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Haïti : Intensification de la criminalité à la capitale

Deux personnes tuées, dont un policier

P-au-P, 27 Juil. 06 [AlterPresse] --- Les actes de violence et d’insécurité se sont intensifiés à la capitale d’Haïti durant ces dernières semaines, contrastant avec des considérations officielles parlant de « baisse » de ces opérations.

Ce 27 juillet 2006, les bandits armés n’ont pas chômé. Carlo Edmond, un agent du Corps d’Intervention et du Maintien de l’Ordre (CIMO), une unité spécialisée de la Police nationale d’Haïti (PNH), a été abattu à la Rue des Miracles (centre-ville de Port-au-Prince) en compagnie d’un ami.

Arrivés sur les lieux, les journalistes ont pu constater le corps du policier et celui de son compagnon criblés de balles sur la chaussée.

Selon les témoignages, le policier aurait été faire un dépôt dans une banque commerciale située dans la zone lorsque lui et son ami ont été attaqués par des individus armés.

En conférence de presse, ce 27 juillet 2006, le porte-parole de la PNH, Frantz Lerebours, fait part d’une hausse de la criminalité à Port-au-Prince.

Le commissaire mentionne la mort et l’enlèvement de certains policiers. Aux Gonaïves (nord), Frénel Estinfil, un agent 3 de la PNH affecté à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), a été récemment tué par balles.

Deux autres policiers, dont l’un appartenant à l’Unité de Sécurité Présidentielle (USP) et l’autre affecté au commissariat de l’Aéroport (nord-est de Port-au-Prince), ont été kidnappés. Le premier est toujours aux mains de ses ravisseurs et le second a été relâché, selon les précisions de Frantz Lerebours.

Le porte-parole de la police indique, d’autre part, qu’une récente attaque de bandits armés contre le Commissariat de Cazeau à Delmas (secteur nord de la capitale) a fait deux morts dans le camp des bandits.

Par ailleurs, Frantz Lerebours confirme l’arrestation de Roland Dauphin, alias Black Ronald, un évadé de prison, et Robenson Bien-Aimé, dit Ti Ben.

Le nom de Black Ronald a été cité dans l’enlèvement d’un médecin. Robenson Bien-Aimé est, quant à lui, soupçonné de participation dans le meurtre de Lucienne Heurtelou Estimé, veuve de l’ancien président haïtien, Dumarsais Estimé, le 19 mai 2006.

Cet assassinat s’est produit 3 jours après la libération de Ti Ben, qui était incarcéré pour d’autres forfaits.

Selon les données fournies par le commissaire, les arrestations effectuées par la police haïtienne durant ces dernières semaines sont en nette progression.

Dans environ 8 départements géographiques du pays, 176 personnes ont été arrêtées par la police pour 157 affaires traitées. Le département de l’Ouest est en tête de liste avec 91 arrestations, suivi de la région du Nord où 23 individus ont été appréhendés.

Par ailleurs, le commissaire Frantz Lerebours nie l’absence de la police dans certaines zones sensibles de la capitale haïtienne, ou des bandits continuent de semer la terreur.

Une situation très difficile règne à Martissant (périphérie sud) où des gangs sèment le deuil et la désolation. Des centaines de déplacés ont été répertoriés par les médias.

Pour pénétrer ces zones, le porte-parole affirme que la Police nationale d’Haïti a besoin d’un soutien héliporté en vue de mener à bien ses opérations. « Ce besoin est à l’étude, oui il est à l’étude », a répondu le commissaire Lerebours aux journalistes, dont un reporter d’AlterPresse.

La Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) se dit préoccupée par la recrudescence des actes d’insécurité à Port-au-Prince. Selon la mission onusienne, ces actes de criminalité sont liés à des trafics de stupéfiants.

Le 24 juillet dernier, le président René Préval avait fait part d’une baisse du climat d’insécurité à Port-au-Prince, une diminution que le chef de l’Etat liait aux efforts de la police nationale et des soldats onusiens. [do apr 27/07/2006 15:00]