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Haïti : Circulation d’armes et misère à Cité Soleil, un cocktail explosif, selon un responsable communautaire

P-au-P, 10 août 06 [AlterPresse] --- Une situation explosive règne à Cité Soleil, vaste bidonville au Nord de la capitale, où de nombreuses armes circulent et où la misère fait rage, s’alarme Jean-Yves Laguerre, un responsable communautaire de la région.

Intervenant lors d’une conférence de presse organisée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui finance à Cité Soleil un projet d’eau potable, Jean-Yves Laguerre souligne qu’une accumulation d’armes à feu se poursuit dans cette région depuis plus de 15 ans.

Laguerre situe les premières démarches d’armement à Cité Soleil en 1991, dans le contexte du coup d’Etat militaire contre le régime du président Jean Bertrand Aristide, qui était à son premier mandat.

Au lendemain du retour d’exil d’Aristide en 1994, des informations ont circulé sur la présence, dans le vaste bidonville, d’un groupe armé appelé « L’Armée rouge ». Par la suite de nombreux affrontements entre gangs rivaux, entre groupes armés et la police ont été enregistrés.

Le responsable communautaire, membre du comité de sensibilisation du projet « Dlo pou tout moun » (Eau pour tous) de l’OMS, se prononce en faveur d’un désarmement général dans « tous les quartiers » de la capitale.

Selon Laguerre, le programme Désarmement Démobilisation Réinsertion (DDR), doit être appliqué « pour tous les civils illégalement armés, y compris ceux qui résident dans les zones aisées. Le désarmement doit être fait à Pétion-Ville, Cité Soleil, Martissant, sans distinction aucune. Cité Soleil n’est pas le seul lieu où des armes illégales circulent », soutient-il.

Ces déclarations interviennent au lendemain de la sévère mise en garde lancée aux bandits par le président René Préval, lors d’une visite dans le quartier volatile de Cité Militaire, dans le secteur nord de la capitale.

L’unique alternative laissée aux bandits est de « désarmer ou mourir », a martelé Préval.
Il a justifié l’emploi d’une stratégie à deux facettes : le « dialogue » pour désarmer dans le cadre du programme Désarmement Démobilisation et Réinsertion, ou la « force » pour contrer tout refus de désarmer.

A titre d’avertissement, Préval a fait savoir que 17 bandits ont été tués cette semaine lors d’échanges de tirs avec la police et la MINUSTAH dans la région de Cité Militaire.

Laguerre maintient que les principales causes du phénomène de l’insécurité qui persiste à Port-au-Prince, notamment dans les quartiers populaires, doivent être recherchées dans la répartition inégale des richesses à travers le pays. Cependant, il n’a pas expliqué pourquoi ce phénomène s’est accru à la suite de la chute du régime d’Aristide en février 2004.

Jean-Yves Laguerre insiste sur les conditions de vie désastreuses dans ce vaste bidonville. « à€ Cité Soleil, il est écoeurant de voir comment des gens vivent entassés dans des taudis, des lieux insalubres », s’offusque le jeune homme.

Cité Soleil est aujourd’hui habitée par quelques 200 milles personnes selon des chiffres non officiels. De nombreux riverains ont déjà fui cette grande agglomération en raison du niveau élevé de violence qui y persiste. [do gp apr 10/08/2006 16:00]