Des mouvements sociaux exigent l’annulation immédiate de la dette externe d’Haïti

P-au-P, 25 Juil 06 [AlterPresse] --- A l’occasion de la rencontre du 25 juillet avec les bailleurs de fonds internationaux, divers mouvements sociaux ont plaidé ce 24 juillet 2006, dans un débat public à Port-au-Prince, en faveur de l’annulation des 1.4 milliards de dollars américains considérés comme l’ensemble de la dette externe d’Haïti, a constaté l’agence en ligne AlterPresse.

Ces mouvements, dont la Plate-forme Haïtienne pour un Développement Alternatif (PAPDA), Jubilée Sud et le Mouvement Démocratique Populaire (MODEP), croient qu’il est urgent de prendre des mesures visant l’annulation immédiate et sans condition de la dette extérieure de ce pays des Caraïbes.

Un vibrant appel est, en ce sens, lancé à la population haïtienne pour exprimer son désaccord à tout prolongement du Cadre de Coopération Intérimaire (CCI) et de la politique néolibérale des institutions financières internationales.

PAPDA, MODEP et Jubilée Sud invitent la population à participer à un sit-in ce 25 juillet 2006 devant l’hôtel Karibe Convention Center (à l’est de Port-au-Prince), où doit se dérouler la sixième conférence, depuis 2004, des donateurs internationaux sur Haïti .

« La dette externe est un instrument politique. Elle ouvre la voie à l’application des programmes d’ajustement structurel », estime l’anthropologue Mark Schuller de Jubilée USA, qui intervenait au forum public organisé en prélude à la Conférence des donateurs internationaux sur Haïti.

De 2001 à 2006, la majeure partie des fonds décaissés par Haïti sert à payer les institutions de financement internationales, suivant les données tabulées présentées par Schuller, aux yeux de qui la dette externe est préjudiciable au développement économique et social des pays du Sud.

Les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’environnement, sont les plus affectés par la politique néolibérale, précisent les intervenants au forum public du 24 juillet.

‘’Dette externe, ajustement structurel et coopération externe : Quel avenir pour notre pays ?’’ est le thème de ce forum tenu à la Faculté d’Ethnologie de l’Université d’Etat d’Haïti et qui a drainé, entre autres, enseignants, étudiants, syndicalistes et militants de gauche.

Mark Schuller informe qu’une campagne internationale est déjà lancée par Jubilée Sud. Cette campagne vise à réclamer « l’annulation totale, immédiate et sans condition » de la dette externe d’Haïti.

L’anthropologue américain soutient que de ces 1.4 milliards de dollars américains, l’Etat haïtien utilise 57.4 millions pour payer les donateurs internationaux.

« Ce n’est pas juste, il s’agit de fonds détournés par le régime des Duvalier », précise Mark Schuller.

« Duvalier, a lui seul, avait contracté un emprunt de 22 millions de dollars américains auprès du FMI », poursuit-il.

L’économiste Roland Bélizaire place, quant à lui, la question de la dette externe dans la même catégorie que celle de l’occupation du pays par les militaires étrangers sous la couverture des Nations Unies.

« La lutte contre la dette externe est une lutte pour construire un autre Etat, pour amorcer un véritable développement économique et social dans le pays », frappe Roland Bélizaire.

Dirigeant du MODEP, mais intervenant au débat à titre personnel, Bélizaire indique que les institutions financières internationales posent des conditions pour annuler la dette externe des pays pauvres.

L’une de ces conditions est, selon l’intervenant, la mise en application de la politique néolibérale du Fonds Monétaire International (FMI), de la Banque Mondiale et de la Banque Interaméricaine de Développement (BID).

Roland Bélizaire affirme que cette politique ne fait que diminuer la capacité de l’Etat haïtien à mener à bien ses actions. Selon lui, la communauté internationale est partie prenante de la conférence des bailleurs de fonds qui doit se tenir à Port-au-Prince, ce 25 juillet 2006.

« Les autorités haïtiennes fonctionnent sous le diktat de la communauté internationale », dénonce-t-il, tout en estimant que « ce sont les bailleurs de fonds qui auront le dernier mot en marge de la conférence de mardi ».

Pour sa part, l’économiste Camille Chalmers articule sa position autour du Cadre de Coopération Intérimaire (CCI), considéré comme le programme économique du gouvernement de transition établi dans le pays au lendemain de la chute de Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004.

Le dirigeant de la PAPDA clame haut et fort que le CCI a échoué dans son application.

« Nous sommes opposés à tout prolongement du CCI, ce programme est en adéquation avec la politique néolibérale », dit Camille Chalmers.

Selon lui, les secteurs de l’environnement, de l’éducation, de l’emploi, entre autres, ont été traités en parents pauvres de 2004 à 2006.

Dans le CCI, il était prévu de désarmer tous les groupes illégaux. Pourtant, souligne Camille Chalmers, sur les 200 mille armes en circulation, seulement 250 ont été récupérées. « C’est un échec total », remarque-t-il.

Lors de la « conférence internationale pour le développement économique et social d’Haïti » de ce 25 juillet, le tandem René Préval / Jacques Edouard Alexis II (deuxième version après la période 1999-2001) entend collecter 7.16 milliards de dollars américains s’étendant sur une période de 5 ans, jusqu’à l’année 2011.

Cette somme sera répartie par ordre de priorités suivantes : 1 500 milliards de dollars vont au Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications ; 1 500 milliards de dollars à la Justice et à la Sécurité, 1 milliard 200 millions de dollars à la santé, 930 millions serviront à dynamiser le système éducatif, 850 millions à l’agriculture et à l’environnement.

Pour le programme d’Apaisement Social prôné par le gouvernement, il est prévu d’obtenir 120 millions de dollars, dont 50 millions pour des projets communaux, 25 millions au profit des militaires démobilisés, 25 millions au bénéfice des employés révoqués à partir du 29 février 2004 et 20 millions pour payer les arriérés de traitements.

Ces chiffres ont été communiqués au forum public du 24 juillet par la PAPDA qui considère que cela ne permettra pas à l’Etat d’améliorer les conditions de vie de la population. [do rc apr 25/07/2006 0:30]