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Haïti : Réflexions sur le texte « Le pragmatisme du marché ou la mort de l’homme »

Soumis à AlterPresse le 25 mai 2007

Par Michel-Ange Momplaisir

Dans son dernier texte, Le pragmatisme du marché ou la mort de l’homme, Camille Loty Malebranche fait un procès sans équivoque de la société capitaliste dans laquelle nous vivons. Faisant fi de la personne humaine, cette société capitaliste la réifie impitoyablement.

Quoiqu’on en dise, le monde actuel se retrouve bel et bien sous la tutelle d’un collège de ploutomaniaques. Dans les milieux fragilisés par le sous-développement, comme Haïti, ces ploutomaniaques font ou défont les gouvernements à l’aune de leurs propres intérêts. Une constante quasi mathématique de l’histoire haïtienne.

Aujourd’hui que constatons-nous ? Mammon a détrôné allègrement Dieu. Il en résulte la déchéance ontologique de l’homme de la post-modernité. Même ses pulsions libidinales originelles, son éros, ont dégénéré en principes de productivité. Autant des investissements moïques de son narcissisme. C’est, du reste, à partir de ces derniers que s’édifie un idéal du Moi de l’adulte. Aussi, Loty Malebranche a-t-il jugé bon de rappeler le mythe grec.

Voilà, résumé, ce pragmatisme du marché. L’analyse marcusienne a eu le mérite d’en avoir souligné les déficiences et les déviances. Elle a finalement abouti à un constat de décès de l’homme. Pourtant, c’est de cet homme spirituellement mort, dégradé, déchu de sa culture, aliéné, j’allais dire zombifié, qu’on rêve pour la société haïtienne, bien entendu à des fins inavouables.

L’homme, rappelle Karl Marx, « est un être naturel, mais un être naturel humain. »

Ne se réduisant pas à une chaîne d’association de réflexes, il transcende la nature. Il peut rompre avec elle.

Pour ma part, au pragmatisme terre-à-terre du marché d’exploitation sans scrupule du système capitaliste, il importe de substituer autre chose. Une « pragmatique transcendantale ». En quoi consiste-t-elle ?

La pensée ainsi que l’ensemble des ressources langagières qui s’y rapportent doivent préluder à toute action concrète dans la société. Seule garante des droits de la personne, cette « pragmatique transcendantale », fondée sur « l’agir communicationnel », s’ouvre à tous les membres de la communauté, sans exclusive.

Si certains s’obstinent à bouder une telle démarche, on comprend pourquoi, d’autres s’y sont consacrés au risque de leur existence. Leur obstination n’a guère changé depuis 1957. Voire, elle s’est renforcée en 1991-1992.

Je pense notamment à ceux qui continuent de porter haut le flambeau d’un Anténor Firmin ou d’un Jacques Stéphen Alexis. Je pense aussi à ces patriotes intègres, honnêtes, non achetables, malheureusement toujours mis de côté au pays.

Sous la version haïtienne de Conférence Nationale, la « pragmatique transcendantale », par son « agir communicationnel » à priori, se révèle l’antidote du pragmatisme du marché, cette mort de l’homme, que Camille Loty Malebranche fustige avec véhémence. Une telle entreprise se situe dans le sillage de Maurice Blondel, d’Emmanuel Mounier, mais surtout de Karl-Otto Appel, de Jürgen Habermas, de Hannah Arendt, et de Richard Rorty. Les Africains ont pu résoudre maints problèmes grâce à cette « pragmatique transcendantale », cet « agir communicationnel » d’une Conférence Nationale. Pourquoi pas les Haïtiens ? De toute évidence, cette approche est leur seul moyen d’aboutir à une levée en masse de la société pour en finir avec le pouvoir monarchique totalitaire toujours mis en place dans notre pays par les forces malsaines de l’argent.

À ceux qui continuent de croire que la philosophie demeure une spéculation stérile en chambre close, je tiens à signaler l’engagement de Camille Loty Malebranche dans cette curieuse problématique haïtienne. Les profits personnels et les ambitions grotesques y font bon ménage au grand dam du pays !

Michel-Ange Momplaisir

ma_momplaisir@hotmail.com