricité ?

Pas de carburant, Monsieur, pour allumer la génératrice. [do rc apr 11/02/2008 0:30]