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Gérard Latortue et l’Eldorado haïtien

Débat

Par Castro Desroches

Soumis à AlterPresse le 30 juillet 2006

Connaissez-vous le pays de l’opportunité par excellence ? Vous êtes passé tout a fait à coté si vous avez répondu les Etats-Unis d’Amérique. La réponse exacte est plutôt Haïti, le pays le plus pauvre de l’hémisphère. Chaque jour, des milliers d’Haïtiens à la recherche d’un lendemain meilleur rêvent de gagner les côtes américaines. Ils ne reculent devant aucun sacrifice pour obtenir un visa ou même affronter les dents de la mer. Ce qu’ils ne savent pas toujours, c’est que le vrai Eldorado, c’est Haïti où les fortunes se font à un rythme époustouflant. Des mines de billets verts se retrouvent un peu partout sur la terre bénie d’Haïti. Particulièrement dans les parages de l’Administration publique. Quelques coups de pioches à gauche puis à droite et vous vous retrouvez un beau matin aussi riche qu’un riche d’un pays riche.

En 2005, le président des Etats-Unis M. George Bush et sa femme Laura ont gagné ensemble un total de $ 618,694. Après avoir payé $187,768 d’impôts sur le revenu et contribué $ 75,560 à des organisations humanitaires, ils se sont « contentés » de la bagatelle de $ 355.366. Aux Etats-Unis, le Président de la république est légalement et moralement obligé de divulguer ses revenus chaque année. A la fin de son mandat, il ne peut pas aller se cacher en Haïti ou à Boca Raton pour éviter de déclarer son patrimoine.

On ne sait pas combien le Premier ministre Gérard Latortue percevait comme salaire. Cependant, si l’on se base sur la généreuse « pension » qu’il vient de s’attribuer ($ 15.000 US par mois selon Le Nouvelliste du 25 juillet 2006), on peut s’en faire une idée. En toute logique, son salaire devrait être plus élevé que sa pension. Mais là encore, nous sommes en Haïti, le pays où « l’impossible est possible et le possible impossible. »

On se plaisait souvent à sous-estimer et à ridiculiser notre Premier ministre intérimaire. En toute humilité, je dois concéder aujourd’hui que M. Latortue est un technocrate très « intelligent ». Il vient de prouver par A plus B qu’il est possible à un dignitaire haïtien de gagner « légalement » plus d’argent que le Président de la première puissance économique du monde. Bravo Gérard ! Je suis fier de vous ! La corruption n’est plus ce qu’elle était.

En plus de son salaire mensuel, Latortue se serait attribué en Per diem la rondelette somme de 1 million de dollars US. A tout seigneur tout honneur. Ne parlons même pas des deux voitures rutilantes (total $ 90.000 US) achetées aux frais de la République pour sa douillette retraite floridienne. Au technocrate bénévole, la Patrie reconnaissante. Le scandale prenant des proportions énormes, M. Gérard Latortue a dû restituer les deux véhicules à M. Ralph Latortue, Consul Général d’Haïti à Miami. Pure coïncidence.

Sous Jean-Claude Duvalier les voitures Volvo étaient très à la mode dans les cercles privilégiés. Les gens disaient avec ironie : le vol vaut la Volvo. Que dire alors de notre honorable ex-Premier ministre ? Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut plus accuser M. Latortue de lenteur. Son vol vers Boca Raton a été impeccable. Qui va vite arrive vite...

Selon Forbes Magazine, le revenu moyen d’une famille américaine est de $43.000 par an. Cela représente une pitance par rapport à ce que vous pouvez acquérir si vous « gérez » les deniers publics en Haïti. Certains se questionnent encore sur le goût morbide de l’Haïtien pour le pouvoir. Certains s’étonnent de la multiplication des partis politiques, des candidats à la candidature, à la Primature etc. Certains s’étonnent de la persistance de l’instabilité et de notre darwinisme politique. En Haïti, la politique rapporte gros et le pouvoir est une grande mangeoire. Les malversations de M. Latortue prouvent une fois de plus que le pouvoir en Haïti est le corridor de la tentation. A chacun selon ses besoins. A moins d’avoir des scrupules : « politicien aujourd’hui, millionnaire demain. »

Contact : cdesroches2000@aol.com