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Vie politique haïtienne émaillée de violence à quelques jours d’un nouvel examen de la situation par l’OEA

P-au-P, 1 sept. 03, [AlterPresse] --- La vie politique haïtienne est une nouvelle fois marquée par des actes de violence, qui ont fait, le 30 août dernier au Cap-Haitien (Nord), plusieurs dizaines de blessés, dont des policiers.

Des activités de mobilisation politique prévues par l’opposition sous le thème « Week-end de solidarité » ont avorté par suite de l’action de la police et des membres de groupes proches du pouvoir lavalas. La situation a dégénéré en affrontements entre policiers et manifestants, faisant une soixantaine de blessés par balles, pierres et autres objets.

Le Front du Nord, composé de branches régionales des partis d’opposition et d’autres organisations, en particulier l’association Initiative Citoyenne, avait projeté la tenue d’un colloque le 30 août, à la recherche d’une position commune entre différents secteurs opposés au pouvoir, et une marche devait suivre le lendemain.

Dès la matinée du 30 aout, la tension était vive dans la deuxième ville du pays. Des responsables de l’opposition et des journalistes venant de Port-au-Prince ont été bloqués durant 7 heures de temps à l’aéroport du Cap-Haïtien par des partisans du pouvoir, proférant des propos menaçants derrière les barricades de pneus enflammés qu’ils avaient dressé.

Un porte-parole de la Convergence Démocratique, Micha Gaillard, a parlé de « prise d’otage des membres de l’opposition qui devaient se rendre au week-end de solidarité ». Quand ils ont réussi à quitter l’aéroport, après maintes de démarches de diplomates, notamment américains et de l’Organisation des Etats Américains (OEA), les pare-brises des voitures qui les transportaient ont été cassées, selon ce qu’a précisé Micha Gaillard. Les véhicules des diplomates n’ont pas été épargnés, a-t-il fait savoir.

Le plus dur était à venir, lorsqu’une foule, estimée par la presse à environ 3000 personnes, était rassemblée, attendant le colloque et écoutant les discours de plusieurs responsables politiques. Des propos hostiles au pouvoir ont été lancés, alors que Micha Gaillard de la coalition Convergence Démocratique et René Julien du regroupement Union Patriotique haranguaient la foule.

« A trois reprises des policiers à bord d’un véhicule de la police tentaient d’interrompre la manifestation, lançant des jets de pierres, du gaz lacrymogène et en fin de compte ils ont tiré sur la foule » a déclaré Micha Gaillard.

Un des responsables du Front du Nord, Jean Robert Lalane a été blessé. Un autre jeune homme, Verdieu Chéry, a été gravement touché, au point que des nouvelles faisant état de sa mort ont circulé durant l’après-midi du 30 aout.

Contrairement aux témoignages de plusieurs journalistes, la police a soutenu pour sa part que des tirs venaient d’en face. Le Directeur Départemental du Nord de la Police, Pierre Lucien Chavannes a même annoncé le jour des événements que l’institution policière intenterait une action en justice. Selon un bilan dressé par la police, 3 policiers ont été blessés.

La police n’avait pas répondu favorablement à une requête des organisateurs de la mobilisation du week-end écoulé, arguant qu’elle ne disposait pas d’effectifs suffisants, à cause de la nécessité d’assurer la sécurité des fêtes patronales régionales. Ce 30 aout, la police a tout simplement interdit toute manifestation au Cap-Haitien jusqu’à nouvel ordre. Une mesure qui ne se réfère à aucun texte légal.
Les représentants de l’opposition dans le nord, dont le pasteur Milton Chéry de l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), ont rejeté cette mesure. Selon la constitution haïtienne, les organisateurs de manifestations sont tenus d’avertir la police, mais pas de demander une autorisation.

Les parlementaires lavalas du nord justifient le comportement de la police. Des félicitations ont été adressées aux policiers par le député du Cap-Haïtien, James Desrozin, et le sénateur du Nord, Martineau Guerrier.
Pour sa part, Rony Desroches, un des responsables de la plate-forme Iniative de la société civile (ISC), a préféré appeler l’opposition politique à rompre la chaîne de violence. « Je ne souhaite pas que l’opposition entre dans ce cercle de violence », a-t-il indiqué.

Suite aux évènements du Cap-Haitien, l’opposition se conforte dans sa position maintes fois exprimée que « les conditions ne sont pas réunies pour de bonnes élections » a dit Micha Gaillard.

Le pouvoir projette l’organisation d’élections législatives avant la fin de l’année. La mise en place d’un Conseil Electoral de consensus, prévu par la résolution 822 de l’OEA, n’a cependant pas encore été réalisée.

L’OEA doit analyser la situation haïtienne d’ici le 4 septembre et un nouvel envoyé spécial Terrence Todman est sur le terrain afin de tenter de renouer le dialogue entre les acteurs politiques. [gp rv apr 01/09/2003 23:00]