Développement durable

Haïti- République Dominicaine : Redynamiser la production avicole à l’ouest de l’île


mercredi 9 août 2006

A l’instar des autres productions, le secteur avicole d’Haïti est traité en parent pauvre. Le faible niveau technique des éleveurs, la flambée des prix des facteurs de production, les pathologies de tous ordre, entre autres, constituent les principaux obstacles au développement de ce secteur. Une étude du Laboratoire des Relations Haïtiano-Dominicaines en dit long...

P-au-P, 9 août 06 [AlterPresse] --- En Haïti, la production industrielle des œufs, l’un des produits faisant partie de la liste des rares « aliments complets » au monde, est de l’ordre de 1 million par mois, extrêmement faible par rapport à celle de la République Dominicaine, apprend l’agence en ligne AlterPresse.

Selon une étude du Laboratoire des Relations Haïtiano-Dominicaines (LAREHDO), cette production intensive des œufs de table, qui se heurte à des contraintes énormes, tournerait autour de 11.4 millions d’œufs par an.

Le manque de connaissances techniques des agriculteurs du milieu rural, le problème de localisation des lieux de ponte et les pathologies qui affectent grandement l’élevage, sont quelques-unes des contraintes mentionnées dans cette étude conduite par l’ingénieur-agronome Henry Châtelain, de concert avec Roberde Périlus.

Des contraintes professionnelles, d’ordre économique, ainsi que d’autres liées aux insuffisances de politiques agricoles, sont aussi signalées dans cette recherche financée par l’Union Européenne qui porte sur l’analyse de la filière d’importation en Haïti des œufs de table de la République Dominicaine.

« L’œuf est un aliment de hautes qualités nutritionnelles, sa contribution dans la lutte contre l’insécurité alimentaire en Haïti n’est pas à démontrer », estime le chercheur lors de la présentation des résultats de l’étude, le 20 juillet 2006, en présence d’un reporter d’AlterPresse.

Le Consultant au LAREHDO informe qu’Haïti est, malgré tout, bien obligée d’importer des œufs de la République Dominicaine et des Etats-Unis d’Amérique pour nourrir ses habitants.
« Le commerce des œufs sur Haïti est purement informel. C’est un échange total », précise Henry Châtelain.

Selon une étude de Michel Chancy du Veterimed, les exportations d’œufs sur Haïti dépassent le chiffre de 25 millions par mois, 79% de ces œufs proviendraient de la République Dominicaine voisine.

L’importation annuelle des œufs dominicains en Haïti est de l’ordre de 240 millions. Des statistiques de la Banque centrale dominicaine montrent que « les œufs comme produit agricole ont enregistré une exportation de 7.78 millions de dollars et se sont exportés dans leur quasi-totalité vers le marché haïtien ».

Pourtant, affirme l’agronome Châtelain, les œufs en provenance de la République Dominicaine ne se retrouvent pas dans les supermarchés haïtiens. Ce sont les consommateurs locaux de petite bourse qui achètent ces œufs vendus un peu partout dans les rues de Port-au-Prince.

« Depuis ces trois dernières années, les ‘’œufs pays’’ sont très recherchés dans les supermarchés de Pétion-Ville [ndlr : Pétion-Ville est une zone huppée située à quelques kilomètres du centre ville de Port-au-Prince] », dit l’ingénieur-agronome Henry Châtelain.

Ce type d’œuf est vendu au supermarché à 3.54 gourdes [ndlr : 1 dollar américain = 40.00 gourdes], tandis que celui importé de la République Dominicaine arrive à la frontière à 2.66 pesos équivalent à 3.25 gourdes.

« Les producteurs haïtiens préfèrent vendre aux supermarchés qui leur assurent une meilleure distribution de leur produit avec une meilleure marge » de profit, soutient l’ingénieur-agronome Châtelain.

L’étude du LAREHDO révèle que l’œuf venant des USA a une température de conservation de 18ËšC qu’on ne retrouve pas chez celui de la République Dominicaine. Les grossistes lancés dans la vente de l’œuf des USA ont toujours connu des déboires, en raison du fait que ce type d’œuf subit une augmentation due au coût de transport.

Les œufs en provenance des Etats-Unis d’Amérique ne sont pas à la portée des petites bourses.
« Les prix collectés au niveau des supermarchés oscillent entre 80 et 100 gourdes », souligne l’étude du LAREHDO.

Le Laboratoire constate que la production haïtienne d’œufs est loin de combler la demande locale. En 2005, Haïti a importé mensuellement plus de 7 millions d’œufs pour une valeur annuelle de 7.8 millions de dollars américains.

Pourtant, les œufs, tout comme le lait, figurent parmi les douze produits protégés par les autorités dominicaines.

Selon la conclusion de l’étude, les producteurs haïtiens devraient adopter de meilleures stratégies visant à relancer la production avicole nationale. Le LAREHDO propose, entre autres, la création d’un environnement incitateur à la production intensive d’œufs, l’organisation du secteur et l’amélioration des techniques de production avicole en vue de rendre cette filière beaucoup plus compétitive.

L’analyse de la commercialisation des œufs de table est la sixième étude réalisée par ce Laboratoire de recherche qui se donne pour mission de promouvoir, réaliser des travaux de recherche, d’études et d’actions concrètes dans le domaine du développement économique et social. [do rc apr 09/08/2006 3:00]