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Haïti : Lancement d’une campagne de sensibilisation sur la détention préventive prolongée

P-au-P, 3 Oct. 06 [AlterPresse] --- « Tout prizonye gen dwa pou jwenn jistis = tous les prisonniers doivent avoir accès à un jugement équitable » : c’est le thème d’une campagne nationale de sensibilisation sur la situation des personnes en détention préventive prolongée, lancée à Port-au-Prince ce 3 octobre 2006.

Cette campagne, qui doit durer jusqu’au 29 octobre 2006 considéré comme la Journée internationale des détenus, est une initiative du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), en partenariat avec le Comité Central Mennonite (MCC) et la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP) d’Haïti.

« La détention préventive prolongée est un cancer qui ronge notre système judiciaire. Au 27 septembre 2006, sur les 4 443 détenus [éparpillés dans toutes les prisons du pays], seulement 715 ont été condamnés », affirme Marie Yolène Gilles du RNDDH à l’occasion d’une conférence lançant cette activité, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

Parmi ces prisonniers, Gilles dénombre 3 403 hommes, 225 femmes, 131 gamins et 23 fillettes. « Il y a au total 16.09% de détenus qui sont condamnés et 83.91% de l’ensemble du pays qui sont en détention préventive prolongée », signale la militante de droits humains.

Durant cette campagne, qui vise à sensibiliser les autorités judiciaires sur les conditions de détention dans le pays, de nombreuses activités sont prévues dans 10 des 17 centres de détention du pays. Ces activités comprennent des rencontres avec les autorités judiciaires, les responsables de prisons, les prisonniers et les journalistes.

Des travaux d’assainissement, d’installation de cliniques mobiles pour prodiguer des soins aux détenus, la distribution aux détenus de 1 520 kits hygiéniques et l’organisation de compétitions sportives, des jeux de société (tels domino, cartes bésigue et casino) sont également prévus.

« Nous profiterons de cette campagne pour inaugurer les travaux de construction d’un bloc sanitaire à la prison civile du Cap-Haïtien [NDLR : deuxième ville du pays à 248 kilomètres au nord de Port-au-Prince] », annonce Yolène Gilles.

Dans le cadre de ce projet financé par le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), 14 toilettes pour hommes et femmes, distinctement, doivent être construites.

A la prison civile de la ville du Cap, même les policiers n’ont pas accès à un service sanitaire. « Si un de nos visiteurs a un besoin physiologique, nous ne pouvons lui venir en aide », a confié en juillet 2006 à AlterPresse, sous couvert de l’anonymat, un policier cantonné à la prison civile du Cap-Haïtien.

La campagne de sensibilisation du RNDDH, du MCC et de la DAP sera clôturée le 29 octobre 2006 par une grande finale d’activités sportives à l’occasion d’une cérémonie qui se tiendra à Fort Liberté (Nord-Est du pays). Les autorités judiciaires, policières et ecclésiales assisteront à cette cérémonie, selon les précisions de Marie Yolène Gilles.

La situation des personnes en détention préventive prolongée a toujours préoccupé le secteur des droits humains. Au Cap-Haïtien, particulièrement, les conditions hygiéniques et sanitaires des cellules de la prison civile sont déplorables.

« Dans chacune de ces cellules déjà mal aérées, au moins 30 détenus trouvent refuge. Au 30 juin 2006, sur les 264 personnes admises dans cette prison logée dans un ancien centre des ex-Forces Armées d’Haïti (FADH), seulement 44 sont condamnés », dénonçait Maxène Pierre, coordonnateur du Réseau nord de Défense de droits humains (RENDH / RNDDH). [do rc apr 03/10/2006 15 :30]