Expérience de développement local dans le Nord-est d’Haiti

Texte produit par le Bureau des Communications du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)

Soumis à AlterPresse le 3 avril 2007

Plusieurs centaines d’habitants, de différentes collectivités du Nord-est d’Haïti, ont pu augmenter et diversifier leur production et, ainsi, résorber sensiblement la pauvreté qui les accable, grâce à une série d’initiatives développées dans le cadre d’un projet d’appui à la gouvernance locale des Nations Unies.

Mis en œuvre conjointement par le Fonds d’Équipement des Nations Unies (FENU) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le projet a reçu un cofinancement de l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI) et du gouvernement haïtien.

Son objectif premier est d’appuyer au renforcement des collectivités locales dans le cadre des efforts à consentir pour l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en Haïti. Quelques 200,000 habitants, sur environ 300,000 recensés dans ce département, bénéficient actuellement des retombées du projet.

« Cette expérience de gouvernance locale a montré que de micros projets peuvent avoir un impact réel sur les conditions de vie des populations et communautés vulnérables quand celles-ci sont à la base de leur émergence et impliquées dans leur réalisation », déclare Joël Boutroue, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général et Représentant résident du PNUD.

Les bénéficiaires du projet, résidents de plus d’une vingtaine de communes et sections communales, ont également pu avoir un accès à des services de base essentiels, dont ils étaient longtemps privés, tels l’eau potable, des soins de santé avec la construction de dispensaires et un meilleur écoulement des denrées locales par la réhabilitation de routes de désenclavement.

Les populations locales profitent aussi d’unités de transformation agroindustrielle de fruits, de tubercules ou de grains, de bâtiments administratifs, d’écoles du premier cycle fondamental, qui ont été mis à leur disposition. D’autres activités, portant sur la restauration et la valorisation de l’environnement, ont eu des retombées alimentaires ou commerciales positives, avec notamment l’amélioration de la production d’ananas, de canne à sucre, mais également l’introduction de nouvelles variétés de mangues et de citrus ainsi que la réhabilitation de bassins de pisciculture.

Lancé en 2000, initialement dans quatre communes du Nord-est frontalier (Carice, Capotille, Mont Organisé et Ouanaminthe), avec un financement du PNUD et du FENU, le projet a connu en 2005 une extension dans quatre autres communes (Mombin crochu, Ste Suzanne, Perches et Vallières) grâce à un financement de l’ACDI et du Ministère haïtien de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT). Les activités, qui totalisent un montant de 5.5 millions de dollars, dureront jusqu’en 2010.

Une des leçons tirées par les partenaires de cette expérience montre que plus une population locale est impliquée à la base du processus de planification participative et stratégique plus elle se l’approprie et développe son autonomie.

« L’implication de ces acteurs locaux dans l’identification, de manière consensuelle, des priorités des collectivités et la mise en œuvre des activités de développement est une claire indication de leur capacité à se prendre en charge s’ils bénéficient d’un accompagnement institutionnel adéquat leur apportant les ressources techniques et matérielles complémentaires », indique Joël Boutroue.

De son côté, Chantal Santelli, chargée de programme du FENU en Haïti, souligne « la démarche participative préconisée dans le cadre de ce projet, qui a permis d’impliquer les acteurs locaux, toutes catégories sociales confondues, dans les différentes phases du processus d’élaboration et de mise en œuvre de plans de développement locaux ».

« Le défi, selon elle, est de pouvoir mobiliser les ressources nécessaires à la mise en place des systèmes d’infrastructures locales et de s’assurer que les ressources allouées pour les dépenses publiques en faveur des démunis sont utilisées de manière effective. »

Les réalisations intangibles du projet sont autant d’acquis porteurs de changement durables que les infrastructures de base mises en place. Parmi ces acquis, de nombreuses sessions de formations dans les techniques de planification et de gestion du développement participatif ont été adressées aux acteurs locaux et plusieurs cycles de programmation de développement local ont été élaborés au niveau des 22 collectivités territoriales accompagnées (communes et sections communales).

Par ailleurs, les structures mixtes de concertation, que sont les comités consultatifs communaux (CCC) et les conseils consultatifs des sections communales (CCSC), ont contribué au rapprochement des autorités locales et de leurs administrés dans la recherche de solutions à des problèmes collectifs. La participation et l’implication actives des femmes à travers ces structures ont mis en évidence la place qui leur revient dans le développement et la nécessaire promotion de l’égalité des sexes.

« Il ne fait pas de doute que les expériences conduites sur le terrain sont pleines de leçons qui pourraient contribuer à l’élaboration d’une politique nationale de décentralisation et de développement local », indique, pour sa part, l’expert en gouvernance locale, Wilfrid Bien-Aimé, directeur national du projet.
Le ministre haïtien de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, Paul Antoine Bien-Aimé, partage cet avis. « C’est une démarche participative prometteuse. L’intérêt est de voir comment ce qui s’est produit au niveau local peut se transformer en repères et nous inspirer dans le cadre de l’élaboration d’une politique nationale de décentralisation qui s’harmonise avec les priorités nationales et régionales. »

Le ministre s’exprimait en marge de l’inauguration, en mars dernier, de deux complexes administratifs, construits dans le cadre des activités du projet, à Carice et à Mont-Organisé, deux des communes touchées accompagnées.

Ces bâtiments, superbement érigés et meublés, arrivent à point nommé et justifient l’enthousiasme des populations de ces collectivités. Pour la première fois dans l’histoire de ces bourgs, les autorités locales, récemment élues, pourront siéger dans des espaces dignes de la mission que leur confie la constitution de 1987. La loi mère du pays fait des élus locaux les administrateurs privilégiés des collectivités territoriales.

« Nous avons à Mont Organisé notre ‘Maison Blanche’, plaisante le maître de cérémonie, en guise d’appréciation. »

En plus des bureaux communaux, ces complexes abritent aussi, sous le même toit, deux autres services publics, une annexe locale du service des impôts et un office de l’état civil.

« Enfin, nos dirigeants ne siégeront plus sous des tonnelles », lance une femme dans la quarantaine, l’air émue de joie. (Les tonnelles sont un assemblage de lattes en treillis servant parfois d’espaces de rencontres en guise de bâtiments publics.)

Ce projet conforte dans l’idée que le gros des initiatives de développement durable s’effectue au niveau local. Il est impératif de renforcer les structures de gouvernance locale de manière à les rendre aptes à traiter les questions de durabilité de manière adéquate.