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Haïti : Port-au-Prince « affligé » par la violence et l’impunité

Les négociations (avec les gangs) sont « peu susceptibles d’entraîner une réduction des crimes violents », estime Droits et Démocratie

Communiqué de Droits et Démocratie

Soumis à AlterPresse le 14 septembre

Montréal, le 14 déc. 2006 — Droits et Démocratie condamne vigoureusement l’enlèvement, survenu hier à Port-au-Prince, de jeunes écoliers par des groupes armés illégaux ainsi que l’escalade de la violence entre gangs dans la capitale du pays depuis la tenue des élections locales, le 3 décembre dernier.

Les enlèvements d’hier sont les plus récents d’une série d’incidents violents liés aux gangs de rue qui ont fait de nombreuses victimes innocentes. Ces effusions de sang de plus en plus fréquentes n’ont pourtant pas découragé le gouvernement haïtien de poursuivre sa politique de dialogue avec les gangs. Or, à moins que ce dialogue ne s’accompagne de démarches tout aussi vigoureuses visant à arrêter et à traduire en justice les chefs de gangs qui refusent de rendre les armes et de renoncer à la violence, ces négociations sont peu susceptibles d’entraîner une réduction des crimes violents.

La faiblesse du système judiciaire haïtien combiné à la préférence de l’exécutif pour le dialogue au détriment de la justice menacent d’enhardir les groupes armés illégaux en créant un climat d’impunité. Par conséquent, les droits des victimes sont doublement violés : en plus d’avoir subi un crime violent, elles se voient nier la possibilité d’exercer un recours en justice pour obtenir réparation.

« Assurer que justice soit faite aux victimes de crimes et mettre fin à l’impunité dont jouissent ceux qui commettent ces crimes sont deux conditions essentielles au maintien de la paix et de la stabilité en Haïti, a déclaré Jean-Louis Roy, président de Droits et Démocratie. Aucune paix durable n’est possible en Haïti sans la justice. »

Un grand nombre d’organisations haïtiennes de défense des droits humains ont réagi à l’escalade de la violence et de l’impunité à Port-au-Prince en exigeant la prise de mesures plus concrètes de la part du gouvernement haïtien. Des membres de la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) et de la Coordination nationale de plaidoyer pour les droits des femmes (CONAP) ont répertorié plusieurs cas de violations des droits humains, notamment des enlèvements, des assassinats et des viols commis par les groupes armés. Ils ont exhorté le gouvernement haïtien de faire en sorte que les victimes et leur famille obtiennent justice en ouvrant des enquêtes sur les crimes commis, en procédant à des arrestations et en traduisant les responsables en justice.

Bien que certains progrès aient été réalisés au chapitre de la professionnalisation de la police haïtienne, l’impact positif de ces mesures est compromis par la lenteur de la réforme judiciaire et l’insécurité persistante.

Le gouvernement canadien a accepté de verser une somme supérieure à 500 millions de dollars au cours des cinq prochaines années pour aider au développement social et économique du pays et pour consolider les institutions du gouvernement haïtien, notamment le secteur de la sécurité et la réforme judiciaire. Cependant, pour s’assurer que cette aide soit efficace, le Canada doit également insister pour que le gouvernement haïtien respecte ses obligations internationales en matière de droits humains et pour qu’il mette fin au cycle de l’impunité.