Cinéma / Festival des droits de la personne de Montréal : un appel à la conscience

Soumis à AlterPresse le 27 mars 2007

Par Nancy Roc, Panos Caraïbes

Du 23 au 29 mars 2007, 115 films, documentaires ou de fiction, en provenance de 34 pays, sont présentés dans le cadre de la deuxième édition du Festival de films sur les droits de la personne de Montréal (FFDPM).

Le FFDPM propose différents points de vue sur la question des droits et libertés à travers le monde et poursuit plusieurs objectifs, notamment : rappeler l’importance du respect des droits de la personne et des libertés fondamentales ; ouvrir un dialogue autour du problème de l’intolérance ; dénoncer les atteintes à la dignité humaine.

« A l’origine, l’agence Images Interculturelles présidé par l’Haïtien Alix Laurent présentait des films dans le cadre de la Semaine contre le Racisme. L’année dernière plusieurs partenaires dont l’Office National du Film du Canada, Droits et Démocratie, Amnistie Internationale, pour ne citer que ceux là, ont décidé de pousser plus loin cette initiative en réalisant la première édition du Festival de films sur les droits de la personne », révèle à Panos Frantz Voltaire, directeur des relations gouvernementales et membre fondateur du Festival.

Suite au succès de la première édition du Festival de films sur les droits de la personne, les organisateurs ont reçu cette année 300 films du monde entier, dont 115 ont été sélectionnés.

Comment peut-on utiliser le cinéma comme instrument pour dénoncer les violations des droits de la personne et des libertés fondamentales en le rendant accessible à tous les types de public ?

« Il faut aborder la notion même de violations des droits humains dans un contexte global, en tenant compte de la globalisation des enjeux au niveau de la planète. Il ne s’agit plus de l’aborder simplement au niveau politique ou au niveau de la censure, mais d’aborder ce qui deviendra un enjeu de plus en plus important, notamment dans le cas des réfugiés environnementaux, par exemple », déclare Voltaire à Panos.

« Les enjeux aujourd’hui ne sont plus locaux et, dans le cadre de ce festival, on aborde plusieurs thèmes globaux, tels que celui des minorités ethniques et culturelles mais aussi sexuelles. La guerre, l’holocauste, les génocides sont aussi des thèmes approchés dans ce Festival qui touchent tous les continents », précise-t-il.

Les protagonistes de ces films vivent les conflits les plus sanglants du monde. On y parle de leurs droits civils, sociaux, politiques et de leur quête identitaire qui sont remis en cause, quand ils ne sont pas tout simplement niés.

La compétition met en lice 74 de ces films, dont 39 sont des primeurs. De plus, le festival propose un programme de 28 courts métrages réalisés pendant la guerre du Liban à l’été 2006.

Si la sélection des films - qui s’est déroulée sur deux mois- a constitué une belle aventure, elle ne fut pas facile, indique à Panos Madame Diya Angeli, Responsable de la programmation et du Comité de sélection

« Il y avait des sujets que nous voulions absolument aborder, tels que la situation au Darfour ou au Rwanda, mais il y avait aussi d’autres thèmes tels que les atteintes aux droits de l’enfant, les violations faites aux femmes qui étaient importants. Nous avons reçu bien plus de films que l’an passé et beaucoup étaient de bonne qualité ; aussi, avons- nous dû prolonger le festival sur une semaine plutôt que trois jours. »

Les organisateurs du Festival découvrent des problèmes inconnus ou peu connus à travers le monde et souhaitent les partager avec le grand public qui peut, ensuite, débattre des sujets abordés après les projections, avec les réalisateurs. La programmation est riche et audacieuse.

« Il y a certes beaucoup de documentaires, mais aussi des films de fiction, des courts et longs métrages et même des comédies qui dénoncent, par exemple, le racisme à travers le rire. Ces films accusent et dénoncent des problèmes existants mais proposent aussi des solutions et nous espérons qu’ils inciteront le public à agir », souligne Diya Angeli.

La deuxième édition du Festival de films sur les droits de la personne de Montréal (FFDPM) a été lancée le 23 mars 2007 avec le film de fiction "Bamako", une coproduction du Mali, des États-Unis et de la France, réalisé par Abderrahmane Sissako. Ce film propose un procès qui n’aura certes jamais lieu, mais pointe du doigt la Banque mondiale et le FMI que la société civile africaine juge responsables du drame qui secoue l’Afrique.

La soirée de clôture présentera deux documentaires le 29 mars : "Le nerf de la paix", du Canadien Alexandre Kozminski, et "People of peace", de la Grecque Maria Hatzimichali-Papaliou.

"Le nerf de la paix", tourné au Canada, aux Etats-Unis, en France et en Allemagne, présente une vision à la fois analytique, revendicatrice, intimiste et bouleversante des causes et conséquences des guerres. Ce film est aussi la quête intérieure du cinéaste qui, en trouvant la clé d’une énigme, permettra à sa famille de faire la paix avec le passé.

Dans "People of peace", des personnalités du monde politique et des arts, grecques (Mikis Théodoralis, Théo Angélopoulos) et étrangères (Nelson Mandela, Fernando Botero), lisent et commentent des textes antiques qui traitent de la paix. L’objectif du film est d’éclairer la notion de paix, telle que la concevaient les anciens qui en avaient fait une déesse, mais aussi les historiens d’époque classique tels que Thucydide, Polybe, Platon ou Aristote.

Signalons que « Enfant en danger » (« Timoun an danje ») du cinéaste Arnold Antonin est le seul film haïtien présenté à ce Festival. Dans cette œuvre, des enfants en domesticité racontent leur vie au quotidien et les dangers physiques, psychologiques et émotionnels auxquels ils sont exposés à tous les instants. Une mise à jour des causes qui font que des enfants pauvres vivent dans une situation de semi esclavage chez d’autres familles pauvres dans l’Haïti d’aujourd’hui.

Nancy Roc

Pour Panos Caraïbes