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Haïti : Violence domestique et sexuelle inquiétantes…

P-au-P, 13 Mars 07 [AlterPresse] --- Haïti figure parmi les pays de l’Amérique Latine où le taux de la violence sexuelle dans les relations des couples est le plus élevé, révèle une étude du Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes (MCFDF), dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse ce mardi 13 mars 2007.

Au regard de l’Enquête Mortalité, Morbidité et Utilisation des Services III (EMMUS III), « 30% des femmes en Haïti ont subi des violences physiques, émotionnelles ou sexuelles de la part de leur conjoint », signalent les expertes du MCFDF, dans leur rapport intitulé « Une réponse à la violence faite aux femmes en Haïti ».

La violence sexuelle, dont sont victimes les femmes en Haïti, constitue un problème de santé publique, insiste Sophie Makonnen, prenant la parole au nom de la Représentante de la Banque Interaméricaine de Développement (BID), organisme qui a financé l´étude initiée en mai 2006 à Gressier (Ouest), Jacmel (Sud-Est) et Ouanaminthe (Nord-Est).

« Cette violence contre les femmes, les principales victimes, n’est pas le propre d’une société en crise », précise Makonnen, dénonçant ainsi « une culture silencieuse autour de cette violence domestique et sexuelle » d’ici et d’ailleurs.

Ne pas tenir compte de cette violence pourrait être un facteur nécessaire à l’aggravation de la santé des victimes, pour la fonctionnaire de la Banque interaméricaine de développement.

Avec un taux très élevé en termes de violence sexuelle dans les relations de couples, Haïti dépasse largement la République Dominicaine qui a un taux de 6.4%.

Cependant, « Haïti a le taux le plus bas de violence physique dans la relation des couples avec 18% » admet la chercheuse costaricienne Elisa Fernandez, qui a conduit l’étude avec Soledad Larrain, ancienne vice-ministre au Chili.

« La violence domestique se passe partout dans le monde », rappelle la chercheure costaricienne..

Dans le cadre de cette étude-pilote, dont les résultats ont été présentés le 13 mars 2007 à Port-au-Prince, de nombreux documents officiels, y compris les conclusions de l’EMMUS III, ont été utilisés.

L’étude sur la violence faite aux femmes, demandée par le ministère haïtien à la condition féminine et aux droits des femmes, vise à produire des recommandations en vue de politiques publiques et d’actions institutionnelles coordonnées sur la prévention, la prise en charge et la réinsertion des victimes de la violence faite aux femmes.

Le MCFDF entend apporter des réponses adéquates et urgentes à cette problématique, selon Myrna Narcisse Théodore, directrice générale du MCFDF.

L’étude cherche également à analyser les données disponibles sur la violence domestique et sexuelle (VDS) en Haïti, analyser la législation nationale dans le contexte des conventions internationales ratifiées, identifier et analyser les services existants pour les femmes victimes de la VDS.

Elle ambitionne aussi d’identifier les barrières et les opportunités vers une réponse, multisectorielle et interinstitutionnelle, coordonnée à la VDS, puis proposer une stratégie intégrale pour aborder le phénomène.

« Cette démarche permettra de contribuer au dialogue national contre la violence de genre, dans le but d’appuyer le Plan national de lutte contre la violence faite aux femmes », relève la directrice générale du MCFDF.

L’approche de la « Route critique », la méthodologie utilisée dans le cadre de cette recherche qui a duré près d’un an, tente de comprendre les actions entreprises par les femmes victimes de la violence familiale ou sexuelle et les démarches engagées pour trouver les solutions appropriées, selon les expertes.

« Nous avons interviewé des représentants des institutions publiques, des organisations non gouvernementales (ONG), des organisations de femmes et des agences internationales. Au niveau local, nous avons utilisé la méthodologie de la route critique », évoque Elisa Fernandez tout en saluant les efforts consentis par ces organisations dans ce domaine.

Dans le cadre de cette étude, des recommandations en sept points sont adressées à l’endroit des autorités haïtiennes.

Il s’agit, entre autres, de la consolidation institutionnelle, de la révision de la législation, de l’application des lois et d’élaboration et l’implantation des protocoles de service et de suivi.

Les chercheures recommandent également aux organismes concernés d’assurer la protection des victimes, d’organiser recensement et investigation et d’élaborer des programmes de prévention et de communication sociale. [do rc apr 13/03/2007 15:10]