Perspectives

Assassinat du directeur de programmation de RadioTélé Provinciale

Haïti/Justice : Des Journalistes mobilisés aux Gonaïves


lundi 21 mai 2007

P-au-P, 21 Mai 07 [AlterPresse] --- Une délégation de Journalistes haïtiens se rend aux Gonaïves (à 171 kilomètres au nord de la capitale), ce mardi 22 mai 2007, pour soutenir la mobilisation des travailleurs de presse et responsables de médias contre l’assassinat, le 16 mai dernier, du directeur de programmation de la station Radio-Télé Provinciale des Gonaives, Alix Joseph, apprend l’agence en ligne AlterPresse.

Cette visite de Journalistes de la capitale s’inscrit dans le cadre d’une caravane que compte lancer l’organisation SOS Journalistes, selon les précisions du secrétaire général de cette association, Joseph Guyler C. Delva.

Le mardi 22 mai 2007, les travailleurs de presse du Haut Artibonite envisagent d’organiser une marche pour réclamer justice pour Alix Joseph et la mise en marche de l’action judiciaire contre les assassins de Alix Joseph, criblé de 11 balles dans la soirée du mercredi 16 mai 2007.

La caravane, de journalistes de la capitale aux Gonaïves, aura pour objectif de contraindre les autorités judiciaires à plancher sur le dossier des confrères assassinés.

« Nous tenons à ce que justice soit rendue aux familles des Journalistes assassinés », exige Guyler Delva.

Delva s’en prend à l’actuel ministre de la Justice qui, selon lui, n’aurait pas mis les moyens adéquats à la disposition du juge Fritzner Fils-Aimé pour faire avancer le dossier de Jean Léopold Dominique, tué par balles le 3 avril 2000 en compagnie du gardien de Radio Haïti Inter, Jean-Claude Louissaint.

Depuis 2000, Joseph Guyler Delva affirme recenser huit journalistes assassinés dans l’exercice de leur profession.

Il s’agit de Gérard Dénose (Radio Plus), l’Espagnol Ricardo Ortega (7 mars 2004), Brignol Lindor (Radio Echo 2000, 3 décembre 2001), Jacques Roche (Journal Le Matin, 14 juillet 2005), Abdias Jean (Free Lance), Jean Rémy Badiau (Free Lance, 2007), Jean Léopold Dominique (Radio Haïti Inter) et Alix Joseph (16 mai 2007).

Le secrétaire général de SOS Journalistes croit nécessaire, pour les autorités nationales, de prendre des mesures qui s’imposent pour éviter l’assassinat d’autres travailleurs de la presse.

« C’est le règne de l’impunité totale. Aucun des assassins de ces journalistes n’a jusqu’à présent été jugé », déplore Guyler Delva.

A son avis, l’attitude des autorités judiciaires pourrait encourager les criminels à commettre d’autres forfaits sur les travailleurs de la presse.

« Ils [les assassins] trouvent un feu vert, en plus, pour continuer à attaquer et à tuer les journalistes », soutient le principal responsable de SOS Journalistes.

L’assassinat du directeur de programmation de la station Radio-Télé Provinciale a été condamné par le comité pour la protection des journalistes (Cpj), l’union internationale de la presse francophone, le syndicat national des travailleurs de la presse haïtienne (Sntph) et d’autres associations de journalistes, nationales et internationales, mais aussi par la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah).

Le directeur général de Radio-Télé Provinciale, Frantz Justin Altidor, a affirmé au Comité pour la protection des journalistes avoir reçu un appel anonyme d’un homme qui lui manifestait son hostilité au "point de vue de la station sur le désarmement des gangs locaux", rapporte le site internet de la station privée Radio Kiskeya.

Avant sa mort, Alix Joseph confiait à Altidor avoir lui aussi "reçu de semblables appels au numéro de la station, mais qu’il ne leur accordait aucune importance".

"La victime avait était menacée récemment par un individu à la suite d’une dispute à caractère financier qui n’avait aucun lien avec le journalisme", a, d’autre part, révélé le directeur.

Alix Joseph, 38 ans, qui revenait de la résidence de sa femme, avait été retrouvé criblé de balles près de sa voiture, après avoir été attaqué mercredi soir vers 9 :30 pm (21 :30 locales, soit 2 :00 GMT) par deux inconnus.

L’épouse du disparu avait lancé en vain un appel à l’aide en constatant que les hommes étaient armés. Le crime a été commis non loin du commissariat de la ville.

« Cet acte cruel et irresponsable s’ajoute à la longue liste de crimes déjà commis contre les professionnels de la presse haïtienne », déplore un communiqué transmis le 17 mai à AlterPresse, exprimant « la consternation et l’indignation » de la Mission de l’ONU. [do rc apr 21/05/2007 16 :00]