France-Sarkozy : La nette victoire d’une droite bien à droite

Par Christophe Wargny

Soumis à AlterPresse le 8 mai 2007

Pas de surprise aux élections présidentielles françaises : Nicolas Sarkozy l’emporte nettement, avec 53% des suffrages. Il a construit son succès sur une candidature prévue de longue date, en mettant en avant les fondamentaux d’une droite assumée. Voire les sujets favoris des électeurs du Front national (extrême droite xénophobe) : ordre, travail, famille, nation, sanctions, insécurité, immigration (les deux souvent accolées), fin de l’assistanat et baisse de la pression fiscale. Bref, un libéralisme conservateur qui accepte la mondialisation libérale, probablement le président le plus à droite depuis les débuts de la Ve République (1958) et le premier à assumer pleinement ce positionnement. Son succès sonne le recul du Front national dont il a siphonné près de la moitié des voix.

Même avec les voix d’une extrême gauche en déconfiture et la moitié de celles du candidat centriste (François Bayrou, 18%), la candidate socialiste n’a pu refaire son retard. Ségolène Royal a souffert de sa moindre aisance à la tribune, d’un appareil socialiste pas toujours mobilisé en sa faveur et du procès en incompétence instruit ici et là contre la première femme si près du but. Le machisme et la misogynie comptent-ils pour trois points ? Ou bien la société française se « droitise-t-elle » face à toutes les peurs. Avec l’aide des médias les plus influents.

Sociologiquement, Ségolène Royal fait ses meilleurs scores chez les jeunes (étudiants ou habitants des quartiers sensibles), chez les diplômés, dans le secteur public, mais ne draine à peine plus de femmes que son vainqueur. Nicolas Sarkozy s’impose chez les patrons, petits ou grands, dans les professions libérales et massivement chez les plus âgés. Se dessine une opposition nouvelle entre les habitants des grandes villes (plus à gauche) et le reste de la France. Les premiers rencontrent parfois le problème des banlieues, les seconds ne le voient qu’à la télévision.

La formation sous huitaine du gouvernement donnera des indications supplémentaires, mais la classe politique se focalise tout naturellement sur les élections législatives de juin. Une victoire est indispensable à la majorité présidentielle pour appliquer son programme. Le nouveau parti centriste, Force démocrate, va-t-il émerger ? Les dissensions au sein du Parti socialiste vont-elles le plomber ? Ou bien saura-t-il attendre six semaines avant de redéfinir sa stratégie et ses alliances. Il ne doit pas oublier que la détestation de Nicolas Sarkozy lui a aussi assurer nombre de suffrages. Traditionnellement, le parti présidentiel l’emporte, les électeurs confirmant leur vote présidentiel. L’opposition fera campagne sur le thème : le droite cumule trop de pouvoirs : présidence, sénat, conseil constitutionnel, audiovisuel, etc.

Le nouveau président a défini ses priorités, promettant pour 2007 un grand nombre de réformes :

- Fiscalement, la quasi-suppression des droits de succession et le bouclier fiscal (nul ne doit payer en impôts plus de 50% de ses revenus) donneront aux nantis un sérieux avantage. Ces deux mesures pourraient habilement amener la mise en sommeil de l’impôt sur la fortune, Censées libérer l’investissement, elles seront facteur d’aggravation des inégalités.

- L’encouragement aux heures supplémentaires (manière de tourner la loi sur les 35 heures) risque de créer un antagonisme entre employés et chomeurs, une catégorie de plus en plus isolée et stigmatisée.

- Au prétexte de la nécessité d’assurer un service minimum, le droit de grève sera limité. L’affaiblissement des syndicats et autres contre-pouvoirs constitue également un objectif non avoué.

- Le nombre de fonctionnaires devra diminuer. S’il sera difficile de toucher au secteur de la santé où l’on s’attend cependant à une baisse de certains remboursements, l’école sera touchée, particulièrement l’enseignement supérieur et la recherche invitées à se tourner vers le privé. D’une façon générale, les services publics vont souffrir et être, dans la majorité des cas, soumis aux seuls critères de la rentabilité.

- Le président élu, qui n’a pas osé faire campagne dans les banlieues sensibles, se prépare à aggraver l’arsenal répressif contre la délinquence. Sans qu’on sente quelles pourraient être les mesures de lutte contre un enclavement catastrophique pour la cohésion nationale. Déjà, les premiers incidents éclatent.

- Le candidat le plus pro-américain (y compris pro-Bush) est élu. Quelle modification cela peut-il impliquer ? La campagne, très avare en débat de politique étrangère, ne nous a guère éclairé. Nicolas Sarkozy, cherchera-t-il à bloquer l’adhésion de la Turquie à l’Union, un thème populaire parce que caressant dans le sens du poil les réflexes anti-musulmans ?

- Le président élu devra enfin donner un contenu à ce nouveau ministère de tous les dangers, celui de « l’immigration et de l’identité nationale ». On sait seulement que l’immigration devra « être choisie » par la France. Et que les regroupements familiaux sont quasi interdits. Que toute régularisation est exclue. Une coopération durcie et l’abandon de toute forme de repentance vis-à-vis des anciennes colonies complètera le tableau.

On aura raison de juger schématiques l’inventaire des priorités présidentielles présentées ici. Les mois à venir diront si les promesses prioritaires seront autant de dossiers qui avancent. Si l’égoïsme à l’intérieur et le repli à l’extérieur se développent. Si enfin le mouvement social, puissant contre la droite en 2003 et 2005, accepte les urgences du nouveau président.