Perspectives

Haiti-France : Vaches solidaires


mardi 18 décembre 2007

Par Cindy Drogue

P-au-P., 18 déc. 07 [AlterPresse] --- Les paysans haitiens, en majorité des femmes, ont bénéficié en 2007 de 75 vaches, résultat d’une campagne de solidarité mise en place par l’organisation haïtienne Veterimed en partenariat avec le Collectif Haiti de France, Vétérinaires sans Frontières et d’autres institutions et particuliers, apprend l’agence AlterPresse.

Ce programme, intitulé « Eleveurs solidaires », s’inspire du système de gardiennage traditionnel tout en l’adaptant pour permettre à des investisseurs européens de l’appuyer à travers un engagement de leur part sur une durée raisonnable fixée à 4 ans, explique Michel Chancy, Directeur de Veterimed.

L’investisseur désireux de contribuer au développement de l’élevage laitier en Haïti acquiert une jeune vache prête à entrer en reproduction. Cette vache est confiée à un(e) producteur(trice) haïtien(ne), qui la prend en gardiennage pour une durée de 4 ans.

Le choix du/de la bénéficiaire est décidé collectivement par le comité paysan. Dans 80% des cas ce sont des femmes qui bénéficient des ces « vaches solidaires » puisque bien souvent ce sont elles les plus vulnérables et misérables, souligne Chancy. La vache leur est cédée sous contrat avec l’Association locale et VETERIMED et après 2 jours de formation avec un agronome et un vétérinaire.

A ce jour, il y a eu 170 bénéficiaires dont 19 en 2004/2005, 52 en 2005/2006 et 75 en 2007.

Veterimed s’est donné pour mission d’aider, par la formation, la recherche et l’appui technique en santé et production animale des éleveurs haïtiens pour augmenter leur production et leurs revenus. Cette organisation est surtout connue pour son action dans la production laitière.

Lait à gogo

Veterimed a lancé en 2002 le programme « Lèt Agogo » (Lait à gogo) qui met en place un réseau de micro laiteries où les paysans peuvent vendre leur lait qui leur assure ainsi un revenu additionnel stable. « Lèt Agogo » est aussi le nom commercial d’une série de produits laitiers disponibles sur le marché tel que le « Yawout » qui est un yogourt frais naturel ou aux fruits et « Lèt-Bèf » qui est du lait entier stérilisé aromatisé de chocolat ou de vanille et citronnelle.

Aujourd’hui 13 laiteries sont en fonctionnement à travers le pays. Limonade, Bon Repos, Torbeck et Jacmel. ont été crées en 2002, Verrettes et Ouanaminthe en 2003, Thomazeau, Léogane et Arcahaie en 2005, Forêt-des-Pins en 2006, Marmelade, Cap Rouge et Hinche cette année. Une seule, celle de Tomazeau a fermé..

Pour les 13 laiteries qui sont opérationnelles, toutes fonctionnent sur leurs ressources propres c’est à dire par le système rentable de l’achat-vente. Toutes les laiteries du Réseau Lèt Agogo, sont des initiatives de groupes locaux (organisation de jeune, coopératives d’éleveurs ou autres associations locales) mais elles fonctionnent sous la supervision technique de VETERIMED qui est propriétaire du label « Lèt Agogo ».

Les responsables des laiteries sont recrutés sur place. Au niveau de chaque laiterie, les paysans producteurs possèdent une partie importante du capital et sont regroupés au sein d’une organisation de producteur de lait. Aujourd’hui, environ 1000 producteurs de lait approvisionnent les laiteries Lèt Agogo.

Le lait transformé s’écoule dans différents débouchés : les commerces, les chariots ambulants et dans les cantines scolaires. Les cantines scolaires, programme de distribution de lait du ministère de l’éducation national, représente depuis septembre 2007 le débouché le plus important (un peu plus de 50% de la production des laiteries).

44 écoles sont concernées soit 26 000 rations par semaine. « Ce débouché est une aubaine mais qui comporte des risques » selon Michel Chancy. Tout repose en effet sur la capacité des laiteries à gérer leurs surplus durant les vacances scolaires.

Les chariots ambulants sont opérationnels dans 7 villes du pays : Limonade, Cap Haïtien, Marmelade, Pétion-Ville, Port au Prince, Verrettes et Jacmel. Leur efficacité quand à la vente de produits est fluctuante et dépend beaucoup du dynamisme des opérateurs/vendeur, confie Michel Chancy.

Pendant les mois de décembre 2006 et janvier 2007, le chariot de Pétion-Ville a été, selon le directeur de Veterimed, « le plus gros point de vente du pays, dépassant même les volumes de vente du plus important super-marché ! ». [cd gp apr 18/12/2007 12:00]