Perspectives

Bolivie : Une délégation des mouvements sociaux d’Haiti au Sommet Social pour l’intégration des peuples


mercredi 6 décembre 2006

Par Wooldy Edson Louidor, Envoyé spécial

Cochabamba (Bolivie), 6 déc. 06 [AlterPresse] --- Une délégation des mouvements sociaux haïtiens participe au Sommet Social pour l’intégration des peuples qui se tient, du 6 au 9 décembre 2006, à Cochabamba (Bolivie) en présence d’environ 3,000 délégués internationaux et boliviens.

La délégation haïtienne est composée de Camille Charlmers, coordonnateur de la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA) et Ginette Joseph, membre de Solidarite Fanm Ayisyen (SOFA).

Les représentants de plus de 50 organisations et mouvements sociaux du continent américain auront à discuter autour de 13 axes thématiques liés à l’intégration sud-américaine : énergie, infrastructure, commerce, migration et citoyenneté, environnement, eau, justice et impunité, financement, agriculture et souveraineté alimentaire, défense et militarisation, droits sociaux, peuples indigènes et dépénalisation de la feuille de coca.

Les 13 thèmes jalonneront tous les Forums, les espaces de dialogue avec les représentants officiels et les activités autogérées (86) par les membres des organisations et mouvements sociaux.

Les organisations et mouvements sociaux du Sommet Social présenteront, à partir du 8 décembre, aux 12 présidents de la Communauté Sud-américaine de Nations (CSN) qui se réuniront dans le cadre d’un sommet officiel, un document synthétisant toutes leurs propositions sur l’intégration sud-américaine et sur les relations entre la CSN et Haïti.

Ce Sommet Social est sans précédent puisqu’il constitue un canal de dialogue et de débat entre deux conceptions différentes de l’intégration sud-américaine (et même américaine) : celle des acteurs et actrices des organisations et mouvements sociaux et celle des gouvernements.

Selon le coordonnateur d’un des réseaux sociaux alternatifs Alianza Social Continental (ASC), Gonzalo Berrón, « en Amérique du Sud, il y a deux projets d’intégration : le nôtre, dont les gouvernements qui sont sensibles aux propositions des mouvements sociaux sont des alliés ; celui d’autres pays, comme le Chili, la Colombie et le Pérou, qui ont opté pour le libre échange ».

Dans cette intégration « alternative », selon les coordonnateurs de ce Sommet Social, dont Jubileo Sur Américas (JSA) et Alianza Social Continental (ASC), Haïti occupe une place importante.

Déjà, le 8 avril 2005, après une courte visite en Haïti de 6 jours -du 3 au 9 avril 2005-, la Mission d’Investigation et de Solidarité avec Haïti, composée de 25 représentants de mouvements, réseaux et institutions sociales, politiques et culturelles d’Amérique latine, de la Caraïbe, de l’Amérique du Nord et de l’Afrique, avait souligné : « Nous arrivons à la conviction que, en Haïti, le futur des peuples latino-américains, caribéens, de tous les peuples du sud est en jeu. Notre droit à déterminer notre destin est en jeu. »

Les organisations et mouvements sociaux « alternatifs » critiquent le modèle néolibéral d’intégration, actuellement en exécution dans plusieurs pays sud-américains (la Colombie, le Pérou et le Chili). Selon eux, ce modèle se base sur le « libre échange », favorable exclusivement aux intérêts des pays du premier monde (dont les Etats-Unis et des pays de l’Union Européenne). À travers les entreprises transnationales, ces pays riches surexploitent à bas prix et « librement » (sans aucune restriction de la part des États nationaux) les ressources naturelles et les matières premières des pays en développement.

Cette situation favorise la paupérisation des couches populaires, la criminalité, la pollution et la destruction de l’environnement, des flux migratoires massifs, la militarisation, la dette externe, entre autres conséquences négatives, soulignent les organisations. D’où, selon elles, un cercle vicieux : les pays pauvres deviendront de plus en plus dépendants de l’aide économique des puissances impérialistes et des institutions financières multilatérales comme le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale (BM).

Pour alléger ou annuler les dettes de ces nations « appauvries », les pays impérialistes et les instances financières mondiales (FMI et BM) ou régionales (par exemple, la Banque Interaméricaine de Développement –BID-) les obligent à adopter dans le cadre du programme d’ajustement structurel des mesures et politiques néolibérales, cause de leur malheur, relèvent encore les organisations.

Le Sommet Social pour l’intégration des peuples entend proposer aux présidents de la CSN un autre modèle d’intégration équitable, participative, solidaire, en harmonie avec les besoins et intérêts des peuples du continent américain et en faveur de meilleures conditions de vie pour tous et pour toutes.

Lors du Premier Sommet des 12 chefs d’état de la CSN, ils avaient élaboré un agenda prioritaire incluant des thèmes, comme le dialogue politique, les asymétries, l’intégration énergétique, la convergence économique et la justice sociale.

Au cours de ce Deuxième Sommet, ils statueront sur la question de l’intégration sud-américaine. Les présidents mexicain et panaméen ont été invités à participer à ce Deuxième Sommet à titre d’observateurs. [wel gp apr 06/12/2006 16:00]