Haïti : Le poids de la croissance démographique sur l’expansion des grandes villes

P-au-P, 21 Mars 07 [AlterPresse] --- La croissance démographique, qu’a connue Haïti au cours des dernières décennies, n’est pas sans conséquence sur l’expansion des grandes villes haïtiennes, dont Cap-Haïtien (deuxième ville d’Haïti à 248 kilomètres au nord de la capitale), Les Cayes (troisième ville d’Haïti, à environ 200 kilomètres au sud) et Jacmel (à 116 kilomètres au sud-est).

C’est le constat fait, en substance, par le Géographe Christian Girault après cinq années d’absence du pays, au cours d’une rencontre avec des journalistes, dont un représentant de l’agence en ligne AlterPresse.

En 2007, Christian Girault déclare retrouver une Haïti de plus en plus urbanisée. Le géographe s’étonne de remarquer la disparition de l’agriculture dans la Plaine-du-Cul-de-Sac (sortie nord de la capitale), qui devient aujourd’hui un espace en voie de transformation vers une agglomération extensive.

« Je suis content de revoir Haïti, je suis content de revoir mes amis. Suivre Haïti est pour moi un engagement », renchérit Christian Girault.

Le Géographe rappelle qu’au début du XXe siècle, la population haïtienne était estimée à environ 1,400,000 habitants sur le territoire, tandis qu’en République Dominicaine elle ne dépassait pas 500,000.

« Haïti était un pays plus puissant que la République Dominicaine, un pays plein d’avenir » à cause d’une vague de migrations libanaise, syrienne et même française, considère le professeur Girault.

Malheureusement, aujourd’hui « la population de Port-au-Prince représente une part très importante de l’ensemble de la population du pays », tandis que la population de Jacmel et celle des Cayes ont considérablement doublé au cours des dernières décennies.

Directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique/Centre de recherche et de documentation de l’Amérique Latine (CNRS/CREDAL), Christian Girault a réalisé, il y a un quart de siècle, sa thèse doctorale sur Haïti intitulée « Le Commerce du café en Haïti ».

Dressant un diagnostic de la situation de la paysannerie haïtienne, le directeur au CNRS attire l’attention sur « la crise de l’émigration des habitants de la campagne vers les villes qui secoue Haïti », la crise de l’agriculture haïtienne due en partie à la baisse des prix des produits agricoles et parfois à une crise politique ainsi qu’au partage inéquitable des terres cultivables.

« Les paysans n’ont pas accès la terre, ils ne sont pas propriétaires de la terre qu’ils cultivent (…) Avec un demi carreau, c’est difficile de nourrir sa famille », affirme le Géographe Christian Girault soulignant que « le manque de service à la campagne » aggrave la situation de la paysannerie haïtienne.

Malgré tout, Christian Girault reconnaît que des progrès considérables dans le secteur du transport public ont été enregistrés dans certaines régions du pays.

« Je pense que sur le plan des transports, il y a eu des progrès. Aux Cayes, des tronçons de route ont été réalisés, il y a des ponts qui sont construits. Les routes conduisant respectivement aux Cayes et à Jacmel sont de bonne qualité », salue le spécialiste en Géopolitique qui indique, toutefois, qu’il reste encore beaucoup à faire.

En 2007, le directeur de recherche au CNRS a l’impression que la production de café en Haïti atteint son niveau le plus bas. Le commerce de café n’y est plus. Les maigres récoltes des petits paysans haïtiens sont exportées uniquement vers la République Dominicaine.

En 2005, une étude du LAREHDO révèle qu’entre 60.000 et 160.000 sacs de 60kgs de café vert haïtien, d’une valeur d’environ 15 millions de dollars américains, passent annuellement la frontière vers la République Dominicaine, de manière informelle. Ces chiffres, complètement sous-estimés, font de la République voisine le principal partenaire commercial d’Haïti pour ce qui est du commerce extérieur du café.

Durant son séjour à Haïti, le Directeur au CNRS a donné quatre conférences-débats à l’Institut français d’Haïti autour du thème « L’espace caraïbe, définitions et projections dans le monde contemporain », à l’École Normale Supérieure, et notamment à l’Alliance française des Cayes, dont le local fut dans le temps sa pension de famille.

Ces conférences ont été l’occasion pour Christian Girault, qui s’intéresse beaucoup à la géopolitique, de s’interroger sur « ce que le monde pense des Caraïbes, comment voir les Caraïbes, les interactions entre les Caraïbes et le reste du monde, avec l’Amérique du Nord, l’Amérique du Nord et l’Europe ».

Il a également passé en revue la question de l’intégration régionale dans les Amériques ainsi que la perspective de la Zone de libre échange des Amériques (ZLEA). Girault s’est aussi entretenu avec les responsables du Laboratoire des relations haïtiano-dominicaines (LAREHDO) autour de la question frontalière.

Il a eu, d’autre part, des échanges fructueux avec des experts haïtiens et étrangers sur l’Aménagement du territoire, tels des fonctionnaires de l’Union européenne et de la Banque interaméricaine de développement (BID), précise Paul-Élie Lévy, directeur de l’Institut français.

La question de la démographie était au menu des discussions lors de ces entretiens, au cours desquels le professeur a tenu à souligner que « la population de la République dominicaine est aujourd’hui légèrement supérieure par rapport à celle d’Haïti ». Toutefois, en terme de superficie, Haïti avec ses 27,750 kilomètres carrés est plus petite que la République Dominicaine avec laquelle elle partage l’Île.

Christian Girault accueille favorablement l’initiative du président René Préval de convoquer un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement sur le trafic de la drogue.

A son avis, la contrebande n’est pas née de la dernière pluie ; elle est aussi vieille que le monde. Mais « la contrebande sur les stupéfiants, c’est plus grave », avance le professeur Girault.

Auteur de deux ouvrages sur Haïti, « Le commerce du café en Haïti, Habitants, spéculateurs et exportateurs » publié aux éditions du CNRS en 1981 et « L’Atlas d’Haïti », Christian Girault a participé à la publication d’un livre collectif avec Gérard Barthélemy intitulé « La République haïtienne ». [do rc apr 21/03/2007 10 :30]