Perspectives

Haïti : 208 morts violentes à Port-au-Prince entre juin et septembre 2006, selon JILAP


lundi 13 novembre 2006

P-au-P, 13 Nov. 06 [AlterPresse] --- Environ 208 personnes, dont 17 femmes et 6 enfants ainsi que 11 policiers et 2 agents de sécurité, sont mortes de la violence armée enregistrée à Port-au-Prince et ses zones environnantes entre juin et septembre 2006, selon un décompte de la Commission épiscopale nationale Justice et Paix (JILAP) de l’Eglise catholique romaine d’Haïti.

« Nous constatons une importante augmentation de la violence mortelle par rapport aux mois précédents. Nous n’oublions pas les autres violences qui font des victimes. Parmi les victimes, nous comptons 11 policiers, 2 agents de sécurité, 17 femmes (identifiées) et 6 enfants », écrit Justice et Paix dans ce rapport transmis à AlterPresse.

Le mois d’août, est selon ce rapport, le plus violent où 77 victimes ont été répertoriées. JILAP a dénombré 47 victimes en septembre, 43 en juillet et 41 en juin de la même année.

Pendant la période considérée, la commission épiscopale de l’église catholique romaine relève un certain déplacement, vers d’autres quartiers de la capitale, de cette violence armée qui continue de faire des victimes au sein des familles haïtiennes.

« Beaucoup de violences font des victimes à Martissant et dans la zone de Grande Ravine et de Petit Bois. A Pétionville (NDLR : à l’Est de la capitale), et sur la Route de Frères (à proximité de Pétionville), il y a des victimes d’armes à feu. D’autre part, durant ces mois, la zone de Bel Air et même Cité Soleil (sortie nord) constituaient des zones avec une moindre violence », remarque Justice et Paix.

Dans ce rapport adressé aux autorités haïtiennes, l’organisme révèle que, depuis plus de 4 ans, la quasi-totalité des victimes de la violence sont des victimes d’armes à feu.

« Cela signifie : la lutte pour la vie comprend inévitablement la lutte contre les armes légères dans la société. Nous comptons sur les autorités responsables pour qu’il y ait un meilleur contrôle des armes dans le pays », souhaite la commission Justice et Paix.

Pour couper à cette violence armée, la commission Justice et Paix croit important la mise en œuvre de dispositions institutionnelles visant à lutter contre la prolifération d’armes légères dans le pays. Des actes concrets de réparation doivent être posés en mémoire des victimes dont la mort ne devrait pas rester impunie, préconise JILAP.

« Nous saluons les efforts de la Police nationale, des commissions et de la Justice pour accélérer les jugements. Nous saluons les efforts entrepris dans les quartiers populaires, des efforts inconnus de la grande société, mais qui permettent au pays de faire un pas », écrit Justice et Paix qui salue l’engagement pris par le gouvernement haïtien, lors de l’Assemblée générale des nations Unies pour adopter une réglementation plus stricte du commerce des armes.

Cependant, en ce qui concerne la Commission pour le désarmement créée par le Gouvernement, une bonne information sur ses membres ajouterait à sa crédibilité, soutient JILAP.

« La question si telle ou telle personne peut être membre d’une commission dépend de nombreux facteurs : sa motivation, sa volonté et sa capacité pour contribuer à l’objectif fixé en est un ; la vérité sur son curriculum pourrait en être un autre. Dans la situation où se trouve le pays, la collaboration de tous est importante pour faire avancer la justice. La vérité a souffert énormément ces derniers temps ; il faut développer de grands efforts pour que les groupes sociaux apprennent à écouter la vérité de l’autre », suggère la commission épiscopale de l’église catholique romaine.

Une commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion (CNDDR) a été mise en place, le 12 septembre 2006, par les autorités haïtiennes de concert avec la Mission des Nations Unies de Stabilisation en Haïti (MINUSTAH). La composition de cette commission a été critiquée par plusieurs secteurs en raison de la présence d’un membre influent de l’ancienne « Opération Bagdad », mouvement de violence déclenché en septembre 2004 par des civils armés favorables au retour de l’ex président Jean-Bertrand Aristide.

Quelques 200 000 armes à feu sont en circulation, selon une étude de l’organisme Small Arms Survey, publiée en 2005. Les groupes de civils posséderaient jusqu’à 13 000 armes légères de calibres divers, en majorité des armes semi-automatiques (comme M16, M14, PMK, Uzi) et des pistolets (0,38, 0,45 et autres). Les armes de fabrication industrielle sont surtout détenues par les chefs des divers groupes armés, la plupart des hommes eux-mêmes possédant des armes artisanales.

Près de 170 000 armes se trouvent entre les mains de particuliers, de simples citoyens, de services de sécurité et de la police. En 2001, la police nationale avait enregistré plus de 20 000 armes possédées légalement par des civils. [do rc apr 13/11/2006 9 :40]