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Haïti / Caraïbes et Amérique latine : La désertification accroît la pauvreté et provoque des flux de migration, selon la Cepalc

P-au-P, 18 juin 07 [AlterPresse] --- Avec 50% de terres dégradées, la région d’Amérique latine et des Caraïbes se trouve aujourd’hui menacée par la désertification et doit faire face à la pauvreté de 205 millions de personnes, dont 52.4 millions souffrent de la faim, évalue la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc) des Nations Unies, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre la désertification célébrée, ce 17 juin 2007, autour du thème « Désertification et changements climatiques - un défi global ».

Cette situation « encourage le développement d’un cercle vicieux dans les zones rurales : surexploitation du sol, dégradation, davantage de contraintes lors de la production, augmentation de la pauvreté, insécurité alimentaire, migration », affirme la Cepalc dans une note transmise à l’agence en ligne AlterPresse.

Entre 63% et 91% des terres souffrent d’un type de dégradation au Brésil, Pérou, Chili, Venezuela, Bolivie, Colombie, Mexique, Paraguay, Argentine, Équateur, Guyanes, Suriname et Belize. L’Amérique Centrale, quant à elle, est vulnérable aux catastrophes naturelles dues à la dégradation des terres et à de fortes sécheresses.

En Haïti, où la couverture végétale est estimée à moins de 3%, le phénomène de la dégradation accélérée des terres, qui frappe les principaux départements géographiques, pourrait aboutir, durant les prochains années, à une désertification du pays, prédisent les spécialistes.

Chiffrée à 80% en 1492, la couverture végétale de la république caribéenne est passée à 50% au début du XXe siècle pour atteindre 21 % en 1945.

Cette situation dramatique est due en partie au processus de la coupe systématique du bois, pratiquée par les ménages pour assurer leur subsistance. Les arbres constituent, en effet, une source de survie pour des milliers de familles pauvres dépourvues d’autres moyens et revenus.

Les rares réserves forestières du pays ont subi la loi de spéculateurs qui s’enrichissent au détriment du milieu ambiant. A preuve, la superficie de la forêt des pins, considérée comme l’un des plus importants bosquets du pays, est aujourd’hui passée de 32 hectares à 8 hectares.

« C’est l’homme lui-même qui dans de nombreux cas en est responsable, pourtant seuls quelques pays disposent de programmes et de politiques destinés à réhabiliter les sols », relève la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la désertification adoptée par les Nations Unies.

Dans le cadre de cette journée, placée sur le thème « Désertification et changements climatiques », deux problèmes environnementaux majeurs, pour la résolution desquels d’importantes synergies doivent être déployées, les États membres des Nations Unies sont invités à sensibiliser l’opinion publique sur la nécessité d’une coopération internationale pour combattre la désertification et les effets de la sécheresse, et sur l’application de la convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.

En ce sens, la Cepalc cite en exemples trois solutions locales contre la désertification, en cours d’application au Brésil et en Bolivie.

A Valente, Bahia (zone semi-aride du Brésil), les petits agriculteurs se sont rassemblés pour produire des articles de « fique » (sisal) et améliorer l’élevage des chèvres et des abeilles. Avec la gestion d’un fonds tournant de crédits pour des investissements dans des fermes de petites tailles et pour la formation des producteurs, ils transportent aujourd’hui sans intermédiaires les produits de « fique » aux points de vente, disposent d’industries ayant créé 900 emplois et une école rurale ayant formé 1800 élèves.

Dans les montagnes de Teixeira, Etat de Paraiba, Amazonie (Brésil), par un système de fonds tournants solidaires, des familles paysannes se sont unies avec une organisation non gouvernementale (Ong) afin de construire des systèmes de récolte d’eau (citernes, puits et réservoirs souterrains) qui faciliteront la production et la distribution à un réseau de 300 organisations paysannes.

En Bolivie, par la méthode du travail collectif, 16 mille hectares (de terres) ont été récupérés pour la production grâce au partenariat d’une Ong avec les autorités locales et 773 familles, qui ont mis en place, ensemble, un plan d’éradication d’une mauvaise herbe vénéneuse-le kellu kellu- qui, depuis un demi-siècle, s’étendant sur les sols du haut plateau, du Pérou jusqu’au nord d’Argentine, pousse entre les pâturages, tue le bétail, envahit les plantations d’orge, de luzerne et de quinoa, force les paysans à migrer vers les villes. [do rc apr 18/06/2007 11:30]